Histoires de cul et de bite

Mise à jour octobre 2013 : Plus de 6 ans et des dizaines de milliers de kilomètres plus tard, mon avis sur ma SMP Glider est toujours le même : plus aucun problème de plomberie, confort impeccable sur des distances de plus de 100 bornes, vieillissement plutôt correct (ce qui module mon jugement sur le tarif, c’est cher certes mais de très bonne qualité), et entre temps j’ai changé de vélo (et donc de tige de selle) et je n’ai plus de problème avec la fixation. Bref, je la garde, et si elle trépasse, je reprendrai la même.

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Lors de ma dernière sortie de 66 Km dimanche dernier , je suis rentré avec une sorte d’insensibilité de la bistouquette, associée à une sensation un rien étrange. Le tout a duré jusqu’au mardi suivant. Grosse frayeur, le sexe et le vélo seraient incompatibles ?
Dimanche soir, je me précipite sur l’excellent forum Vélo 101 pour voir s’il y a une explication à ce phénomène désarçonnant et je découvre un tas de trucs effrayants. En fait la solution serait les selles évidées du fabricant italien Selle SMP.
Dimanche soir, après une lecture attentive du site Web de SMP, lecture qui me conforte je me précipite pour commander en ligne aux Ets Dutouron une selle SMP Glider (la seule qu’ils aient au catalogue).
Premier constat, les susnommés Ets Dutouron ont été assez véloces car, après avoir cliqué sur « envoi », j’ai lu les infos générales sur la livraison etc.. (je sais, c’est mal, j’aurais dû le faire avant) et horreur, je lis qu’il faut compter une douzaine de jours de délai. Je ne m’étais pas posé la question, j’avais acquis mes pédales, chaussures et quelques bricoles chez Bike24 qui envoie la livraison limite avant qu’on ait eu le temps de remplir le bon de commande.
Coup de fil donc chez le vendeur, dame adorable qui me dit qu’elle va voir c’qu’elle peu faire, merci madame (dis-je en pesant « c’est foutu ») et oh miracle, elle a tenu parole, la selle est arrivée samedi matin.

Première surprise, alors que d’après les photos, je m’attendais à une selle énorme en pratique, elle est presque plus fine que ma vieille San Marco Race Gel.
En revanche, en ouvrant la boîte j’ai pensé à l’excellent titre d’un papier du magazine CycloSport de ce mois, papier qui utilise en titre une question remarquable « pourquoi les vélos sont-ils si chers ?… ».. dommage que le susnommé magazine n’ait pas jugé bon de répondre à cette question pourtant intéressante (si c’est ce papier qui vous intéresse, gardez vos sous, c’est un attrape couillon).

Bref en attrapant la selle, je me dis que je suis clairement un débutant en vélo parce que suis encore stupéfait que ce vil bout de plastique vaille 200 euros. Je sais bien que dans le vélo (enfin disons que je suis en train de l’apprendre) il est normal que tout vaille le prix de trois fois son poids en or, mais j’avoue que j’ai du mal à m’y faire. Les Ets Dutouron la vendent 130 euros, ce qui est une super affaire (puisque tous les autres la vendent 200), mais dans l’absolu un tarif encore astronomique que vraiment rien en justifie. M’est avis que dans les comptes des Ets SMP à la rubrique « on marge comme des gorets », les chiffres doivent être bien gras.

Mais bon, mon auguste postérieur vaut bien une entorse à la Visa et donc je monte ladite selle sur mon vieux biclou.
Samedi sortie de 32 Km pour voir… nickel
Dimanche, je refais le circuit de 66 Km qui, dimanche dernier m’avait laissé la plomberie dans un état de somnolence effrayant (dont elle est sortie que le mardi suivant.. de quoi flipper comme un malade)… rien, que dalle.. nada. A priori tout marche.
Non seulement ça n’anesthésie pas la bite, mais en plus côté confort global c’est plutôt bien (en tout cas mieux que ma vieille San Marco).
Le seul problème que j’ai est mécanique, je n’arrive pas à bloquer la selle qui en cours de sortie glisse vers l’arrière même en forçant comme une brute épaisse sur la clé Allen.

À suivre….

Pour le reste, j’ai fait la même boucle que dimanche dernier, mais plus facilement, un poil plus vite et en ayant fait une sortie de 32 Km la veille. Tout va bien donc.

Un doc sur les différentes pathologies (pas après les repas…)!

Reflexions à propos de Libé et les « statistiques ethniques »

libeJe lis ce matin (en ligne) dans libé que « Libération publie une pétition qui s’élève contre l’apparition de «statistiques de la diversité» en France. »

S’en suit un texte qui commence par l’ésotérique « L cains riposte » je ne sais pas qui et ce « L Cains », mais je sais que décidément il faudrait arrêter de penser que publication en ligne et SR sont des concepts incompatibles.

Impossible de mettre la main sur la susnommée pétition d’ailleurs.

Je me suis arrêté sur ce papier parce que la notion de statistique ethnique m’a fait sourire.

Sur le principe je serais plutôt pour, dans la vraie vie (et le papier de Libé n’en tient nul compte) je ne vois pas trop comment ça pourrait être possible (enfin sauf à aller comptabiliser uniquement les 100% maliens, chinois de pur souche et autres non mélangés qui ne doivent pas être légion).

Il me semble que le problème de la « divers citées » c’est le métissage (abomination pour les uns, chance pour les autres deux conceptions aussi grotesques l’une que l’autre, je crois que je préfère la première qui à la mérite d’être moins hypocrite).

Je serais curieux de savoir comment on va mettre en chiffres les mélanges.
Moi qui vous parle par exemple, je suis à moitié noir à moitié stéphanois, quelle est la moitié prégnante… je serais bien en peine de répondre. Sur le plan de la religion je suis catholique mais sur le plan de la colorimétrie je suis douteux, bref, le sondeur qui viendrait me mettre en chiffres à intérêt à aimer la bière, parce que l’échange risque de durer un brin.

Ceci étant cette approche qui n’ose pas dire son nom,(parce que si Libé parle de « statistique ethnique » il s’agit en fait et Libé le sait parfaitement, de statistiques touchant à la couleur, à la religion ou à la différence culturelle, les notions ethniques n’ayant pas grand chose à voir là dedans), constitue en creux une bonne photographie du ravin qui sépare l’idéal républicain (tous pareils) de la réalité des choses (« Amehd, immigré de quatre vingt douzième génération…. ») .

Il est un peu navrant de voir un quotidien qui se veut moderne, se vautrer dans la propagation de ces représentations éculées.

Reflexions sur la déontologie « low cost »

Après Béatrice Schönberg et Marie Druker écartées de leurs JT respectifs pour cause de relation amoureuse avec un politique (la première écartée de force, la seconde s’étant écartée toute seule pour éviter que la question ne se pose) c’est au tour d’Alain Duhamel ( qui collabore à France 2, Libération et RTL) de se voir remiser au placard par France 2 et s’est du coup retiré temporairement de sa fonction d’éditorialiste sur RTL pendant la période électorale, pour avoir déclaré qu’il voterait Bayrou [1].

J’avais déjà trouvé que les mises à l’écart de mesdames Schönberg et Druker constituaient un spectacle désolant et que l’espèce d’obsession de la sphère journalistique à se donner une image en creux assez pitoyable.

