De l’utilité sociale du CRS
Précision introductive, ce qui suit ne relève en aucun cas de la théorie du complot, il est évident que tout cela relève plus d’un imbroglio de stratégies administratives archaïques ayant des conséquences intéressantes sur un plan politique, que d’une manœuvre concertée.
Ceci précisé… je regardais ce matin une sorte de compte rendu de Villiers-le-Bel lorsque me revint en mémoire la phrase d’un ancien camarade de « mouvement » (dans ma jeunesse je militais dans des mouvements non-violents et assimilés, je doute fort que je re-signerais si on me le présentait, tout ce que j’ai glapi à l’époque…).
Ce « camarade », professait un intérêt particulier pour le CRS (à l’époque le CRS était clairement l’ennemi de prédilection, nous sortions juste du « CRS-S-S de main 68) au titre que le susnommé avait une évidente utilité sociale et politique et que le juger comme une simple machine à taper était une approche à très courte vue.
Sa théorie pouvait se résumer de la façon suivante : lorsque les jeunes paysans (à l’époque le problème était plutôt dans les campagnes, les jeunes paysans écrasés de dettes et avec un avenir.. déjà.. pour le moins bouché .. manifestaient assez violement à date régulière) pêtent un câble, il y a deux options.
La première c’est d’avoir une politique agricole qui leur sauve la mise, ce qui est à peu près impossible tant les divers intérêts sont contradictoires, la seconde est de leur envoyer quelques compagnies de CRS.
Ces jeunes paysans pleins de santé et manquant d’exercice, vont balancer les fourgons de CRS dans les champs, distribuer généreusement quelques gnons puis soulagés, rentrer dans leurs fermes , jusqu’au prochain coup de colère ou on va leur envoyer quelques compagnies de CRS etc etc….
Globalement l’histoire lui a plutôt donné raison, et, pendant des décennies, le CRS a été un élément important de la politique agricole.
Ceci me ramène à Villiers-le-Bel et plus largement à la dimension tactique du traitement policier des « émeutes en banlieue ».
Je n’ai pas lu grand monde s’étonner de l’incurie des services répressifs face à aux « débordements ».
La première fois qu’une « émeute en banlieue » (quand était-ce ?) s’est produite, que la technique « en ligne » traditionnelle (un alignement de CRS pour faire face à un alignement de manifestants) soit défaite était normal, et prévisible.
Le souci est que depuis, des « émeutes en banlieue » il y en a eu pas mal, or à chaque fois j’entends le récurent « oui mais on a été pris par surprise, ce sont des petits groupes mobiles etc etc.. on a du mal à faire face etc etc… », bref il semble que la stratégie anti-émeute des services chargés de ramener le calme ait plutôt régressé depuis 68 (ou côté mobilité le moins que l’on puisse dire c’est que les choses allaient pas trop mal en témoignent les tristement fameux « voltigeurs » en moto) .
Il ne s’agit pas seulement de digression sur la stratégie CRSienne, car l’évidente incapacité de ces derniers à faire face à ce qui est médiatiquement présenté comme une forme moderne de guérilla urbaine, a pour effet de laisser s’exprimer la dite « guérilla » voire de l’inciter à se développer, avec comme contre coup de centrer le discours a propos des banlieues sur les exactions de leurs extrémités.
Si j’étais mauvaise langue, je dirais qu’écraser dans l’œuf ce type de débordement obligerait à re-re-regarder en face le « problème des banlieues », alors que laisser la sensation que la « guérilla urbaine » peut gagner, permet de laisser s’amplifier les moyens de cette supposée « guérilla ». Nous sommes ainsi passés de « ces gens désespérés brûlent des voitures » (2005) à « ils tirent avec des armes à feu sur nos forces de police, la république ne peut tolérer ça » (aujourd’hui)
À lire un article intéressant du Monde, ou comment éviter soigneusement les bonnes questions (le traitement est le même que pour le compte rendu d’une soirée de la Star Ac’).
