Reflexions sur la déontologie « low cost »

Après Béatrice Schönberg et Marie Druker écartées de leurs JT respectifs pour cause de relation amoureuse avec un politique (la première écartée de force, la seconde s’étant écartée toute seule pour éviter que la question ne se pose) c’est au tour d’Alain Duhamel ( qui collabore à France 2, Libération et RTL) de se voir remiser au placard par France 2 et s’est du coup retiré temporairement de sa fonction d’éditorialiste sur RTL pendant la période électorale, pour avoir déclaré qu’il voterait Bayrou [1].

J’avais déjà trouvé que les mises à l’écart de mesdames Schönberg et Druker constituaient un spectacle désolant et que l’espèce d’obsession de la sphère journalistique à se donner une image en creux assez pitoyable.

Le message me semble être qu’il est tout à fait acceptable pour un journaliste politique bossant pour un média à forte exposition de ne pas très bien faire son boulot dans la mesure ou il/elle ne couche pas, ce qui est vraiment d’un niveau cour de lycée.

Cette obsession normativo-morale a des contours étonnants. On peut par exemple dans le même temps défendre que deux personnes qui couchent ensemble sont forcément sur la même ligne de pensée et d’intérêt et défendre avec la même vigueur que le couple Royal/Hollande discorde a qui mieux mieux sans que jamais l’incohérence de ces deux postulats ne saute à l’esprit.

Ces différents avatars mi- people, mi-médiatiques ont été abondamment couverts.

Il me semble manquer un élément important dans cette affligeante saga qui part des mésaventures de mesdames Schönberg et Druker pour trouver un épilogue temporaire dans la pantalonnade Duhamel, cet élément important est l’absence totale de contrôle de ce qui est publié, dit, montré dans la presse.

On peut dire absolument n’importe quoi dans un média et très rares sont les retours en arrière, les rectifications, les mea culpa. Le dernier qui me vient à l’esprit est le courageux et pédagogique exercice de France 3, qui, s’étant laissé conter fleurette par les sirènes du journalisme citoyen avait diffusé dans son 19/20 une vidéo de chasseurs américains du Wyoming s’ébattant gaiement dans la nature en révolvérisant à qui mieux mieux des lapins, en la présentant comme des images des images tournées par les soldats américains lors de combats contre les talibans en Afghanistan. La séquence était censée avoir été réalisée par un tireur d’élite américain filmant ses cibles avant de les abattre…
Non seulement la chaîne a rectifié mais en démontant ce qui s’était passé, chapeau.
Chapeau d’autant plus que c’est rarissime.
Il n’y a pas non plus de travail journalistique revenant sur ce qui a été dit écrit publié, tout d’abord parce que probablement le flux est tel que ce serait mission impossible et également parce que donnant dans un travers très hexagonal, les quelques émissions qui s‘y attachent, donnent dans l’anecdote, la pirouette parisianiste et autres amuse gueule.

Ces gamineries marketing qui veulent que désormais un journaliste ne doit pas avoir de vie sexuelle, et s’abstenir de toute opinion personnelle, me semblent relever d’un rattrapage « low cost » de cette carence de contrôle : on peut dire n’importe quoi dans un média, vérifions au moins que cela ne soit pas dit par n’importe qui.

Après tout pourquoi pas, en tous cas cet exercice de déontologie a bas coût me semble cohérent avec l’état de la presse d’information chez nous.

Si nous avions une presse d’informations rigoureuse et humble, alors cette chasse aux sorcières nouvelle vague pourrait passer pour un simple excès de zèle bien pardonnable, le problème c’est que dans l’état, elle sert de substitut à la rigueur, ce qui forcément, est moins bien.

[1] Le même Alain Duhamel qui s’était attiré les foudres de France 2 en 2002 pour avoir publié un livre d’entretiens avec Lionel Jospin : « Le temps de répondre ».

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