J’aime bien les discussions qui de fil en aiguille arrivent à un truc intéressant.
Et c’était le cas hier à propos de commentaires sur des photos du LX3 qui j’ai posté sur mon compte Flickr (et qui sont visible sur le weblog), commentaires au cours desquels Cédric me pose ma question « le LX3 a t il la possibilité de faire la mise au point manuellement ? ».
Je lui répond que oui, en ajoutant que sur un compact il faut replacer cette fonction dans son contexte, elle peut servir de temps à autres pour des cas particuliers (macro..) mais elle n’est pas utilisable comme mode de mise au point par défaut.
Cédric me fait alors remarquer que « Mon expérience avec le LX2/DLUX3 : Le focus manuel est pratique dans deux cas : macro, pour faire la mise au point précisément sur un point, ou pour régler une distance précise en se réglant sur l’hyperfocale, pour faire des photos de rues sans avoir à se soucier de l’autofocus… »
C’est pas bête et j’avais oublié cet aspect qui peut être important.
L’hyperfocale c’est quoi ? La définition standard comme celle que par exemple donne Wikipedia est que l’hyperfocale « est la distance minimum où les sujets seront nets quand on réglera la bague de mise au point sur l’infini. »
C’est super (et exact) comme définition, mais ça ne répond pas à la question d’où est-ce qu’elle vient cette hyperfocale ?
La réponse c’est que l’hyperfocale vient d’une petite tricherie qui elle même repose sur le fait que notre œil est tout sauf un instrument de mesure fiable.
Pour comprendre cette histoire d’hyperfocale, il faut d’abord parler de ce qu’est la profondeur de champ.
La profondeur de champ c’est la zone de netteté dans une photo. Or, la profondeur de champ, ça n’existe pas.
OK, là vous devez vous dire qu’il y a comme une contradiction.. pas vraiment, je m’explique.
Une photo est nette ou floue. Ce qui fait qu’une photo est nette, c’est que l’objectif est réglé de telle manière qu’il forme une image pile poil à l’endroit ou se trouve le capteur. S’il la forme un peu avant le capteur ou un peu après le capteur, la photo est floue.
Ça c’est un point de vue d’énarque.
Dans la vraie vie l’œil, qui, comme je viens de la dire n’est pas un instrument de mesure exact, ne s’aperçoit pas tout de suite que la photo est floue. Si la l’image se forme juste un peu avant, ou juste un peu après le plan du capteur, notre œil ne va pas être capable de faire la différence entre cette photo « presque nette » et une photo « vraiment complètement, totalement nette ».
La première conséquence c’est que bien que techniquement la profondeur de champ n’existe pas, notre œil lui, la voit bel et bien. Il y a une zone à partir de laquelle il voit la photo nette et jusqu’à une autre zone à partir de laquelle il commence à percevoir que la photo est floue.
Mais il y a un truc bien mieux (je reviens à cette histoire d’hyperfocale).
Si on fait la mise au point sur l’infini, la zone de profondeur de champ va s’étendre d’un certain point au premier plan jusqu’à l’infini. Cette valeur de « un certain point au premier plan » s’appelle l’hyperfocale.
Là normalement vous devriez penser que ça nous fait une belle jambe, et vous avez tort.
Vous avez tort parce que ce qui est intéressant c’est que si l’on fait la mise au point sur cette distance hyperfocale, la zone de profondeur de champ s’étend de la moitié de l’hyperfocale jusqu’à l’infini.
Du coup ça devient très intéressant parce si on fait la mise au point sur l’hyperfocale, tout est pratiquement net, sauf ce qui est vraiment très près, c’est l’idéal pour les photos de rue.
Cette valeur de l’hyperfocale varie en fonction de la focale de l’objectif et de l’ouverture du diaphragme et elle se calcule (la formule est plus bas).
Mais bon, il existe des palanquées de calculettes pour se dispenser de faire des maths. La plus simple est celle du site Dofmaster.com
Regardez le tableau ci-dessous qui représente les valeur pour un LX2 en position grand angle (6,3mm)
Si à f :4 on fait la mise au point sur 1,5m (1,29mm exactement) on sera net de la moitié (soit 70cm) jusqu’à l’infini (c’est à dire que tout sera net en pratique).
Effectivement, comme le fait remarquer Cedric, pour des photos de rue, ça peut largement dispenser de l’autofocus.
Les calculs
Ceux qui ne se sont pas encore endormis sont probablement en train de se dire qu’il serait bien de pouvoir connaître avec une relative précision d’où à où va cette zone dans laquelle notre œil voit tout net.. et qu’ils se rassurent, elle se calcule.
Pour pouvoir la calculer il a fallu définir la marge d’erreur de l’œil, trouver une unité qui permette de dire « ce flou là, l’œil ne va pas pouvoir le distinguer ».
Pour cela les opticiens utilisent une unité qui s’appelle le cercle de confusion.
Si on montre un point à l’œil, il voit.. un point (enfin sauf après 23h et moult alcools forts, mais ce genre de considération entre rarement en compte dans les données techniques).
Si on remplace le point par un cercle de même diamètre l’œil va toujours voir un point, si on grossi le diamètre du cercle il va toujours voir un point, et si on grossi lentement le diamètre du cercle il y un moment ou l’oeil va dire « hé ho là tu m’embrouille, c’est plus un point c’est un cercle !! »
Le cercle de confusion c’est le diamètre du plus gros cercle que l’œil voit comme un point.
En 24×36 (film) on utilisait la valeur de 0, 03mm, avec un petit capteur elle est plutôt du genre 0,01mm voire moins
À partir de cette valeur qui en gros permet de chiffrer le manque de précision de l’œil, on peut calculer la profondeur de champ. En fait la profondeur de champ a deux valeurs, deux distances en pratique : la première c’est la distance à partir de laquelle les choses sur l’image commencent à être vues comme nettes, la seconde c’est la distance (plus longue forcément) à partir de laquelle elles sont de nouveaux perçues comme pas nettes.
Pour faire chic dans les dîners en ville la formule, enfin les formules sont les suivantes :
Calcul de la distance hyperfocale :
- Hyperfocale en mm =Focale en mm ²/(cercle de confusion x valeur du diaphragme)
Calcul de la profondeur de champ
- Premier plan net en mètres = (distance de mise au point en mètres x Hyperfocale) / (Hyperfocale + distance de mise au point net en mètres)
- Dernier plan net en mètre = (distance de mise au point en mètres x Hyperfocale) / (Hyperfocale – distance de mise au point net en mètres)
- Et donc l’étendue de la profondeur de champ = Dernier plan net – Premier plan net
Cet article fait partie d’une série : Cours de photo
- La photo numérique, comment ça marche ?
- Un exemple d’utilisation de la mise au point manuelle sur un compact
- Comprendre les zooms : que signifie x8 ou x10 ?
- Les modes manuels servent-ils à quelque chose sur les compacts ?

















charlotte
Luc
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