Simon & Patrick SP6 Cedar

Publié chez Audiofanzine

Dans la famille Godin il y a sous différentes marques (Seagull, Simon & Patrick, Norman, Art & Lutherie + La Patrie pour les classiques) plein de modèles avec des tables en érable, qui sonnent très bien.. comme deux cent zilliards de grattes acoustiques en érable, et puis il y a plein de modèles avec une table en cèdre, ce qui semble être un peu la spécialité de la maison.
Précision la table est massive pas le reste (la totale en massif ça se trouve sur les hauts de gamme dans les marques Godin).
La particularité des instruments Godin c’est d’être Made in Canada ce qui est sympa si on est sensible aux conséquences de ce chacal de monde mondialisé sur les conditions de travail. Je ne suis pas sûr que l’employé de Godin roule sur l’or mais mon petit doigt me dit qu’il est mieux payé et considéré que son collègue chinois. Et si on est sensible à la frime, alors on peut se dire que cette S&P est nord-américaine.

Le cèdre est moins brillant que l’érable, moins claquant plus chaud, j’aime beaucoup.
La SP6 (qui s’appelle désormais Woodland) est une dread avec une table en cèdre et à ce titre c’est une guitare au son chaud très agréable . Elle est puissante mais sait se montrer subtile, pour peu qu’on prenne en compte que le cèdre favorise plutôt les basses et les médiums.
Le son… il ne peut pas se raconter par écrit le son. Il faut aller en magasin et essayer une gratte en cèdre puis une en érable dans la même gamme de prix. L’érable est mieux défini plus clair, plus brillant, plus chirurgical. Le cèdre est plus doux. Pour du jeu en accords, accompagnement de chanson et autres, uniquement en accords, l’érable est sans doute un meilleur choix. Pour un jeu avec du phrasé, ou pour du blues et autres musiques alcoolisées, le cèdre, plus doux, plus chaud, c’est mieux. En caricaturant c’est un peu comme si l’érable c’était du single coil, versus le cèdre qui serait du humbucker (merci aux puristes de ne pas me jeter de cailloux) . C’est vraiment une question de goût personnel.

La fabrication, comme avec toutes les Godin est excellente mais rustique (pas de fioriture, une finition minimaliste). L’investissement est clairement axé sur le bois et la fabrication, pas sur les finitions ultra sophistiquées (ce qui me va).
Cette Simon & Patrick (à priori ce sont les prénoms des fils de Godin) n’est qu’une des multiples déclinaisons sous différentes marques de la dread avec table en cèdre.
Si par exemple la tête des Seagull te pose problème.. et bien la S&P a une tête normale.
Pour le reste c’est du bois, du bon bois, bien travaillé, qui vieilli bien (la mienne a 13 ans) et qui marque beaucoup (ce qui lui donne du charme) because le revêtement est très léger. Ça n’étouffe pas le bois, mais comme on a rien sans rien, ça fait un terrain d’atterrissage moyen pour les ongles et les médiators.

Le manche a une largeur normale (44mm) il n’est d’ailleurs pas hyper épais. Il me semble plus mince que le manche des Art&Lutherie, Norman ou des 5eme Avenue par exemple, c’est peut-être juste une impression mais il est plutôt mince. Pour ce qui est de la largeur, sur les différents sites de Godin il y a à la rubriques specs les dimensions des manches. Ce chiffre est le vrai critère de choix à prix égal entre une Seagull, une S&P, une Art&Lutherie, une Norman. Par exemple si tu es amateur de manches très larges, c’est vers Seagull (exception faite des slim) qu’il faut te tourner.
Le manche est monté de façon classique (contrairement à certaines Norman qui ont un manche vissé)
Les manches c’est une des spécialités de Godin, les manches Godin sont vraiment bien (enfin pour mes mimines).

Côté accastillage, les mécaniques sont bien, enfin je n’ai pas de souci avec et elles vieillissent apparemment bien (13 ans plus tard les miennes n’ont pas le moindre jeu), les picots pour tenir les cordes sont en plastique authentique, mais bon les remplacer par des modèles en bois (qui ne changent rien mais qui font plus chic) ne coûte que quelques roupies, les sillets de tête et de chevalet sont en Tusq de Graphtech et semblent eux aussi vieillir extrêmement bien. Donc RAS sur ce plan là.

Pour ce qui est de l’érgonomie c’est une dread classique sans pan coupé donc accès aux aigus pas hyper simple comme sur n’importe qu’elle dread sans pan coupé .. c’est le jeu, ça va jusqu’à la 15ème case (disons à peu près de la 12ème à la 15ème) ensuite..

Pour en revenir à la SP6 Cedar, c’est une super gratte, qu’on ne trouve plus en neuf aujourd’hui (puisque donc elle continue sa carrière sous l’appellation Woodland Cedar) qui est vendue en occase au prix d’une asiatique neuve en bois de cagette… bref c’est une top affaire et surtout c’est une gratte un peu dans le genre bon pinard, qui se garde longtemps et qui vieilli très bien.

C’est pas la gratte du siècle, dans chaque compartiment de jeu il y a la gratte X qui est mieux, mais au bilan final, si on aime cette sonorité très spécifique du cèdre (qu’on peut tout à fait détester) pour ce qui est du ratio son/qualité de fabrication/âme/prix … mieux que les canadiennes.. c’est pas facile à trouver, et alors en occase, ça se discute même pas.

Fender Precision 51 Reissue Japon

Publié chez Audiofanzine

La mienne est de 2006-2008
Pour avoir une Précision 51 de la maison Fender y a que deux options, cette Reissue officielle faite au Japon ou bien le Custom Shop pour ceux qui travaillent dans le pétrole, sont traders ou importateurs de cocaïne.