Le message me semble être qu’il est tout à fait acceptable pour un journaliste politique bossant pour un média à forte exposition de ne pas très bien faire son boulot dans la mesure ou il/elle ne couche pas, ce qui est vraiment d’un niveau cour de lycée.

Cette obsession normativo-morale a des contours étonnants. On peut par exemple dans le même temps défendre que deux personnes qui couchent ensemble sont forcément sur la même ligne de pensée et d’intérêt et défendre avec la même vigueur que le couple Royal/Hollande discorde a qui mieux mieux sans que jamais l’incohérence de ces deux postulats ne saute à l’esprit.

Ces différents avatars mi- people, mi-médiatiques ont été abondamment couverts.

Il me semble manquer un élément important dans cette affligeante saga qui part des mésaventures de mesdames Schönberg et Druker pour trouver un épilogue temporaire dans la pantalonnade Duhamel, cet élément important est l’absence totale de contrôle de ce qui est publié, dit, montré dans la presse.

On peut dire absolument n’importe quoi dans un média et très rares sont les retours en arrière, les rectifications, les mea culpa. Le dernier qui me vient à l’esprit est le courageux et pédagogique exercice de France 3, qui, s’étant laissé conter fleurette par les sirènes du journalisme citoyen avait diffusé dans son 19/20 une vidéo de chasseurs américains du Wyoming s’ébattant gaiement dans la nature en révolvérisant à qui mieux mieux des lapins, en la présentant comme des images des images tournées par les soldats américains lors de combats contre les talibans en Afghanistan. La séquence était censée avoir été réalisée par un tireur d’élite américain filmant ses cibles avant de les abattre…
Non seulement la chaîne a rectifié mais en démontant ce qui s’était passé, chapeau.
Chapeau d’autant plus que c’est rarissime.
Il n’y a pas non plus de travail journalistique revenant sur ce qui a été dit écrit publié, tout d’abord parce que probablement le flux est tel que ce serait mission impossible et également parce que donnant dans un travers très hexagonal, les quelques émissions qui s‘y attachent, donnent dans l’anecdote, la pirouette parisianiste et autres amuse gueule.

Ces gamineries marketing qui veulent que désormais un journaliste ne doit pas avoir de vie sexuelle, et s’abstenir de toute opinion personnelle, me semblent relever d’un rattrapage « low cost » de cette carence de contrôle : on peut dire n’importe quoi dans un média, vérifions au moins que cela ne soit pas dit par n’importe qui.

Après tout pourquoi pas, en tous cas cet exercice de déontologie a bas coût me semble cohérent avec l’état de la presse d’information chez nous.

Si nous avions une presse d’informations rigoureuse et humble, alors cette chasse aux sorcières nouvelle vague pourrait passer pour un simple excès de zèle bien pardonnable, le problème c’est que dans l’état, elle sert de substitut à la rigueur, ce qui forcément, est moins bien.

[1] Le même Alain Duhamel qui s’était attiré les foudres de France 2 en 2002 pour avoir publié un livre d’entretiens avec Lionel Jospin : « Le temps de répondre ».

Reflexions à propos de la fixation sur le noeud

Petite réflexion pré-cafféine en écoutant les news ce matin : Iran/Royal même combat, et ça me navre.

Ce qui me navre c’est moins la vacuité du débat politique que celle de la couverture qui en est faite.
L’exemple des sous-marins me semble caricatural.
Qu’une candidate ignore le nombre de sous-marins nucléaires que la France possède mérite de monopoliser les médias, le fait que personne n’ait la moindre idée de ce qu’elle entend proposer à quelques mois des élections, ça, ça relève de l’anecdote.

Je n’en ai personnellement rien à faire qu’une candidate ignore le nombre de sous-marins nucléaire de notre arsenal. Je participe à payer de mes impôts des bataillons de généraux pour s’occuper de ce genre de choses et vu la fréquence d’utilisation de ces engins je subodore qu’elle aura le temps de se mettre au courant de leur comptabilité en cas de besoin.
J’aimerais en revanche que les médias me parlent de programme, de politique, d’impact d’icelle sur le futur, de la vraie vie quoi.

Quel rapport avec l’Iran ? et bien j’en vois un énorme de rapport, c’est celui de la fixation sur le nœud du ruban du paquet en lieu et place du contenu du paquet.

J’ai lu/entendu/.vu partout mes confrères se gausser de la « gaffe » de Chirac, je n’ai lu/vu/entendu personne investiguer sur une question toute bête : a t il raison ou tort ?

Mise à jour : Un confrère me dit que Bernard Guetta sur France Inter ce matin a fait sa chronique sur le thème : Chirac n’avait pas tort quand il disait que plus inquiétant que la dotation de l’arme nucléaire par l’Iran était la prolifération de cet armement dans la région.
Qu’il soit loué pour cette tentative de remonter un peu le niveau.

Elle est pourtant pas bête cette question si on pense que les US sont passés à deux doigts d’un remake de War in the Gulf II à Téhéran qui n’est d’ailleurs toujours pas exclu (lire à ce sujet l’intéressant papier/interview de Laurent Zecchini publiée le 25 janvier dans le Monde sous le titre « Y a-t-il une « guerre secrète » entre l’Iran et les Etats-Unis ? »)

Elle est encore moins bête si on prend en compte la situation des réserves pétrolières dont les mauvaises langues finiront par dire qu’elle n’est pas étrangère à l’agitation autour des puits de pétrole… pardon c’est un lapsus.. autour du Moyen Orient (rappel, même chez Total on commence à répéter que les réserve de pétrole sont de l’ordre de 50 ans au rythme de conso actuel).

Je m’étonne donc que la focalisation sur le nœud du paquet, le côté « people » de l’affaire « rooooh.. le vieux Chirac aurait dit une bêtise qui défrise les Américains » empêche de regarder dans la boîte.
Parce que s’il a tort Chirac, alors oui c’est une bourde ridicule.
Si en revanche il a raison, alors là les choses deviennent très intéressantes et offrent une clé de lecture originale aux agitations pétro..moyen orientales.

Désolé.. bon je vais aller me prendre mon café, après ça ira mieux et en me concentrant très fort, je finirais par trouver la bravitude passionnante.

Réflexions sur « l’esthétique du flou » nouveau label de l’authentique

Big brother is … you
Les weblogs trouvent leur prolongement dans les sites de vidéos, qui proposent la sensation d’une loft story étendue à la totalité de la vie
Tout événement est susceptible d’être filmé et diffusé. l’intérêt ne vient plus de l’événement, mais de son exposition. Chaque « citoyen » devient une caméra de vidéo surveillance en puissance, or une caméra de surveillance donne des images floues et granuleuses….

Primauté de la forme sur le fond: nouveaux codes
La caractéristique de ces médias personnels est l’exécrable qualité technique (ce n’est pas péjoratif, juste descriptif) qui tranche avec le côté policé à l’extrême des médias traditionnels.
Cette qualité exécrable n’est pas le fruit du hasard ou d’un manque de moyens, mais s’inscrit dans la conformité à une nouvelle esthétique : le flou et le granuleux [1].

Le succès de ces médias personnels semble lié justement à cette mauvaise qualité qui dans les codes classiques de déchiffrage des médias est associée à la notion de vérité.

