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Réflexions

Je ne suis pas certain d’être Charlie

Je ne suis pas sûr que je sois Charlie, parce que je ne me sens pas l’obligation de marketer une haine résolue de gens qui sont les ennemis du monde que j’aime. Le défilé des logos me met mal à l’aise, un peu comme si désormais pour être un bon révolté il suffisait du hashtag adapté.
La haine c’est un truc perso (comme devrait l’être la religion par ailleurs), la compassion aussi.
Au cas ou il y ait ambiguïté, le drame survenu à Charlie Hebdo, me révolte (j’ai 55 balais, les Wolinski , Cabu et autres font partie de ma culture personnelle), encore que le terme révolte soit mal adapté, c’est tellement con cette histoire, c’est tellement au-delà de ma capacité de compréhension. Comment deux connards peuvent en arriver à se dire que pour défendre un dieu que manifestement ils conchient, il leur faut aller massacrer 12 personnes ?

Le problème du barbu n’est pas tellement sa kalachnikov, c’est surtout son absence de cervelle.

La saloperie d’hier me donne des envies de meurtre, la réaction elle, m’ interroge. Le consensus me gêne toujours et l’indignation automatique ne m’a jamais inspiré confiance. Est-ce que autant de gens auraient brandi des pancartes « Je suis Minute » ou « Je suis Valeurs Actuelles » ?
J’ai tendance à penser que non, peut-être que je me trompe, j’espère que je me trompe, mais j’ai un doute.

La liberté de la presse ça n’intéresse personne, ça concerne juste quand des journalistes se font flinguer parce que du coup ça réveille la petite parano légitime que chacun traîne au fond de ses poches. D’ailleurs cette presse dont tout le monde se sent subitement défenseur de la liberté meurt tranquillement faute de lecteurs (nettement plus intéressés par les documentaires sur le pilotage des scooters dans le centre de Paris que par les sujets de fond).
Aussi légitime et défendable qu’il soit, l’appel à la liberté de la presse en soi me gêne. La liberté de la presse est juste un marqueur parmi d’autres de la liberté tout court. Qu’on ait besoin de la réaffirmer (et en restant dans le déclaratif) c’est étonnant et ça n’est pas bon signe, ça veut dire que deux connards avec des flingues peuvent la mettre en danger….

L’autre chose qui me gêne dans cette réaction c’est l’emphase sur la distinction entre bon et mauvais religieux. Un religieux ne peut pas être un type totalement bon, un religieux c’est un type qui a des convictions et de tout temps on a tué son prochain pour ses convictions.

Une partie non négligeable des travers de ce monde est imputable à la religion. Toutes les religions ont, a un moment de leur histoire, de notre histoire, pété un câble et en ce moment la religion pénible c’est l’islam. Les couplets sur l’islam non radical me font sourire.
L’islam est une religion qui propose un monde fort différent du mien (tout comme le catholicisme le judaïsme et pas mal d’autres, je ne suis pas un expert en religion mais en gros il ne me semble y avoir que les bouddhistes a ne pas avoir comme but ultime de pourrir la vie aux autres) et qui en outre présente l’inconvénient d’être en ce moment une religion prosélyte manifestement habile à inverser les axiomes (lire sur ces thématiques ce texte salutaire, lucide et courageux).

Qu’un « jeune de banlieue » (rien que le terme est choquant) ait de la rancœur contre une société pour laquelle il ne sera jamais au mieux qu’un « immigré de xième génération » ça je peux parfaitement le comprendre.
Qu’en revanche ce jeune puisse être convaincu que l’habit du djihadiste est la bonne voix d’expression de cette frustration me laisse pantois, montre encore une fois que le vrai risque c’est l’absence de cervelle bien plus que les flingues, et surtout montre que l’islam est un truc multiforme qui peut faire sens même dans le plus absurde des contorsions.

J’écris ça et en même temps je pense à hier, Wolinski, Cabu, Charb….c’est vraiment trop con.


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