Le numérique contre la mémoire ?

Le buste droit, le coude nonchalamment posé sur une fausse colonne en pseudo-marbre, le torse bondé le front fier, ça vous rappelle quelque chose ? oui sans doute…la photo de votre grand père ou arrière grand père qui trônait au dessus de la commode des parents lorsque vous étiez gamin. Sur qu’ils sont désuets ces vieux portraits figés, ringards parfois..mais ils ont le mérite d’exister, d’exister encore, d’avoir traversé les générations.
C’est aussi ça le rôle de la photo, servir de support à la mémoire. Et sur ce plan il risque fort d’y avoir comme un trou. Le numérique est plein de qualités, mais le numérique c’est aussi l’image de la génération fast food, vite vu, vite photographié, vite oublié.
Question : qu’allons nous laisser aux générations qui vont nous suivre ?. Si vous ne nous dépêchons pas de nous grouiller d’apprendre à faire des sauvegardes correctes il y a fort à parier que la réponse soit : rien.
Même les sauvegardes en elles-mêmes ne sont pas des garanties absolues.
On parle à date régulière de la durée de vie d’un CD.. Intéressant, très intéressant.. mais que savons nous du temps qui reste à vivre aux lecteurs de CD ? Ils sont immortels ? pas sur, pas sur du tout.

On aurait facilement pu dire la même chose des Syquest 44 qui ont fait les beaux jours des débuts de la PAO et qui étaient un standard de fait. Essayez de trouver un lecteur Syquest aujourd’hui…

Requiem pour l’exposition

Dans la série débordements onanistes et activités connexes, je me demande si l’exposition est promise à un avenir radieux dans le monde numérique.

L’exposition en argentique c’est quoi au fond, le duo de la mort temps de pose/diaphragme plus un ensemble d’incertitudes liées au film.
Le système d’exposition ne connaît pas le film et donc essaie de composer avec ces incertitudes. A tout ça on peut ajouter l’étape chimique qui dans certains cas vient se rajouter au bazar. Au total ça donne un ensemble avec pas mal d’inconnues.
La même expo appliquée à deux films différents voire à deux films identiques mais traités différemment va donner des résultats différents.

Dans le numérique, les caractéristiques de la surface sensible, le système les connaît ou disons peut les connaître. Au fond la seule inconnue est : est-ce que la surface sensible peut reproduire l’étendue des valeurs d’éclairage de la scène. Et même ça le système peut le savoir (le calculer disons).

Je ne serais pas surpris si dans quelques temps les quarante douze mille zone laissaient la place à un dispositif mesurant les plus hautes et les plus basses lumières (en auto pour les modes auto ou avec un truc style spot pour les mode manuels), le tout étant ensuite représenté par un histogramme que l’utilisateur décalera éventuellement s’il le souhaite.

Ca fait drôle, mais l’exposition est déjà dès aujourd’hui moins fondamentale, j’ai essayé quelques temps un D100 avec mes vieux AI-S. dans cette configuration le D100 est incapable de faire une mesure (ce qui est une co..rie assez nulle de la part de Nikon), et bien une fois passée la surprise du départ, cette absence de mesure n’est pas outre mesure gênante. Un numérique au fond c’est un argentique avec un polaroid intégré.

Si on considère qu’à priori on en pourra pas avec les capteurs jouer sur les caractéristiques sensitométriques comme c’était le cas avec les films et leur développement, l’exposition risque fort de devenir une discipline fort ennuyeuse destinée à disparaître petit à petit. D’un côté c’est normal, de l’autre ce côté froid et mathématique risque de faire perdre une partie de son charme à la photo. Au fond un bon photographe en argentique c’est aussi (pas surtout, mais aussi) quelqu’un qui arrive à jongler habilement avec la douloureuse incertitude de l’exposition.