Exemple caricatural, pendant des années la presse people a usé et abusé de photos floues et granuleuses pour donner la sensation qu’elles étaient volées, même si ce n’était pas toujours le cas.

En ce sens, la désormais célèbre vidéo de Ségolène Royal parlant des professeurs est intéressante. Cette vidéo est floue, de qualité médiocre (et donc fleure bon le document) alors que la réunion est publique. Aucune réaction particulière n’a suivi cette réunion et les propos de Ségolène Royal. Il aura fallu sa diffusion sur le web pour que ce film, jugé jusque là complètement banal prenne valeur de « document » précieux.

Cette esthétique du flou vient de passer au stade supérieur avec la présentation des vœux des deux bretteurs officiels, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.

La vidéo de Nicolas Sarkozy est d’un austère absolu, le cadrage pour le moins étrange et les réalisateurs ont poussé la sophistication jusqu’à ajouter du vignettage [2] sur l’affichage du panneau final qui donne les coordonnées.

L'esthétique du flou

Pour apprécier à sa juste valeur l’apparent manque de moyen vidéo de l’UMP il faut se remémorer la confession d’un journaliste de France 3 publiée par le journal le Monde le 7 novembre 2006 : « 80% des images montées dans mon sujet proviennent de l’UMP » . L’UMP dispose d’une cellule dédiée, ETC (Études, techniques et communication) qui depuis l’automne 2005 suit le Ministre dans tous ses meetings et est dans de nombreux cas la seule habilitée à filmer ses entrées en scène.

La vidéo des vœux de Ségolène Royal est encore plus marquante (si j’étais médisant, ce que heureusement je ne suis pas, je dirais « encore pire »). Non seulement elle est floue, mais le cadre bouge de façon erratique comme si c’était un enfant qui a filmé la scène. Le décor est un chef-d’œuvre de kitsch familial. Je n’ai pas d’information sur les moyens vidéo du Parti Socialiste mais je subodore qu’ils doivent être au moins au niveau de ceux de l’UMP.

Il est à noter que ces partis politiques ont une telle force de frappe en matière de moyens vidéo leur permettant non seulement de réaliser des captations du niveau de celle des chaînes de télévisions, mais qui leur permettent de s’y substituer (en interdisant parfois l’accès à certaines zones) que récemment le syndicat SNJ-CGT de France Télévision à demandé «aux cadres et aux journalistes de terrain de refuser d’intégrer à nos sujets ces images de propagande. Il appelle les journalistes qui se verraient refuser de travailler librement par les organisateurs de meetings à quitter les lieux et à saisir les syndicats, afin que nous puissions poursuivre devant les tribunaux pour atteinte à la liberté de la presse.»

Il est donc tout à fait étonnant (ou au choix, savoureux, effrayant…) de voir les services de communication de ces partis épouser les codes des médias personnels pour quelque chose d’aussi anodin que des voeux. A n’en pas douter l’année 2007 et la campagne qui se profile, vont être intéressantes.

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[1] Il y a des cas ou il est intéressant de marier média personnel (et donc « authentique ») et image de qualité correcte. Pour cela, la mouvance du média personnel trouvé des outils parfaits dans la dernière vague des téléphones portables. Les Nokia N91 et N93 sont ainsi devenus les icônes de la vague du média personnel, il présentent l’avantage de fournir une image de qualité fort honnête et une apparence de téléphone « juste sorti de la poche pour saisir l’évènement sur le vif ». Il est intéressant de noter que ces nouveaux outils (dont mon propos n’est pas de les critiquer, j’en suis un partisan convaincu, je me suis déjà trouvé en situation de diffuser à la télé des portions de vidéo tournées avec un N93), valent le prix d’un caméscope. Leur usage systématique ne relève donc pas d’une absence de moyens, mais bien de la volonté de s’inscrire dans ce courant du « low cost pictural », garant d’une authenticité que n’auraient pas les médias traditionnels utilisant des moyens adaptés.

[2] Terme photographique qui désigne l’assombrissement des coins de l’image. Le vignettage est la marque d’un objectif de mauvaise qualité qui forme un cercle image d’un diamètre inférieur à la taille de l’image.

Réflexions sur la presse et le Web 2.0

Ces réflexions sont tirées d’une discussion par mail avec des confrères sur la mode du Web 2.0 dans les stratégies de presse, et dans ce contexte, je fustigeais la mode de la « ouaibedeuzeroïsation » tous azimuts, nouveau Graal des groupes en mal d’idées.

Lorsque je parle sur un ton ironique de « ouaibedeuzeroïsation » je ne veux pas pour autant dire que tout est à jeter. Par exemple, les techniques récentes en matière d’interactivité ou d’interface plus dynamique que le néandertalien HTML de base, offrent manifestement des opportunités très intéressantes aux sites marchands et/ou de services, lesquels peuvent sans doute constituer des produits dérivés intéressants pour les journaux (ce qui, par ailleurs est à démontrer), mais dans ce dernier cas on sort de fait tant du contexte du journal que de celui du journalisme.
Les deux points me semblent totalement distincts. Nous avons d’un côté une plate-forme technologique qui se prête bien à la mise en place de systèmes de services, lesquels peuvent tirer profit de l’image engendrée par un média, de l’autre une industrie qui a des problèmes qui lui sont propres et dont je doute fort qu’ils soient solubles dans la technologie.

De la même façon l’appétence manifeste de certaines strates de la population pour les échanges directs n’est pas contestable et là encore peut être mise à profit pour servir de cadre au développement de plates-formes de commerce ou de services, mais cela n’a de mon point de vue, pas grand chose à voir avec un média.
Sur ce dernier point il est symptomatique que dans le monde « brick and mortar » comme on disait à l’époque de la bulle, aucun commerçant ne s’est appuyé sur un média et lorsque l’adjonction d’un support péri-journalistique a été jugée intéressante pour le développement de la prestation commerciale, ils se sont tournés vers une option tout à fait spécifique, les « consumer magazines » dont certains sont très bien faits, et que bien souvent ils ont in fine abandonné petit à petit (confer l’intéressante saga d’Epok).

Je ne crois pas (doux euphémisme) en revanche qu’il soit judicieux de voir dans les évolutions des technologies web une porte de sortie de la soi-disant « crise de la presse ». [1]

L’emphase sur ces technologies internet est juste la marque de la méconnaissance de la part des responsables de journaux de l’environnement technologique dans lequel ils évoluent, méconnaissance qui leur fait voir comme des choses extraordinaires, ce qui est juste une mise à jour tout à fait anecdotique des diverses opérations qui accompagnent un journal papier.

Deux exemples, pour être concret :

– Qu’un site de journal permette à des lecteurs de réagir à un papier est quelque chose qui dans certains cas peut présenter de l’intérêt (rarement), mais qui dans aucun cas ne fera vendre un exemplaire de plus. Dans certains cas ça pourrait peut-être augmenter la fréquentation du site (j’aimerais qu’on ne réponde avec des chiffres) mais je doute que ce soit dans des proportions suffisamment significatives pour que cela apporte un surcroît publicitaire (j’aimerais qu’on me réponde avec des chiffres)

– La politique du « contenu » qui vise à acheter à vil prix auprès de grossistes (la rubrique « multimédia » de l’édition abonnés du Monde en ligne est caricaturale sur ce plan), a comme résultat soit des choses strictement sans intérêt (comme ce « reportage » sur l’élection au PS [2]), soit la reprise de ce qui a déjà été multidiffusé sur les télés.