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-982827,0.html
Je n’ai pas trouvé de référence de journaux ayant travaillé la question de la stratégie anti-émeute (ou plutôt l’absence de) de nos forces de police et son impact sur les politiques (ou l’absence de) de la ville….
Tout cela pourrait passer à tort pour de l’ironie facile (c’est une réaction très « médiatique »).
Je reprécise donc :
- La critique sévère des exactions commises ne souffre de ma part d’aucun doute, aucune restriction, aucune limitation. Ce qui se produit lors de chaque « émeute en banlieue » est inacceptable dans une démocratie. L’agression des forces de polices est inacceptable dans une démocratie
- Je ne pense pas une seconde que les forces de police ont simulé leurs blessures ou se les sont fait occasionner délibérément.
Une fois ces portes ouvertes dûment enfoncées, nous pouvons en revenir à ce que je disais, et qui peut se formuler autrement :
Plutôt que de se poser la question (nécessaire) du « pourquoi ces gens font ils ça ? », il me paraîtrait intéressant que les médias se posent la question préliminaire « pourquoi peuvent ils le faire ? »
La légitime condamnation ne dispense pas (ne devrait pas dispenser) d’un minimum d’analyse au-delà des effets de manche faciles.
J’ai cité le papier du Monde parce qu’il me semble constituer un excellent exemple de traitement de ces « événements » . Pas une seule fois les journalistes ne semblent s’être posé la question de savoir pourquoi ce que eux voyaient, les forces de police n’étaient pas en mesure de la voir.
La « société du spectacle » semble avoir été inventée à Villiers-le-bel.
Pour faire court, je pense qu’une partie de la réponse à « pourquoi ces gens font-ils ça ? » est « parce qu’ils peuvent le faire ».. et ce point pose question.
Ou du moins peu, ou du moins devrait poser question. Pourquoi alors qu’on ne peut invoquer ni le manque d’expérience après 2005, ni l’effet de surprise ( il ne se passe pas un jour sans qu’on évoque le risque « que ça recommence »), pourquoi donc est ce que cela est possible ?
Si on regarde en arrière, les choses sont généralement laissées à l’état de « possible » dans les cas ou l’on a pas de solution alternative, c’est pour cela que j’ai cité l’exemple très représentatif (quoique certes situé dans un contexte autant social que politique, très différent de celui des banlieues) des paysans il y a quelques décennies..
Je ne pense pas le moins du monde que N. Sarkozy ait jamais décrété que rien ne serait fait pour les banlieues, je ne pense pas une seconde que N. Sarkozy instrumentalise la police pour stigmatiser les banlieues, je me pose en revanche (et j’aimerais que parfois les médias donnent l’impression de se la poser) la question de savoir si quelque chose est faisable pour ces banlieues (au-delà des pansements réguliers).
Si la réponse est « rien » alors la réponse à « pourquoi cela est-il possible ? » coule de source hélas, et on en revient à mon titre un brin (mais seulement un brin ) humoristique de « de l’utilité sociale des CRS ».
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Réflexions sur le dernier Harry Potter
Une question me turlupine : le responsable de lancement du bouquin qui a réussi à enrôler sans bourse trop délier la plupart des médias hexagonaux notamment dans leurs éditions de 20h d’ordinaire dévolues aux circonvolutions du monde (et j’imagine bien au delà, sans doute une partie des médias occidentaux ) au service du lancement de son bouquin aura t il la légion d’honneur ?
Si les exemples de ce type se multiplient au profit de l’industrie du divertissement anglo-saxonne (l’honnête polar mystique de plage de Dan Brown qui a fait des dos de kiosque sous l’étiquette des hebdos “d’informations” français sans parler des JT) ou américano-asiatique ( les consoles de jeux etc etc etc..) je ne connais pas d’exemple ou les journaux télévisés d’informations français, se soient mis à ce point au service de la promotion d’un produit ludique ou culturel hexagonal.