Il en existe deux versions, la Reissue 51 et la Signature Sting …qui est la même à deux différences près :
– La Sting a un sticker portant la signature de Sting à la 12ème case (assez moche soit dit en passant)
– La Sting a un corps taillé , ergonomique (moderne quoi) alors que la Reissue a le corps sans chanfrein des débuts (comme une Telecaster).


Si on veut faire dans la sodomisation de diptères, la Précision 51 Reissue (comme la version Sting) ne sont pas exactement des «Reissue» (au sens de réplique parfaite), parce qu’elles utilisent des petits potars comme la majorité des japonaises (la totalité?) ce qui veut dire par exemple qu’on ne pourrait pas installer une électronique de vraie Precision 51 d’époque, sans retailler un poil le bois du corps. D’autre part le routage de la câblerie du micro est visible sur la Reissue (donc on ne peut guère se passer du pickguard), ce qui à voir celle utilisée par Sting n’est pas le cas sur le modèle d’origine.
À propos de bois, la lutherie, n’a pas été faite par des petits enfants chinois pas payés dans des fonds de cave humide, mais par les nippons de fuji-gen qui sont pas exactement des manches (même s’ils en fabriquent des très bons), c’est du top niveau.
La lutherie est donc top. L’accastillage lui est bien, mais pas délirant, et par exemple le pickguard en véritable plastique authentique mono-pli est un peu.. comment dire… (en outre pour le changer il n’y a que deux options en dehors du sur-mesure, noir ou bien blanc, et c’est 30 boules chez Thotho, ce qui frise quand même le grand banditisme pour un vulgaire bout de plastoc de base). Les mécaniques font bien leur job, mais n’ont pas le toucher (je ne sais pas comment décrire ça) luxueux de ma Precision US.

L’association de son corps sans découpe ergonomique et de son manche relativement large , épais et surtout plat (comparé aux Precision américaines récentes) fait que c’est un instrument sur lequel le jugement est binaire : on aime ou bien on déteste.

Si on aime alors c’est le pied. Elle a une gueule d’enfer, un manche d’enfer, et un son top. J’aime les gros manches, et encore, celui-là n’est pas non plus énorme il ne faut pas exagérer il est très (mais alors très très) confortable, vaguement plus large qu’un manche moderne et un poil plus épais ce qui fait qu’il tient bien dans le creux de la main gauche. Bon, en même temps c’est sûr qu’à côté d’une Jazz le manche est balaize….

Autre particularité, le micro qui reprend les caractéristiques du micro des origines, n’a pas de capot plastique de protection comme c’est le cas avec un micro moderne. Résultat on ne peut pas s’en servir de repose pouce (sous peine de le tuer à terme), et au médiator c’est pire. A priori c’est la raison de l’apparition des bouts de tôle hors de prix..oops..pardon..des «caches micro» qui n’ont pas énormément de sens (esthétique mis à part) avec des micros modernes dans les boitiers plastiques, mais qui avaient tout leur sens avec ce micro là.
A l’usage cela impose donc de revoir l’utilisation de la main droite et c’est franchement bénéfique. Après quelques mois avec la 51ri, plus besoin de repose pouce la main se balade librement sur les cordes, d’un point de vue pédagogique c’est plutôt bien.
Le micro single fait qu’elle a sur les forums ricains la réputation de ronfler comme un vieil alcoolique asmathique en présence de certains bidules électroniques (Téléviseur etc..). j’ai pas eu ce problème mais c’est bon de le savoir (il se dit que certains micros comme le SCPB-1 de Seymour ou le Lindy Fralin seraient moins pire)

À noter que le niveau de sortie du micro d’origine est plutôt faible.

Le chevalet est «vintage», joli mot pour dire que comme sur les vieilles Telecaster, les cordes se règlent deux par deux, ce qui rend le réglage de l’intonation un peu pifométrique. Pour ceux qui sont pointilleux sur l’intonation, le BadAss III (introuvable de nos jours, faut chercher comme un damné en occase, Leo Quan ayant utilisé l’excuse de la mort pour arrêter son business.. le chacal) est un remplacement plug and play.
J’ai fait faire cette modif sur la mienne (j’ai trouvé un BAIII chez ebay) et avec le cache chevalet installé pas de problème de look, et une intonation nickel comme sur une basse moderne.

Pour le reste, si on adhère au concept (et je comprends qu’on puise détester cette basse) alors c’est le grand pied. Le son est bon même avec le micro d’origine (il existe, comme pour tous les modèles de Precision une tétrachiée d’options alternatives).

La logique c’est de lui mettre des filé plats mais avec des Fender 7150ML (filé rond petit patapon) elle marche très bien.

La Precision en général c’est un peu l’inverse de la basse moderne, active, hyper polyvalente etc.. et celle-ci est incontestablement une vraie Precision. Au final , c’est un instrument attachant, rustique, original, blindé d’histoire, au look qui déchire la race du slip de sa mère, avec pour ceux qui préfèrent les manches consistants, un manche génial et surtout .. et c’est ça qui compte, qui donne un son super.

À noter quelle demande d’avoir fait des études supérieures en traquage de gibier, parce que Fender ne la fait plus (faut dire qu’avec la Sting y avait doublon sur un créneau dont c’est peu dire que c’est un créneau de niche) et que donc il ne reste que l’occase où elle est vendue souvent au même prix qu’une Precision standard américaine. Donc faut traquer inlassablement la bonne affaire, mais une fois trouvée.. on en vient presque (presque faut pas déconner) à arrêter de douter de l’existence de Dieu.