Boule de cristal, 300D et glace sans tain

Boule de cristal parce que Tom Hogan vient de publier ses prédiction pour 2004. Rien que du très prévisible dedans sauf le f(u)ameux Nikon F6 qui apparaît de temps à autres sur les sites US d’infos sur la photo numérique.

Le Nikon F6 (qui donc n’existe pas mais que tout le monde prédit qu’il va finir par exister) est en gros l’idée du moyen format modulaire appliqué au petit format. A noter que Rollei avait sorti il y a très longtemps un 24×36 complètement modulaire et conçu comme un moyen format, cela avait été un foirage total (pour cause de tarif délirant, sans compter que la fiabilité était très aléatoire, les contacts électriques ayant tendance à être en RTT lorsqu’on avait besoin d’eux). Et surtout, en 24×36 ça avait un intérêt modéré.
Avec le numérique, de l’intérêt ça en a et beaucoup.
Le premier serait de pouvoir changer de capteur. Imaginez que le dos de votre appareil soit interchangeable, un nouveau capteur apparait ? .. il suffit de changer le dos. D’autre part pour les usages particuliers l’appareil pourrait être équipé de capteurs différents pour des situations spécifiques (un capteur très haute sensibilité, un capteur a faible résolution mais avec de très grands photosites, un capteur pour les hautes cadences de prise de vue, un capteur très haute résolution etc….)

Bref ça serait pas mal (enfin si on excepte le tarif prévisible de ce genre d’engin, tarif qui entre autres invaliderait toute idée de faire des économies en changeant de dos au lieu de changer d’appareil), mais à titre personnel, je ferais une autre prédiction (qui hélas ne se réalisera sans doute pas) : un jour un fabricant de boîtier proposera un reflex avec un miroir semi transparent.
Plusieurs l’ont fait en 24×36, j’ai par exemple à la maison un Canon RT qui est comme ça. Un reflex à miroir semi transparent à donc le miroir semi transparent (étonnant non ?) ce qui fait que la photo est prise à travers le miroir . le miroir ne se déplace donc plus comme sur un reflex classique ce qui a l’avantage d’avoir à la fois la manipulation et la visée d’un reflex et d’autre part une absence totale de vibration (on peut descendre très bas en temps de pose avec un RT).

En numérique cela aurait un autre avantage, celui de permettre à la fois un affichage permanent sur l’écran LCD et donc d’avoir un écran LCD articulé comme sur les compacts. Cela dit il est peut-être possible d’obtenir ce prélèvement de l’image autrement qu’avec un mirroir semi transparent, en ayant un deuxième capteur de visée quelque part dans le prisme.

Je rejoins là la « 300D » du titre de cette note. Je viens de passer quelque temps avec un 300 D, une fois qu’on s’est habitué à son design très Fisher Price, c’est un bon petit reflex, mais qui est très loin d’avoir le côté sympa du G5 (je sais en disant ça je vais passer pour le dernier des ahuris mais j’assume).
Ce que j’ai beaucoup aimé avec le G5 c’est cet écran articulé avec lequel j’ai retrouvé un peu les sensations que j’avais lorsque je portraiturais des gens avec un vieux Rolleiflex. Ne pas tenir l’appareil à hauteur d’œil comme une arme ça change complètement la relation et ça fait une grosse différence.

Il serait très cool de pouvoir disposer de cette possibilité avec un reflex numérique… sauf que dans l’état actuel de la sitiuation, ce n’est pas possible puisque pendant la visée le capteur ne « voit » pas l’image (et donc ne peut pas alimenter l’écran LCD).

Digilux 2 : Leica sort les griffes

Si vous êtes un lecteur attentif (et si vous ne l’êtes pas vous devriez avoir honte) vous avez déjà suivi la saga du pistage du Panasonic LC1, un appareil développé conjointement par Panasonic et Leica
Je présentais que Leica allait nous refaire le coup qu’il avaient fait avec Minolta à l’époque des Leica CL/Minolta CLE.. ça se confirme et bien plus rapidement que prévu.

Le Leica Digilux 2 devrait atteindre les revendeurs en début 2004 et surprise à un tarif très raisonnable (2000 euros environ).
Si 2000 euros vous paraissent chers, gardez à l’ésprit que c’est largement moins que ce que vaudrait le zoom Leica seul aux tarifs habituels du fabricant.
En gros le Digilux 2 c’est un zoom entièrement manuel 28-90 mm (équivalence 35mm) ouvert de 2 à 2,4 fourni avec un boîtier.

Le boîtier en question n’est pas inintéressant loin de là puisqu’il est équipé d’un capteur de 5 MP mais de 2/3 de pouce et non du minuscule 1/1.8 des G5, 5400, C5050 etc….
Conclusion ce capteur devrait être bien meilleur que les autres 5 MP notamment en basse lumière (because moins de bruit).. terrain de chasse classique des Leica.