Dans ces deux cas, ce qui est une erreur grossière (liée à la méconnaissance que je fustigeais plus haut) et funeste (parce qu’elle ne fera que plonger les canards qui s’y adonnent dans un marasme plus profond, les ressources gaspillées de cette façon n’étant pas affectées à des endroits ou elles auraient eu du sens) pourrait être quelque chose de très intéressant.

Imaginons par exemple un site de journal, dans lequel des journalistes seraient affectées à piloter l’échange avec les lecteurs, a répondre, à modérer les messages sans intérêts, à relancer les débats, etc.. je n’ai pas d’idée ferme, et encore moins de chiffres, mais à défaut d’être une garantie de développement commercial du titre, au moins, tant sur un plan journalistique que sur celui de la crédibilité, cela aurait du sens.

Sauf que ce type de mise en place demanderait des sous, beaucoup de sous, et les journaux ne les ont pas (ou disons ne sont peut-être pas prêts à les mettre). Conséquence, on abouti à des sites « ouaibedeuzero » avec un article en ligne, suivi d’un listing de commentaires qui le démontent en pointant ses « erreurs », et aucune réaction de la rédaction. La somme du tout est une gigantesque démonstration de la putative incompétence du type qui a écrit le papier et accessoirement, de dynamitage de la crédibilité du titre .

Si l’utilisation de la possibilité donnée au lecteur de répondre était mise en œuvre intelligemment et avec les moyens que cela suppose il y aurait deux cas de figure :
– Le journaliste s’est trompé, et le papier en ligne est corrigé (avec sous une forme ou une autre, le crédit rendu au lecteur qui a soulevé l’erreur)
– Le journaliste à raison, et en débattant avec les lecteurs il a éclairci les points qui n’étaient pas assez développés, et naturellement le texte est retouché pour pointer vers ces précisions.

Tout ceci demande des ressources qu’aucun journal n’a encore affecté à ce type d’opération (si tant est qu’ils en aient les moyens).

Même chose pour la vidéo. Un site issu d’un journal qui se donnerait les moyens de former les journalistes que ça intéresse à la vidéo (tout comme la PQR a formé ses troupes au Canon G5 il y a quelques années) et qui publierait non pas le sujet de Reuters que tout le monde, depuis les chaînes hertziennes jusqu’à la télé locale de Saint-Gigougnou-en-Vigneret-le-Bas, a déjà diffusé en boucle 300 fois, pourrait alors proposer un autre mode de traitement de l’info, complémentaire du papier (voire indépendant de ce dernier) et dans tous les cas, intéressant.

Là non plus, je n’ai pas d’idée ferme, et encore moins de chiffres, mais à défaut d’être une garantie de développement commercial du titre au moins, tant sur un plan journalistique que sur celui de la crédibilité, cela aurait du sens.

Aucun journal n’a ni les moyens ni la volonté de faire ça.

En revanche, à se tartiner le visage de sous-ersatz en rabâchant des mantras (« ho oui mes frères le ouaibedeuzéro va nous sauver ça c’est bien sur oh oui oh Seigneur, il va nous sauver ! ») on ne fait que précipiter les choses.

Lorsqu’on fonce dans un mur, repeindre le mur ne protège pas le cartilage du nez.

J’ai parlé (dans ma note de bas de page) de « une escroquerie intellectuelle comme rarement sans doute la presse en a connu dans son histoire » parce que non seulement ce mantra sert de (mauvais) cache misère pour masquer le manque criant de capacité à se remettre en cause [3], mais il y a pire : le web 2.0 a des vertus anesthésiantes.

Les mêmes journaux qui ont des exigences extrêmes en matière de formation pour leurs journalistes papiers [4] font la danse du ventre en entendant la musique des marketeurs qui leur chantent que dès qu’on lui accole l’épithète web 2.0 le journalisme ne devient plus un métier, que tout le monde sait tout faire spontanément, qu’il n’y a plus d’écriture spécifique (alors que l’histoire du multimédia montre que beaucoup ont échoué à créer une écriture multimédia justement). Par ailleurs, je peux témoigner, pour l’apprendre au prix d’un travail assez considérable (tant en heures passées qu’en énergie) et pour un résultat parfois assez pitoyable, que l’écriture vidéo est quelque chose qui n’est pas forcément simple (dit en d’autres termes « est un vrai métier »).etc..

Mais les sirènes du marketing chantent que c’est magique, alors….
Magique.. (et vu du côté du décideur, magique s’orthographie « peu coûteux »)

Dans ce contexte, un confrère me communique le lien suivant [5] en me disant « vous verrez qu’il pose de bonnes questions sur le respect du lecteur et donne même quelques pistes sur ce que peut être une des nouvelles missions des medias: dénicher les pépites parmi les lecteurs ».

Il y a des pépites côté lecteur, oui sur, c’est nouveau ça ??
J’ai lu ce texte, il ne fait que dire ce que tout le monde sait déjà et s’il n’y avait l’ajout du « contexte web » qui fait très chic, il aurait pu être écrit il y a 20 ans !

On y lit par exemple :

Le forum mais aussi les blogs, les chats et les pages perso occupent donc un rôle traditionnellement dévolu aux médias. Ils fonctionnent comme un retour d’opinions ou un retour d’expériences. Deux qualités essentielles constituent leur valeur ajoutée par rapport aux médias : la spontanéité et le désintéressement.

Avant « les blogs, les chats et les pages perso » il y avait les BBS, avant il y avait le Minitel (que ceux qui pensent que l’interactivité est née l’année dernière lors de la dernière version d’un soft de blog jettent un œil ici :
http://www.troude.com/Pinky/Index.html-ssi
Ça date de 1986 … 20 ans !!!!!

Avant l’électron, il devait y avoir les cafés etc….

Ce que démontre cet article (par ailleurs intéressant) c’est que les journaux ne se sont jamais intéressés aux cercles de discussion et d’échange qui ont de tous temps existé et qui relient parfois leurs lecteurs. C’est pas faux et ça renforce le fait que si les journaux arrêtaient de publier des opinions de journalistes à l’attention d’autres journalistes (ok, j’exagère..) tout le monde serait bien plus satisfait, le lecteur en premier lieu.

Ceci étant cette remarque s’inscrit dans le débat actuel qui agite et va agiter la campagne présidentielle. De la même façon que les candidats s’opposent sur la position à tenir avec d’un côté la posture classique du politique placé en périphérie qui observe et décide et de l’autre le politique placé au centre qui consulte et fait la synthèse.
Si le constat de l’appétence que je signalais plus haut, pour la discussion facilitée, voire stimulée par la facilité qu’offre la technologie est incontestable, on peut se demander si elle a à voir avec ce que l’on attend d’un journal.
Que les débats, parfois très riches, qui se tiennent dans des cercles divers puissent constituer une source intéressante pour les journaux, est un fait incontestable. Un fait qui, en soi, est par ailleurs un constat, certes très « mode » et dans le même temps une lapalissade, car dans la réalité les journalistes utilisent déjà abondamment internet, y compris pour y chercher les « témoins » dont les journaux sont très friands.
Qu’il y ait des gens intéressants et compétents, ayant des choses intéressantes et compétentes à dire dans la « société civile » (en clair en dehors des cercles journalistiques) n’est pas moins une lapalissade.
La question est, me semble-t-il, celle de la position du journaliste.
La fascination pour les nouvelles technologies du web conduit à promouvoir l’idée qu’en gros la masse des intervenants pourrait à bon compte se substituer au journaliste.
Je crois pour ma part que le rôle du journaliste consiste à rapporter pas forcément à être partie prenante.
En conclusion, le fait que se tiennent dans des cénacles électroniques, des discussions intéressantes, n’est pas quelque chose qui remet en cause le rôle de la presse et en aucun cas ce rôle ne consiste à servir de caisse de résonance à ces cénacles. Son rôle en revanche consiste, lorsque qu’il émerge de ces cénacles des idées ou des personnages qui présentent un intérêt qui dépasse largement le cadre restreint du cénacle, de les intégrer dans le flot des informations publiées.