Que la presse anglaise se transforme en service commercial d’un de leurs auteurs a diffusion internationale.. soit.
Mais là franchement on pourrait presque appeler ça du “ménage” institutionnel…..
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Reflexions à propos de la fixation sur le noeud
Petite réflexion pré-cafféine en écoutant les news ce matin : Iran/Royal même combat, et ça me navre.
Ce qui me navre c’est moins la vacuité du débat politique que celle de la couverture qui en est faite.
L’exemple des sous-marins me semble caricatural.
Qu’une candidate ignore le nombre de sous-marins nucléaires que la France possède mérite de monopoliser les médias, le fait que personne n’ait la moindre idée de ce qu’elle entend proposer à quelques mois des élections, ça, ça relève de l’anecdote.
Je n’en ai personnellement rien à faire qu’une candidate ignore le nombre de sous-marins nucléaire de notre arsenal. Je participe à payer de mes impôts des bataillons de généraux pour s’occuper de ce genre de choses et vu la fréquence d’utilisation de ces engins je subodore qu’elle aura le temps de se mettre au courant de leur comptabilité en cas de besoin.
J’aimerais en revanche que les médias me parlent de programme, de politique, d’impact d’icelle sur le futur, de la vraie vie quoi.
Quel rapport avec l’Iran ? et bien j’en vois un énorme de rapport, c’est celui de la fixation sur le nœud du ruban du paquet en lieu et place du contenu du paquet.
J’ai lu/entendu/.vu partout mes confrères se gausser de la « gaffe » de Chirac, je n’ai lu/vu/entendu personne investiguer sur une question toute bête : a t il raison ou tort ?
Mise à jour : Un confrère me dit que Bernard Guetta sur France Inter ce matin a fait sa chronique sur le thème : Chirac n’avait pas tort quand il disait que plus inquiétant que la dotation de l’arme nucléaire par l’Iran était la prolifération de cet armement dans la région.
Qu’il soit loué pour cette tentative de remonter un peu le niveau.
Elle est pourtant pas bête cette question si on pense que les US sont passés à deux doigts d’un remake de War in the Gulf II à Téhéran qui n’est d’ailleurs toujours pas exclu (lire à ce sujet l’intéressant papier/interview de Laurent Zecchini publiée le 25 janvier dans le Monde sous le titre « Y a-t-il une “guerre secrète” entre l’Iran et les Etats-Unis ? »)
Elle est encore moins bête si on prend en compte la situation des réserves pétrolières dont les mauvaises langues finiront par dire qu’elle n’est pas étrangère à l’agitation autour des puits de pétrole… pardon c’est un lapsus.. autour du Moyen Orient (rappel, même chez Total on commence à répéter que les réserve de pétrole sont de l’ordre de 50 ans au rythme de conso actuel).
Je m’étonne donc que la focalisation sur le nœud du paquet, le côté « people » de l’affaire « rooooh.. le vieux Chirac aurait dit une bêtise qui défrise les Américains » empêche de regarder dans la boîte.
Parce que s’il a tort Chirac, alors oui c’est une bourde ridicule.
Si en revanche il a raison, alors là les choses deviennent très intéressantes et offrent une clé de lecture originale aux agitations pétro..moyen orientales.
Désolé.. bon je vais aller me prendre mon café, après ça ira mieux et en me concentrant très fort, je finirais par trouver la bravitude passionnante.
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Réflexions sur « l’esthétique du flou » nouveau label de l’authentique
Big brother is … you
Les weblogs trouvent leur prolongement dans les sites de vidéos, qui proposent la sensation d’une loft story étendue à la totalité de la vie
Tout événement est susceptible d’être filmé et diffusé. l’intérêt ne vient plus de l’événement, mais de son exposition. Chaque “citoyen” devient une caméra de vidéo surveillance en puissance, or une caméra de surveillance donne des images floues et granuleuses….