  • Côté sensibilité le Digilux 2 propose 100, 200, 400 ISO (que les grincheux qui regrettent le manque de 800 , 1600 gardent à l’esprit que l’objectif est ouvert à 2 /2,4)
  • Sur le plan de l’exposition un automatisme Programme,les classiques priorité diaph et priorité temps de pose et le fonctionnement manuel( miam)
  • Trois systèmes de mesure, sélective spot et intégrale, mémorisation par appui à mi-course sur le déclencheur, bracketing, 2,7 vues /s sur 4 vues en rafale, balance des blancs réglable.
  • L’appareil à également un flash (bon ok il est peu probable que le proprio type de ce genre d’engin ne s’en serve jamais mais bon) et une griffe flash
  • Si vous reteniez votre souffle jusque là, lâchez vous.. non le Digilux n’a pas de télémètre mais un viseur électronique.
  • Particularité héritée de Panasonic, le boîtier utilise des Cartes SD/MMC alors qu’on se serait attendu à trouver du CompactFlash sur un appareil clairement destiné au marché du reportage professionnel.

Bref, à titre perso j’en salive d’avance. Ce boîtier est particulièrement judicieux parce que s’il est évident qu’il y a de la place pour un compact professionnel dans l’esprit des M, jusque là les japonais n’ont pas réussi à le produire. Nikon a raté le 5400, le G5 est très bien, mais avec un capteur trop petit , un objectif qui n’est pas du calibre de celui du Digilux et surtout c’est un appareil tout automatique.

Bravo Leica donc.

Silence ! le bruit est passé de mode

Si le grain a largement acquis ses lettres de noblesses dans le monde argentique, le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas le cas du « bruit » électronique des appareils numériques.
Petit rappel ce « bruit » (qui n’a rien à voir avec un son) est du à une amplification excessive du signal produit par le capteur et qui se traduit par une détérioration de ce signal. Le bruit électronique donne à la photo un aspect granuleux.

Le notable de la catégorie est Neat Image, ( www.neatimage.com ) un outil qui existe en deux formes, logiciel autonome et plug in pour Phosothop.
NeatImage vaut 29$ pour la version perso et 60 / 75 pour les version Pro et Pro +
Luminous Landscape (propose un test de Neat Image et trouve que c’est super ( http://www.luminous-landscape.com ) c’est aussi ce que j’ai pu constater à titre perso.
Il n’est dispo que pour Windows

Kodak vient de racheter un éditeur texan (ASF) qui produit lui aussi un plug in pour Photoshop Digital GEM Plug In. Il vaut 80$ et est dispo sous Windows et MacOS 8 / 9 / X

Et désormais PictureCode, vient de sortir Noise Ninja qui lui aussi veut réduire les capteurs au silence.
Outback Photo qui est aux logiciels ce que DPReview est au matériel en pense le plus grand bien ici ( www.outbackphoto.com )
PictureCode (www.picturecode.com ) vaut 29$ pour la version perso et 69$ pour la version professionnelle pour Windows.

La morale incidente de cette histoire c’est que si vous voulez pouvoir crier « Plus un bruit » sous MacOS, il n’y a pour l’instant que le plug in de Kodak.
Par ailleurs, Fred Miranda a une action pour Photoshop dédiée à la réduction du bruit. Je ne l’ai pas essayée (en outre je n’ai pas très bien compris si elle était ou non spécifiquement et uniquement destinée à l’EOS 10D) mais en général les soft de Miranda sont plutôt de qualité.

Tout cela est bel et bon (et en plus ça marche vraiment). Cela dit je me demande si le numérique ne fait pas prendre à la photo une drôle de voie ou le but ultime serait l’image techniquement parfaite au prix de l’émotion.
D’un côté un matériel de plus en plus frustre avec notamment la quasi disparition de ce qui jusque là faisait de l’appareil un prolongement naturel de l’œil, le viseur.
De l’autre une armada impressionnante de logiciels qui visent à gommer toute aspérité.

Petit détail, si on passait à la loupe toutes les photos qui ont fait l’histoire avec un H majuscule de la photo, en les jugeant sur le plan de la perfection technique, je doute que beaucoup obtiennent la moyenne.
Michael Almond, un photographe anglo-saxon vient de publier un gigantesque comparatif de 18 outils de réduction du bruit
www.michaelalmond.com (en anglais)

Pixel et pain de son

La scène se produit il y a quelques années sur la place du marché une petite ville du midi ou j’étais en vacances. Une vieille dame s’arrête devant l’étal d’un marchand de pain artisanal et tandis qu’il me tend le mien lui lance :
« Bonjour monsieur , je voudrais du pain de son s’il vous plaît « .
Le type me fait un petit signe de la main, se tourne lentement vers la vieille dame et lui répond avec un grand sourire :
« Madame, le pain de son ça n’existe pas! »
« Mais si ça existe » s’indigne la cliente, « la preuve, j’en ai acheté avant hier j’en ai encore un bout à la maison »
Imperturbable, le vendeur lui assène :
« Madame, ce n’est pas parce que vous en avez acheté que ça existe »
J’ai continué mon chemin, laissant la vieille dame, la bouche bloquée grand ouverte par la stupeur et une insondable perplexité dans le regard.
Il y a des moments dans la vie ou les certitudes basculent.
Cette réflexion me vient en assistant, par newsgroup interposé, au lynchage d’un confrère journaliste qui, dans un papier grand public à essayé de simplifier la définition du pixel pour tenter d’en donner une représentation compréhensible.