Que par ailleurs , des idées intéressantes soient véhiculées en dehors du champ de la presse, n’a rien de contrariant et au fond, c’est plutôt une chose saine.

Sur ce point également, le constat que le journaux ne font pas si bien que ça leur boulot (constat qui n’est pas complètement faux), ne me semble pas conduire de façon évidente à la suite de la proposition « donc remplaçons les par les cercles de discussion et d’échange ».

Cette dernière posture qui fait le lit de ceux qui ont tout intérêt à remplacer la presse aussi imparfaite soit-elle (et elle l’est, il n’y a aucun doute là-dessus) par une forme de publication plus malléable, peut conduire à des excès dangereux. On a pu le voir récemment , de façon certes anecdotique, parce que le mouvement balbutie, avec l’instrumentalisation des « blogueurs » dans la première phase de la campagne des présidentielles. « Blogueurs » dont certains après avoir servi de faire valoir à quelques candidats avec une couverture médiatique totalement disproportionnée (la remise filmée et diffusée sur un weblog d’un iPod a N . Sarkozy a été couverte jusque dans le New York Times) ont fini par se révéler être des conseillers des-dits candidats….

Dans le cadre de cette discussion j’ai eu un échange avec Emmanuel Parody qui publie l’intéressant Ecosphère :

[…] Ceci étant dit je minimise comme toi l’influence des « gadgets techno » mais je pense que tu te trompes en sous estimant l’importance du « contenu utilisateur ». En fait une grosse partie du malentendu vient du fait qu’on aborde systématiquement la question sous l’angle de l’information (l’actualité) comme si le témoignage fugace ou l’opinion allait remplacer le travail du journaliste. Pour moi l’apport du lecteur ne se fera pas sur les news, les magazines l’ont compris, ce sera plus long pour les quotidiens car il vivent avec cette vision déformée d’un lecteur « acheteur d’informations ».

C’est exactement mon point de vue et c’est pour ça que je pense que l’emphase sur le web de la part des journaux est catastrophique.

Si on part du postulat d’un journal avec une direction ouverte, et prête à consacrer des moyens corrects à une diversification intelligente, alors sans conteste, le web doit être le moyen de développer des produits dérivés intéressants, mais comme je l’ai écrit je doute fort que cela ne fasse vendre un exemplaire papier de plus. Et sur ce dernier point il y a , me semble-t-il dans les « projets de relance » que j’ai pu lire ici et là une confusion totale. Les journaux ont un problème de circulation et de distribution et leurs responsables cherchent une solution dans des options qui au mieux proposeront à terme des produits dérivés sans autre lien que la marque, avec le journal papier.
Le problème de fond des journaux est une question de modèle économique qui vacille. Le web même s’il marche du feu de Zeus ne changera rien au fait que les gens ont de plus en plus de mal à se faire à l’idée qu’un journal d’info est quelque chose qui se paie. On peut de moins en moins leur donner tort parce que l’écart entre l’info gratuite et l’info payante est rien moins que flagrant en terme de qualité.

En France on paie cher des journaux de qualité moyenne qu’il faut galérer pour aller chercher dans un circuit de distribution inadapté.

Les gens ne paient que pour ce dont ils ont le sentiment d’avoir besoin ou envie (c’est le cas des canards éco, des hebdos et des magazines « loisirs » non technoïdes du type des féminins par exemple, ou encore des magazines people qui eux, ont un problème de pub).
La seule solution viable à court terme me semble pour les canards d’info de recréer ce besoin et ça ne peut dans un premier temps passer que par une remise en cause totale de la qualité de leur prestation.

Qu’à terme le lecteur ne sera pas qu’un acheteur d’information est intelligente et novatrice (bon courage pour la faire entendre en réunion produit) mais dans tous les cas en termes de revenus, cela ne sera jouable que dans très longtemps.
Pour faire tant un magazine qu’un quotidien qui se tienne il faut du monde, beaucoup de monde et il ne me semble pas qu’à court terme un revenu publicitaire web puisse nourrir ce monde là, or ce dont on besoin les journaux en ce moment se résume à un truc simple : des sous, c’est pour ça que je parle du web comme un produit dérivé distinct des problèmes actuels de modèle économique de la presse.

Pour prendre un exemple d’actualité, chez Libé, si on affecte les 200 personnes qui vont rester, au budget/revenus du web.. il y a intérêt à ce qu’elles aient un appétit d’oiseau….

Vu l’état tant financier que culturel des journaux, non seulement les stratégies web telles qu’elles sont appliquées dans la plupart des cas ne servent pas forcément à grand chose, mais elles peuvent même, s’avérer contre-productives (voir plus haut l’exemple de l’ajout des commentaires chez Libé).

Même chose pour le « user generated content » qui utilisé de façon frustre, part du principe que tout le monde a des choses intelligentes à dire, ce que mon expérience de ces 10 dernières années invalide totalement.

Qu’en revanche on utilise des moyens informatiques pour fédérer les quelques personnes gravitant autour d’un canard et ayant des choses intelligentes à dire, ce serait bien, ça se fait déjà depuis longtemps dans la « vraie vie » avec les clubs et autres associations de lecteurs putatifs triés sur le volet, hélas, sans que cela soit généralement réinjecté dans le contenu du canard. Faire ça de façon systématisée et sur des systèmes informatiques, demande des gens et des moyens, et donc une volonté claire (et informée) et les journaux en sont très loin.

Que le contenu utilisateur ait de l’intérêt n’est pas douteux, il suffit de voir ce qu’en font les entreprises qui évoluent en dehors de la presse. Quelqu’un qui veut aller au cinéma, dispose chez Allociné (que je trouve très bien fait et ce, depuis le début) des infos techniques d’Allociné (salles horaires, etc..) de façon distincte des critiques presse et de façon distincte également, le point de vue des spectateurs. Le tout forme un ensemble indiscutablement plus intéressant que n’aurait pu l’être le simple avis d’un rédacteur d’Allociné. Si un spectateur envoie une annerie, elle sera présentée de façon tellement distincte que ça n’impactera pas le reste (d’autant que mon petit doigt me susurre que dans ce cas l’avis serait « modéré »).

Un journal est incapable d’avoir cette approche froide et détachée.

Du point de vue « vision » comme disent les anglo-saxons, la presse papier c’est de la sidérurgie lourde, et les impératifs de cette industrie là impliquent de régler des problèmes à très court terme.