Primauté de la forme sur le fond: nouveaux codes
La caractéristique de ces médias personnels est l’exécrable qualité technique (ce n’est pas péjoratif, juste descriptif) qui tranche avec le côté policé à l’extrême des médias traditionnels.
Cette qualité exécrable n’est pas le fruit du hasard ou d’un manque de moyens, mais s’inscrit dans la conformité à une nouvelle esthétique : le flou et le granuleux [1].
Le succès de ces médias personnels semble lié justement à cette mauvaise qualité qui dans les codes classiques de déchiffrage des médias est associée à la notion de vérité.
Exemple caricatural, pendant des années la presse people a usé et abusé de photos floues et granuleuses pour donner la sensation qu’elles étaient volées, même si ce n’était pas toujours le cas.
En ce sens, la désormais célèbre vidéo de Ségolène Royal parlant des professeurs est intéressante. Cette vidéo est floue, de qualité médiocre (et donc fleure bon le document) alors que la réunion est publique. Aucune réaction particulière n’a suivi cette réunion et les propos de Ségolène Royal. Il aura fallu sa diffusion sur le web pour que ce film, jugé jusque là complètement banal prenne valeur de « document » précieux.
Cette esthétique du flou vient de passer au stade supérieur avec la présentation des vœux des deux bretteurs officiels, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.
La vidéo de Nicolas Sarkozy est d’un austère absolu, le cadrage pour le moins étrange et les réalisateurs ont poussé la sophistication jusqu’à ajouter du vignettage [2] sur l’affichage du panneau final qui donne les coordonnées.
Pour apprécier à sa juste valeur l’apparent manque de moyen vidéo de l’UMP il faut se remémorer la confession d’un journaliste de France 3 publiée par le journal le Monde le 7 novembre 2006 : « 80% des images montées dans mon sujet proviennent de l’UMP » . L’UMP dispose d’une cellule dédiée, ETC (Études, techniques et communication) qui depuis l’automne 2005 suit le Ministre dans tous ses meetings et est dans de nombreux cas la seule habilitée à filmer ses entrées en scène.
La vidéo des vœux de Ségolène Royal est encore plus marquante (si j’étais médisant, ce que heureusement je ne suis pas, je dirais « encore pire »). Non seulement elle est floue, mais le cadre bouge de façon erratique comme si c’était un enfant qui a filmé la scène. Le décor est un chef-d’œuvre de kitsch familial. Je n’ai pas d’information sur les moyens vidéo du Parti Socialiste mais je subodore qu’ils doivent être au moins au niveau de ceux de l’UMP.
Il est à noter que ces partis politiques ont une telle force de frappe en matière de moyens vidéo leur permettant non seulement de réaliser des captations du niveau de celle des chaînes de télévisions, mais qui leur permettent de s’y substituer (en interdisant parfois l’accès à certaines zones) que récemment le syndicat SNJ-CGT de France Télévision à demandé «aux cadres et aux journalistes de terrain de refuser d’intégrer à nos sujets ces images de propagande. Il appelle les journalistes qui se verraient refuser de travailler librement par les organisateurs de meetings à quitter les lieux et à saisir les syndicats, afin que nous puissions poursuivre devant les tribunaux pour atteinte à la liberté de la presse.»
Il est donc tout à fait étonnant (ou au choix, savoureux, effrayant…) de voir les services de communication de ces partis épouser les codes des médias personnels pour quelque chose d’aussi anodin que des voeux. A n’en pas douter l’année 2007 et la campagne qui se profile, vont être intéressantes.