Le problème avec le pixel, c’est que le pixel, ça n’existe pas plus que le pain de son, et ça, lorsqu’on est journaliste, et donc censé expliquer les choses de façon compréhensible, c’est un peu problématique.
La définition du pixel qui me vient à l’esprit c’est quelque chose du genre :

« le pixel est un concept purement théorique, c’est une valeur numérique issue du calcul visant à recréer une couleur à partir d’un nombre variable de photosites. En conséquence lorsqu’il s’agit de photo numérique le pixel varie en fonction de la technologie utilisée pour contourner la monochromie des capteurs et des algorithmes de traitement utilisés pour l’interpolation. A appareil égal ces algorithmes peuvent varier en fonction de l’utilisation de l’électronique embarquée ou de l’usage d’un logiciel externe. ».

L’envie de collectionner les définitions du pixel me titille, si vous en avez une encore plus alambiquée (mais tout aussi exacte) n’hésitez pas à me l’envoyer par mail.

Est-il possible de tester objectivement un appareil ?

Tout à l’heure, à la gare, je parcourais la presse photo en attendant un train. Deux tendances s’en dégagent : « je suis le premier à l’avoir annoncé » et « le nouvel x est mieux que le Y« ….
Ces deux tendances sont à la fois normales (le lecteur veut du scoop) et pas hyper originales, on les trouve dans tous les magazines « machines » qu’ils parlent de voitures, de planche à voile .. ou donc d’appareils photo.
C’est d’autant moins nouveau et original que cela s’est toujours fait.

Sauf que la question se pose : est-ce que ces principes sont vraiment adaptés au numérique ??

Prenons le premier : le scoop
Avec un appareil argentique, il n’y a que très peu de risques de voir des différences entre un appareil de présérie débusqué je ne sais ou et celui que vous pouviez acheter en magasin. Donc le scoop a du sens.
Avec un appareil numérique, la qualité de l’image (voir plus bas à ce sujet) tient énormément au traitement électronique du signal, et celui -ci peut varier beaucoup entre la présérie et le modèle final.
La même remarque s’applique aux fonctions qui désormais sont confiées à l’électronique et donc susceptibles d’être rectifiées en cours de route. L’Olympus E1 est un bon exemple de cette situation inédite. Cela va faire plusieurs mois que les sites US publient des essais puis des mises à jour de l’essai puis des mises à jour de la mise à jour.. qui fluctuent en fonction des versions des appareils en cours de développement que leur prête Olympus .

C’est un point que la presse ne me semble pas avoir encore complètement assimilé (à sa décharge, la prise en compte nécessitera une révision complète de l’approche des matériels nouveaux). La photo numérique a depuis pas mal de temps emprunté les mêmes chemins que ceux bien connus dans le logiciel, avec des versions bêtas qui précèdent la version finale..laquelle version finale n’a de final que le nom puisque des mises à jour du logiciel embarqué sont possibles après coup. Résultat, pour avoir du sens, les tests devront avoir des mises à jour eux aussi.

Deuxième point: x est meilleur que Y
Là ça devient encore plus sioux. Qu’est ce qu’on mesure ? la qualité du capteur ? Celle de l’objectif ? Celle du traitement du fichier ??
La qualité du capteur risque fort de ne pas être ultra discriminante, le Pentax *ist et le Nikon D100 ont le même, les Canon 10D et 300 D ont le même etc…..
Celle de l’objectif l’est, mais alors on ne compare plus des choses comparables
Quant à la qualité du traitement, plus l’appareil est haut de gamme moins elle constitue un critère décisif (notamment avec la démocratisation d’outils comme CaptureOne dont il existe désormais une version même pour le 300D) qui permettent d’organiser un workflow de traitement rapide et relativement automatisé.

Bref il y a encore du chemin à faire…..
La première chose serait de regarder du côté des magazines automobile qui analysent les véhicules en prenant leur client potentiel en ligne de compte. Si on compare une Twingo à une Ferrarri Modena il n’y a sans doute pas beaucoup de points sur lesquels la petite Renault va faire bonne figure.. sauf que même si toutes deux sont des voitures, elles ne s’adressent pas du tout à la même clientèle, ou à minima à la même utilisation.

Aujourd’hui il en va exactement de même d’un reflex numérique, surtout avec la possibilité d’enregistrer les fichier en RAW (sortie directe de capteur). Dire que tel reflex est meilleur que tel autre revient à juger les capacités respectives de leur électronique embarquée… laquelle n’est pratiquement pas utilisée si on traite soi-même les fichiers RAW.