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[1] Là c’est pour faire gentil, la version sincère est : je pense que laisser penser au journalistes qu’ils sauvront leur job avec ça et aux lecteurs qu’ils auront de meilleurs journaux grâce à ça est une escroquerie intellectuelle comme rarement sans doute la presse en a connu dans son histoire.

[2] Titre : Dernier débat au PS avant l’investiture
http://abonnes.lemonde.fr/web/video/0,47-0,54-833291,0.html

[3] Je pense que les écoles de journalisme pourront dans quelques années lorsque cela ne relèvera plus de l’actu chaude, utiliser le « plan » d’Edwy Pleynel comme outil de travail sur le thème « comment parler d’un journal sans le remettre en cause, sans évoquer les évolutions du contexte dans lequel il évolue ni même évoquer ses lecteurs ? »

[4] la « jeunecadrisation » du métier est sur ce point assez parlante, il y aura bientôt plus d’écoles de journalistes que de médias ou caser les élèves

[5] http://testconso.typepad.com/marketingmedia/2006/11/lopinion_maltra.html

Réflexions sur le « user generated content »

L’homme de l’année c’est vous, oui vous ! C’est Time Magazine qui l’affiche en couverture et au-delà de Time Magazine c’est ce que claironnent les journaux à longueur de colonnes économiques (lorsque n’est pas à longueur de colonnes tout court).
« Vous » parce que Time Magazine célèbre la vague de l’« user generated content », le contenu généré par des utilisateurs qui se précipitent en masse pour voir celui que le voisin à posté et prier pour qu’une masse de ces voisins viennent voir le leur.

L’« user generated content « c’est un peu la Star’Ac à l’échelle planétaire, où tout un chacun peut espérer devenir une vedette sans avoir à composer avec les fourches caudines des votes par SMS surtaxés. Le nirvana de notre époque profondément marquée par le cocooning (le web moderne est l’enfant naturel du cocooning et de la télématique).

Il y a deux choses remarquables dans cette vague de l’« user generated content », en pratique deux annonces de fin.
La première est la fin de la ridicule saga du « journalisme citoyen » à qui le « user generated content » succède. Cette fin là, je ne m’en plaindrais pas, une des escroqueries majeures de ces dernières années se délite et c’est tant mieux.
En pratique, pour être précis, ce n’est pas l’émergence de l’« user generated content » qui a signé la fin du journalisme citoyen, un des ses inventeurs, Dan Gillmor avait déjà fait un constat d’échec il y a plus d’un an, mais autant les modes américaines traversent rapidement l’Atlantique lorsqu’elle en sont à leur phase euphorique, autant leur délitement met un temps fou à nous parvenir.
Il y a donc là une simple concomitance, mais comme les médias sont friands de tout ce qui pourrait ressembler à une nouvelle mode internet, l’« user generated content » prend logiquement la place du « journalisme citoyen », sans compter qu’il sent bon le « web 2.0 » [1] et que le « Web 2.0 » c’est furieusement tendance.

L’autre chose remarquable, plus anecdotique, presque plus romantique, est l’enterrement silencieux du vieux concept un rien baba cool de « village global » qui avait prévalu au tout début d’internet.
L’« user generated content » signe la consécration du règne des microcommunautés.

Ce mouvement a plusieurs caractéristiques, et son côté micro communautaire finira (enfin, je l’espère) par dissoudre également le concept aussi farfelu de « blogosphère ».

Farfelu parce que le terme de « blogosphère » suggère que les weblogs forment une sorte d’univers compact et cohérent s’étendant à l’échelle planétaire (ou à minima ) à une large échelle), alors qu’une observation rapide montre très clairement qu’il s’agit en fait d’une galaxie d’un nombre incroyablement élevé de petits systèmes totalement indépendants les uns des autres, voire s’ignorant, dont le seul point commun est la publication, régulière ou non, de notes classées par ordre chronologique. Chacun de ces systèmes regroupant quelques weblogs, ayant individuellement un auditoire assez faible.

La vision de la « blogosphère » semble encore très prégnante dans les cercles politiques (et dans une certaine mesure, médiatiques) qui finiront par s’apercevoir que contrairement à une idée fort répandue l’influence des weblogs est relativement faible (à ce sujet, voir plus bas « à propos de l’influence des weblogs ») .

Le pape du weblogmarketing en a fait l’amère expérience récemment, persuadé que sa récente et limitée gloire médiatique allait rejaillir sur toute la « blogosphère » il s’est lancé dans un mélange des genres (ou plus exactement dans une démonstration sincère ) qui lui a valu un retour de bâton à la foi violent et limité.
Violent parce que depuis les tout débuts d’internet, les chefs de clans n’aiment pas qu’on leur pique leur jouet, limité, tout bêtement à cause de l’influence limitée de ce qui n’est pas une « blogosphère ». Ce qui a été un énorme remous dans le tout petit cercle des gens tournant autour de ce pape du weblogmarketing est passé totalement inaperçu du reste des utilisateurs d’internet.

Reste le modèle économique de ce « user generated content » qui semble faire frétiller les Mont Blanc des investisseurs (il n’y a qu’à voir l’agitation autour de YouTube et assimilés), modèle dont le côté assez amusant finira peut-être par être perçu par ces bataillons de « fournisseurs de contenus » que sont devenus.. eh bien ma foi « vous ».

Le principe du « user generated content » est simple : vous fournissez gratuitement du contenu à une société qui gagne de l’argent avec grace à la pub, sans vous en reverser la moindre part, en contrepartie de quoi elle vous promet que ses membres viendront voir ce que « vous » avez créé.

L’« user generated content « c’est le royaume du nombril, c’est comme je l’écrivais au début de cette note, le principe de la Star’Ac mais étendu à une échelle putativement mondiale.
Qu’en réalité seule une infime, une microscopique partie des utilisateurs d’un DailyMotion, YouTube, GoogleVidéo ou autres ne viennent jeter un œil sur vos valeureuses créations est anecdotique, ce qui compte c’est que sur le papier, ils peuvent le faire.

Je suis fortement dubitatif devant ces systèmes et l’emphase dont ils sont l’objet me laisse tout à fait pantois. À une époque ou le moins que l’on puisse dire est que le contenu audiovisuel n’est pas rare, que des millions de gens continuent sur la longueur, une fois l’effet nouveauté dissipé, à consacrer du temps pour visionner les vidéos amateurs de Gérard Dugenou.. j’avoue avoir quelques difficultés à le croire.

Il est d’ailleurs symptomatique que sur les sites comme Dailymotion ou Youtube, qui agrègent des contenus majoritairement consternants (ou plus exactement dont la large diffusion frise le ridicule, mes photos de famille ne sont pas consternantes pour moi, elles ont même une très forte valeur émotionnelle, si en revanche je les proposais à la consultation publique…. ) les principaux contenus intéressants sont en général ceux qui ont été repiqués sur les télés.

En ce sens, les sites d’« user generated content » ont au moins une justification : servir de système d’archivage au « professional generated content » [2].

À propos de l’influence des weblogs
Cette réflexion m’est venue cet été lorsque j’ai reçu une demande d’interview distante (par email) de la part d’une jeune femme que je ne connais pas et n’ai jamais vue et donc qu’en toute bonne logique j’imagine délicieuse et avec un physique à tomber, ce qui m’incline à lui répondre prestement. Parmi les questions il y a l’inévitable « Quelles perspectives voyez-vous pour votre blog et pour les millions d’autres qui existent ? ». Quelques jours plus tard, je reçois un message de mon Amie Annie Viglielmo, qui revenait des universités d’été de l’UMP oui elle a fait partie de la liste des « blogueurs invités ».