——
[1] Il y a des cas ou il est intéressant de marier média personnel (et donc « authentique ») et image de qualité correcte. Pour cela, la mouvance du média personnel trouvé des outils parfaits dans la dernière vague des téléphones portables. Les Nokia N91 et N93 sont ainsi devenus les icônes de la vague du média personnel, il présentent l’avantage de fournir une image de qualité fort honnête et une apparence de téléphone « juste sorti de la poche pour saisir l’évènement sur le vif ». Il est intéressant de noter que ces nouveaux outils (dont mon propos n’est pas de les critiquer, j’en suis un partisan convaincu, je me suis déjà trouvé en situation de diffuser à la télé des portions de vidéo tournées avec un N93), valent le prix d’un caméscope. Leur usage systématique ne relève donc pas d’une absence de moyens, mais bien de la volonté de s’inscrire dans ce courant du « low cost pictural », garant d’une authenticité que n’auraient pas les médias traditionnels utilisant des moyens adaptés.
[2] Terme photographique qui désigne l’assombrissement des coins de l’image. Le vignettage est la marque d’un objectif de mauvaise qualité qui forme un cercle image d’un diamètre inférieur à la taille de l’image.
Quelques liens
- Voeux de Ségolène Royal (Dailymotion)
- Voeux de Ségolène Royal sur Désirs d’Avenir (hébergé par Dailymotion)
- Voeux de Nicolas Sarkozy (Dailymotion)
- Voeux de Nocolas Sarkozy (site de l’UMP - lien direct vers le fichier)
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Réflexions sur le « user generated content »
L’homme de l’année c’est vous, oui vous ! C’est Time Magazine qui l’affiche en couverture et au-delà de Time Magazine c’est ce que claironnent les journaux à longueur de colonnes économiques (lorsque n’est pas à longueur de colonnes tout court).
« Vous » parce que Time Magazine célèbre la vague de l’« user generated content », le contenu généré par des utilisateurs qui se précipitent en masse pour voir celui que le voisin à posté et prier pour qu’une masse de ces voisins viennent voir le leur.
L’« user generated content « c’est un peu la Star’Ac à l’échelle planétaire, où tout un chacun peut espérer devenir une vedette sans avoir à composer avec les fourches caudines des votes par SMS surtaxés. Le nirvana de notre époque profondément marquée par le cocooning (le web moderne est l’enfant naturel du cocooning et de la télématique).
Il y a deux choses remarquables dans cette vague de l’« user generated content », en pratique deux annonces de fin.
La première est la fin de la ridicule saga du « journalisme citoyen » à qui le « user generated content » succède. Cette fin là, je ne m’en plaindrais pas, une des escroqueries majeures de ces dernières années se délite et c’est tant mieux.
En pratique, pour être précis, ce n’est pas l’émergence de l’« user generated content » qui a signé la fin du journalisme citoyen, un des ses inventeurs, Dan Gillmor avait déjà fait un constat d’échec il y a plus d’un an, mais autant les modes américaines traversent rapidement l’Atlantique lorsqu’elle en sont à leur phase euphorique, autant leur délitement met un temps fou à nous parvenir.
Il y a donc là une simple concomitance, mais comme les médias sont friands de tout ce qui pourrait ressembler à une nouvelle mode internet, l’« user generated content » prend logiquement la place du « journalisme citoyen », sans compter qu’il sent bon le « web 2.0 » [1] et que le « Web 2.0 » c’est furieusement tendance.
L’autre chose remarquable, plus anecdotique, presque plus romantique, est l’enterrement silencieux du vieux concept un rien baba cool de « village global » qui avait prévalu au tout début d’internet.
L’« user generated content » signe la consécration du règne des microcommunautés.
Ce mouvement a plusieurs caractéristiques, et son côté micro communautaire finira (enfin, je l’espère) par dissoudre également le concept aussi farfelu de « blogosphère ».
Farfelu parce que le terme de « blogosphère » suggère que les weblogs forment une sorte d’univers compact et cohérent s’étendant à l’échelle planétaire (ou à minima ) à une large échelle), alors qu’une observation rapide montre très clairement qu’il s’agit en fait d’une galaxie d’un nombre incroyablement élevé de petits systèmes totalement indépendants les uns des autres, voire s’ignorant, dont le seul point commun est la publication, régulière ou non, de notes classées par ordre chronologique. Chacun de ces systèmes regroupant quelques weblogs, ayant individuellement un auditoire assez faible.
