La leçon d’Amérique


En attendant que ma cafetière remplisse son office, je jette un oeil aux news. L’actualité internationale est limpide : Trump c’est LE mal.
À titre personnel, je trouve l’émotion devant les Trumpitudes aussi inquiétante que ces dernières. Cette émotion montre bien qu’on vote en fonction de l’émotion suscitée par les communicants des candidats et pas en fonction d’une idée ou d’un programme. Trump ne fait rien d’autre que ce qu’il a annoncé.. ce qui n’est pas si courant, on peut au moins lui reconnaître ce mérite.

En fait Trump est un mec super novateur, une sorte de précurseur, un OVNI salutaire. Pour la première fois depuis longtemps un politicien fait ce qu’il a annoncé pendant sa campagne.. forcément ça émeut on a pas l’habitude, ça choque. Il est vrai que de ce côté-ci de l’Atlantique, on a plutôt l’habitude d’avoir une demi-érection devant un type arrivé sur un malentendu parce que le pressenti est tombé pour viol, et qui nous annonce que son ennemi c’est la finance pour dans la foulée nommer comme ministre de l’économie un gars entré en politique par le PS parce que à droite c’était bouché, lequel une fois nommé après avoir annoncé qu’il n’était pas du tout socialiste se dépêche de générer une loi sur le travail que même la droite n’aurait même pas oser proposer de peur de… là on est dans le normal.

Incidemment, faire ce qu’il annonce, François Fillon a qui on fait bien des misères est exactement dans le même cas

..ok ok on pourra objecter qu’il a parfois un peu exagéré

À propos de ce pauvre François, ce que je trouve scandaleux, ce n’est pas qu’il ait piqué des monceaux d’argent public (sur ce point mon petit doigt me susurre qu’il doit être loin d’être le seul, et à sa place si ça se trouve j’aurais fait pareil) .
Ce que je trouve scandaleux c’est qu’à priori c’est légal, qu’à priori il est prévu qu’il soit possible de piocher à pleines mains dans les caisses de l’état (façon allégorique de désigner le pognon de nos impôts) sous des prétextes fallacieux (euphémisme).
Le simple fait que l’éventuelle légalité de ce braquage n’ait pas provoqué plus de remous en dit long sur le fonctionnement de notre monarchie république.

Je ne rêve pas de tel ou tel candidat, je rêve à titre personnel d’un président qui soit un simple employé de la République, un employé en charge de mettre en œuvre un programme, une direction, sur lequel une majorité de mes concitoyens s’est prononcée. Ça se fait plus ou moins dans les pays du Nord et je n’ai pas l’impression qu’ils soient éminemment plus malheureux que nous.… bon, la cafetière siffle, j’arrête avant de dire des conneries.

Ah si… ami journaliste, tu devrais jeter un oeil à ça, je subodore que ça doit marcher aussi chez nous :

À l’heure du Big Data et autres rigolades, il est un peu surréaliste que la seule chose que Big Brother ne watche pas, ce soit les bobards de nos représentants. Les rubriques « décodage » et autres pitreries dont se glorifient les journaux sont une honte, qui valide le fait qu’on peut dire absolument n’importe quoi sans risque d’être démenti, si ce n’est plus tard, lorsque les regards sont tournés ailleurs, vers d’autres bobards en cours. En 2017 il devrait être possible à n’importe qu’elle émission de télé de vérifier en temps  quasi réel, les affirmations proférées sur son antenne.

Et merde, j’avais dit que j’arrêtais avant de dire des conneries…..

What’s new pussycat ?

Politiquement parlant, les américains sont quand même un peuple épatant.

À l’extérieur, à date régulière voire avec une régularité metronomique, la bannière étoilée envoie ses troupes mettre le bazar un peu partout, au grè des intérêts de ses industries, sans que cela n’émeuve qui que ce soit.

Sur un plan interne, les républicains ont bloqué avec toute l’énergie dont ils sont capables les différentes tentatives d’instaurer une « sécu » en version light, sans que le bon peuple ne ressente la moindre irritation rectale, les policiers ne sont plus très loin de tirer à vue sans sommation sur tout métèque traversant leur champ de vision, sans que cela ne dérange personne.

Donald Trump dont on ne peut guère dire qu’il avance masqué, égrenne ses saloperies depuis le début d’une campagne qui touche à sa fin et lui a valu les faveurs enthousiastes de son camp.

Et là….c’est le drame… il a dit « pussy » ( ok dans une vieille vidéo opportunément retrouvée, mais il n’empêche..il a dit « pussy » c’est indéniable ).

Il est con Trump, très con, vraiment con.

Il aurait dû noter que le seul président US a avoir eu de gros problèmes ce n’est pas Reagan pour avoir tenté de vitrifier les vietnamiens, ce n’est pas Bush (père, fils..pioche celui que tu veux, au pif ..) pour avoir transformé le Moyen Orient en université du terrorisme…etc..c’est Clinton pour des histoires de fesse avec une stagiaire de la maison virginale.

Et là, ce con de Trump au lieu de se contenter de dire/faire les pires saloperies vis à vis des femmes, des étrangers et de tout ce qui n’est pas orange et blond, voilà t’y pas qu’il se lâche et dit « pussy ».

La pantomime mediatico-politique américaine est vraiment un truc épatant…et si j’étais médisant (Dieu m’en garde), je serai tenté de trouver tout ça bien hypocrite, voire pire, j’en viendrais à me demander si la nôtre n’est pas pire (ce mois-ci, la redevance obligatoire à permis au gentil contribuable de se régaler les yeux et les oreilles devant la télévision publique avec Buisson chez Pujadas, ou bien Woerth chez Ruquier par exemple ).

Bon, c’est pas tout ça, la cafetière siffle…j’y vais.

Et donc la marmotte plie le téléphone dans le papier alu

Ce qu’il y a de bien en ce début d’année 2014 riche en informations passionnantes sur la marche du monde, c’est ce sentiment de ne pas du tout être pris pour des buses et d’être bien informés par des journalistes qui font un super boulot.
Le pompon a été décroché en ce 12 mars de l’an de grâce 2014 par l’affaire des écoutes de l’ancien président Nicolas Sarkozy.

D’un côté nous avons un ancien président de la République, ex Ministre de l’intérieur entouré de gens spécialistes de la sécurité, en pleine tourmente juridique à ramifications multiples et aux prises avec des juges qui rêveraient de se le faire, et qui se fait bêtement gauler en utilisant un téléphone prépayé acheté sous un faux nom. Cette histoire est comme on dit en termes techniques « vachement crédible »
Xavier Delaporte dans sa chronique de ce matin sur France Culture résume remarquablement bien les choses. C’est à lire/écouter ici

De l’autre côté nous avons un gouvernement qui ignorait que le Président précédent était sur écoute.
Je vous suggère un test simple sous réserve que vous ayez dans votre entourage quelqu’un ayant fréquenté les ministères. C’est mon cas, j’ai fait le test, c’est assez édifiant.
Soumettez-lui la phrase suivante : l’ancien président de la République était sous écoute et les ministres du gouvernement actuel n’étaient pas au courant.
Si vous avez les tympans fragiles, prévoyez de vous équiper de ces systèmes de protection de l’on vend aux jeunes à l’entrée des festivals musicaux pour préserver leur audition, parce que pour peu que votre interlocuteur ait le fou rire sonore, ça risque de vous secouer velu le cérumen.

Pour paraphraser Philippe Meyer : le ciel vous tienne en joie…