Inviter des « blogueurs » à des « universités » politiques, pourquoi pas. Je n’ai pas vraiment d’idée là-dessus, je n’arrive pas à savoir si c’est une bonne ou une mauvaise chose. De toute façon pour les communicants politiques ce sera forcément positif, j’imagine assez mal un de ces « invités » sans habitude de la chose réagir de façon virulente par rapport à son « hôte » plus puissant, plus malin et plus séducteur.

Point de vue que confirme d’ailleurs la lecture/écoute rapide de ce qui a été produit sur ces « universités » y compris chez Annie d’ailleurs. Et de l’autre côté pour les invités c’est un moyen de prendre quelques jours de vacances aux frais de la république. Bref du Win-Win comme on dit chez Georges.

Ce qui est intéressant en fait ce n’est pas de savoir s’il est bien ou pas pour un « blogueur » d’accepter de se faire chouchouter pendant deux jours par un parti politique, mais plutôt le processus qui amène les partis politiques à mettre en place ce type d’opération promotionnelle.

Le postulat de base superficiel est (me semble-t-il) que le « blogueur » est quelqu’un d’influent voire un relais d’opinion solide.

Le problème est que toute observation un tant soit peu sérieuse invalide totalement ce postulat.

La réalité des choses me semble être que les weblogs ne représentent rien, si ce n’est une caste, auto proclamée « blogosphère » qui se renvoie continuellement la même balle et qui, à force de se la renvoyer fini par générer un bruit tel, que vue de l’extérieur elle prend une dimension très supérieure.

Rapportée par Pointblog une ’étude récente de Médiamétrie [3] confirme ce qui paraissait évident, le « phénomène » weblog relève d’un processus purement marketing dont la représentativité est proche du néant (ceci n’est pas une conclusion de Médiamétrie, mais une remarque personnelle, mais dont la dangerosité potentielle, au travers des facilités qu’elle offre à toutes les opérations d’intox ou de manipulation, n’est peut être pas négligeable, voir plus haut à ce sujet).

On pourra toujours contester tant les chiffres que la méthode utilisée par Médiamétrie pour ce qui est de la mesure des sites, il n’empêche, il y a des données qui ne trompent pas : « … selon Médiamétrie, 3 197 000 internautes français avaient un blog au premier trimestre 2006 soit 900 000 de plus qu’au troisième trimestre 2005. Et enfin, 15,4 % des Internautes français auraient posté au moins un commentaire sur un blog soit 4 074 000 internautes.»
Avec 4 millions de blogs en circulation (et même si une bonne part est vide) les blogs mêmes les gros ne peuvent pas avoir de l’audience, c’est arithmétiquement impossible.

Quelques exemples simples, celui de Loic Lemeur considéré comme le « pape » de la chose et en tout cas un de ceux qui s’agitent le plus pour la promotion de son blog (ce qui est parfaitement légitime puisque vendre des blogs est son métier) n’a que 8000 visiteurs jours, alors que le Kernel Panic de mon ami Florian Innocente, qui s’adresse à un lectorat assez confidentiel, ne bénéfice ni d’une promo effrenée ni d’une couverture médiatique disproportionnée, est au alentours de 1500.

Pour avoir une idée de ce que représentent ces chiffres au regard de la fréquentation du plus minable de site web de journaux, vous pouvez vous référer au site de l’OJD . L’OJD est un organisme fiable. Tout le monde ment à l’OJD, mais de façon encadrée, ce qui fait que peu ou prou tout le monde ment de la même façon et donc que les résultats sont globalement comparables.

Le site du magazine Médias vient de publier sous le titre éloquent Ras-le-bol de la Netpolitique un texte intéressant sur le thème de l’absence d’influence des weblogs.
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[1] Lire à ce sujet : Réflexions sur la presse et le web 2.0
[2] J’utilise personnellement Google Vidéo pour stocker gratuitement les vidéos de mes plateaux télés que je mets en ligne sur ce site.
[3] Les chiffres Médiamétrie

Réflexions sur.. l’absence de réflexion

Ce matin dans Le Monde (et aussi à la radio etc..) à propos de la grève du Parisien ;

Le quotidien Le Parisien, ainsi que sa déclinaison nationale Aujourd’hui (groupe Amaury) n’ont pas paru mercredi 13 décembre, le personnel ayant décidé de se mettre en grève mardi 12 au soir après l’annonce, en comité d’entreprise, du projet de la direction de supprimer la fonction de secrétaire de rédaction.

.. supprimer les SR, parfois on croit rêver..
Les gens du Parisien ont tort de faire grève. Ils auraient dû aller au travail. Après une semaine de quotidien sans SR, la direction du Parisien les aurait sans doute suppliés de revenir.

Ironie mise à part, même si la direction du Parisien recule, un tabou aura été brisé et cette question finira tôt ou tard par faire son chemin. Le problème des SR c’est que cette profession a vraiment un nom à la noix.

Réflexion sur la disparition de la photo de presse

Dans la série « je me cherche et je ne suis pas près de me trouver » , je lisais ce matin sur le site de Libé l’article consacré au départ d’Antoine de Gaudemar.
La photo est signée DR [1]… surprenant (ou plus exactement, désolant)
Au chapitre des points positifs, le papier est signé « avec MonaBanq » [2] mais pas « avec AFP » c’est déjà ça…

[1] pour apprécier (au sens littéral ) cette signature, il faut se souvenir que Libé et plus exactement le service photo de Libé a été le creuset de toute une génération de photographes devenus, souvent à juste titre, de grands noms dans le (certes petit) milieu de la photo de presse.

[2] Mise à jour le 5 janvier 2007 : la mention « avec MonaBanq » a disparu. Si Libé peut désormais écrire des papiers sur ses soubresauts internes sans les faire sponsoriser par un annonceur, c’est qu’il y a encore quelque espoir. En revanche ils n’ont toujours pas retrouvé le nom du photographe semble t-il.

Réflexions sur la « crise de la presse »

Au cours d’une discussion dans une liste de discussion regroupant des journalistes, alors que nous débattions sur la « crise de la presse » (sous-entendu « de la presse écrite »), j’ai reçu la remarque suivante :

Ce qui se dit, c’est que la pub est de plus en plus difficile à attirer sur le papier, et que bon nombre d’annonceurs privilégient Internet.

C’est très juste et ça touche tout le monde.

Ceci étant les groupes de presse ou plus exactement leurs départements marketing/Commercial/prospective, etc sont en partie responsables de ce phénomène (j’ai bien dit « en partie »)

À propos d’internet
L’annonceur veut de l’internet en ce moment (le même annonceur qui ne voulait pas entendre parler d’Internet il n’y a pas si longtemps).
Les groupes de presse semblent considérer comme un postulat qui va de soit, le fait que le lecteur veuille lui aussi de l’internet, ce que rien ne démontre, je dirais même plutôt que tout démontre le contraire.

Cela fait très chic dans les groupes de presse de se rêver sur internet, tout particulièrement dans la presse magazine et a fortiori si elle est à centre d’intérêt de type passion.. oubliant au passage que le lecteur de la presse papier est en général pas quelqu’un de tout jeune.
Dans la presse magazine loisir c’en est caricatural, mis à part quelques domaines bien spécifiques comme la musique, la moto (et encore) etc.. le lecteur type est un papy de la Motte Beuvron bien plus souvent qu’un jeune urbain branché ubersexuel (certes plus vendeur à un annonceur).

Raisonner comme s’il y avait UN public unique (et de préférence d’une typologie proche de celle des journalistes) me paraît être une erreur funeste.

Il suffit de voir le succès des gratuits. J’engage les dirigeants de groupe de presse à prendre le métro parisien de temps à autre, ça ne m’arrive pas souvent, mais lorsque c’est le cas à chaque fois c’est le choc. Il est faux de dire que les gens ne lisent pas de journaux ou de magazines, en revanche, trouver un lecteur de journal payant dans une rame de métro est une gageure.

Il est symptomatique (caricatural ?) que Edwy Pleynel puisse débouler à Libé pour faire un discours qui parle d’internet sans le moindre petit début de chiffre, et sans que ça fasse hurler au scandale.

Etc., etc.. je crois qu’on en est au tout début de la relation entre Internet et presse et je ne serais pas outre mesure surpris qu’on finisse par s’apercevoir qu’il n’y a pas de relation entre internet presse.

Il y a deux choses qu’on découvrira forcément un jour et hélas dans la douleur.

– La première est que contrairement à ce que quelques allumés californiens ont pu prêcher au plus fort de la bulle v1.0, sur internet le content est tout sauf king (voir plus bas).

– La seconde est que si internet présente de nombreux avantages (en tant que version moderne de la borne à services qu’était le Minitel il est royal) il détruit énormément de valeur et n’en crée aucune en retour.

C’est ce que les journaux sont en train de vivre, mais c’est également ce que les annonceurs vivront dans quelque temps. Lorsque leurs produits auront été résumés à une ligne dans un comparateur de prix, ils auront peut-être une pensée émue pour le « support quand même diablement plus valorisant » que pouvait constituer un journal.

« Contenu » et journalisme

J’ai écrit plus haut que « content est tout sauf king ».

Le terme « Content is King » a été un des mantras de la rigolote époque de la bulle internet, ce n’est pas un concept récent, Bill Gates (grand journaliste devant l’éternel) en parle dans un texte de 1996 (putain 10 ans !).

Pour utiliser une métaphore, les relations entre web et journalisme ressemblent énormément à celles qu’il peut y avoir entre grande distribution alimentaire et épicerie fine, c’est-à-dire aucune.

La grande distribution gère des flux. Ses impératifs sont simples (à énoncer, pas à mettre en place et à maintenir) :
– amener des flux de population importants à se rendre dans ses enseignes, ce qui suppose des emplacements dont la sélection est cruciale et une forte promotion
– Inciter ces flux à acheter le plus possible, ce qui suppose une organisation des rayonnages d’une sophistication inouïe et une gestion des prix extrêmement complexe
– générer chez le client la sensation qu’il a fait une bonne affaire, ce qui implique une relation extrêmement complexe avec la notion de qualité. La qualité pour la grande distribution n’est pas une valeur en soi, mais un moyen de maintenir la confiance et de réduire à son minimum la différence perçue entre les marques qu’elle vend et les marques des boutiques spécialisées haut de gamme (c’est la raison pour laquelle les produits de marque de distributeurs sont parfois d’une qualité et surtout d’un rapport qualité/prix étonnant)

L’épicerie fine elle a pour objet de vendre cher à une clientèle ciblée. Il lui est difficile de générer des flux importants donc elle doit optimiser la sensation de valorisation et de niveau qualitatif pour qu’en gros le « vendre plus cher » compense le « vendre moins »

Les relations entre les deux ?
La grande distribution utilise parfois l’image valorisante de l’épicerie fine. On peut voir des rayons de marques très haut de gamme dans un Carrefour et les grandes surfaces ne sont pas, loin de là les vendeuses des plus mauvais vins.
Mais ce recours à l’épicerie fine fait partie des actions de promotion et de réduction de l’écart ressenti entre la qualité de l’enseigne et celle des marques haut de gamme.

L’épicerie fine recourt parfois à des promos (il faut bien vivre)

Mais les deux ont des existences totalement distinctes et des publics globalement distincts (même si certains Monoprix de par leurs emplacements peuvent avoir des clientèles assez haut de gamme).

Le web et le journalisme c’est pareil. J’entends par « le web » la partie du web qui gagne des sous. Pour lui le « contenu » est un matériau assez générique, du logiciel à télécharger c’est du contenu, des annonces produits c’est du contenu, etc….

Le web qui marche gère des flux importants, doit générer une sensation de service utile, dans ce contexte la qualité des écrits qu’il publie est une valeur très relative (il suffit de voir la liste des 20 plus gros sites hexagonaux pour avoir une idée de ce que je veux dire).

La notion de qualité est donc très différente. Dans le premier cas c’est un outil marketing parmi d’autres et le concept de la « qualité perçue » est largement plus important que celui de la qualité intrinsèque. Dans le second, la qualité du produit est sa seule justification, ce qui implique par exemple des coûts de personnels nettement plus importants (alors que le « contenu » peut s’obtenir à pas cher).

Je n’ai pas toujours pensé ce qui précède, j’ai même longtemps pensé l’inverse, mais aujourd’hui après avoir côtoyé des deux bords j’en suis convaincu.
Qu’internet soit une flèche incontournable dans le carquois d’un journal n’est pas douteux. Que le journalisme ou plus exactement la publication de journaux doivent se réinventer, n’est pas douteux, que l’équation « journalisme=écrire pour du papier » soit complètement caduque n’est pas douteux, mais confondre le web qui gagne des sous avec le journalisme est à mon avis une erreur funeste (en ce sens, le discours d’Edwy Pleynel aux gens de Libé est une aimable plaisanterie).

Ce qui est encore plus funeste est la manip qui consiste à mettre sur le dos d’Internet les problèmes actuels de la presse écrite. C’est une manip pas récente, avant si la presse allait mal c’était « à cause » d’internet, aujourd’hui s’il y a une chance qu’elle aille mieux c’est « en passant par internet » les deux raisonnements me paraissent aussi faux l’un que l’autre.

La presse écrite a des problèmes a régler auxquels internet est dans une large mesure étranger, au mieux un révélateur et en tout cas, pas une solution :

Un problème de qualité et de concept : « pourquoi irait-on payer ce que l’on peut avoir gratuitement partout ailleurs plus vite et plus simplement ?». Version moins gentille « est-ce que faire de la télé par écrit est vraiment ce qu’on attend d’un bon journal ? » ou encore « est-ce que ça vaut le coup de payer un quotidien pour qu’il me parle de l’actualité politique française « avec AFP » ? »

– Au-delà de ça un problème de modèle économique : à une époque ou « gratuit » est juste un niveau de prix comme un autre (du point de vue du consommateur) et ou un journal est « gratuit », le modèle qui veut que la moitié des recettes viennent des ventes est-il toujours pertinent (c’est une vraie question) et si oui comment justifier ce surcoût vis-à-vis du lecteur ?

Internet n’existerait pas, les utilisateurs du métro parisien, liraient quand même 20 Minutes.
20 Minutes n’existerait pas, rien ne prouve que Libération se porterait infiniment mieux.