La vision de la « blogosphère » semble encore très prégnante dans les cercles politiques (et dans une certaine mesure, médiatiques) qui finiront par s’apercevoir que contrairement à une idée fort répandue l’influence des weblogs est relativement faible (à ce sujet, voir plus bas « à propos de l’influence des weblogs ») .
Le pape du weblogmarketing en a fait l’amère expérience récemment, persuadé que sa récente et limitée gloire médiatique allait rejaillir sur toute la « blogosphère » il s’est lancé dans un mélange des genres (ou plus exactement dans une démonstration sincère ) qui lui a valu un retour de bâton à la foi violent et limité.
Violent parce que depuis les tout débuts d’internet, les chefs de clans n’aiment pas qu’on leur pique leur jouet, limité, tout bêtement à cause de l’influence limitée de ce qui n’est pas une « blogosphère ». Ce qui a été un énorme remous dans le tout petit cercle des gens tournant autour de ce pape du weblogmarketing est passé totalement inaperçu du reste des utilisateurs d’internet.
Reste le modèle économique de ce « user generated content » qui semble faire frétiller les Mont Blanc des investisseurs (il n’y a qu’à voir l’agitation autour de YouTube et assimilés), modèle dont le côté assez amusant finira peut-être par être perçu par ces bataillons de « fournisseurs de contenus » que sont devenus.. eh bien ma foi « vous ».
Le principe du « user generated content » est simple : vous fournissez gratuitement du contenu à une société qui gagne de l’argent avec grace à la pub, sans vous en reverser la moindre part, en contrepartie de quoi elle vous promet que ses membres viendront voir ce que « vous » avez créé.
L’« user generated content « c’est le royaume du nombril, c’est comme je l’écrivais au début de cette note, le principe de la Star’Ac mais étendu à une échelle putativement mondiale.
Qu’en réalité seule une infime, une microscopique partie des utilisateurs d’un DailyMotion, YouTube, GoogleVidéo ou autres ne viennent jeter un œil sur vos valeureuses créations est anecdotique, ce qui compte c’est que sur le papier, ils peuvent le faire.
Je suis fortement dubitatif devant ces systèmes et l’emphase dont ils sont l’objet me laisse tout à fait pantois. À une époque ou le moins que l’on puisse dire est que le contenu audiovisuel n’est pas rare, que des millions de gens continuent sur la longueur, une fois l’effet nouveauté dissipé, à consacrer du temps pour visionner les vidéos amateurs de Gérard Dugenou.. j’avoue avoir quelques difficultés à le croire.
Il est d’ailleurs symptomatique que sur les sites comme Dailymotion ou Youtube, qui agrègent des contenus majoritairement consternants (ou plus exactement dont la large diffusion frise le ridicule, mes photos de famille ne sont pas consternantes pour moi, elles ont même une très forte valeur émotionnelle, si en revanche je les proposais à la consultation publique…. ) les principaux contenus intéressants sont en général ceux qui ont été repiqués sur les télés.
En ce sens, les sites d’« user generated content » ont au moins une justification : servir de système d’archivage au « professional generated content » [2].
À propos de l’influence des weblogs
Cette réflexion m’est venue cet été lorsque j’ai reçu une demande d’interview distante (par email) de la part d’une jeune femme que je ne connais pas et n’ai jamais vue et donc qu’en toute bonne logique j’imagine délicieuse et avec un physique à tomber, ce qui m’incline à lui répondre prestement. Parmi les questions il y a l’inévitable « Quelles perspectives voyez-vous pour votre blog et pour les millions d’autres qui existent ? ». Quelques jours plus tard, je reçois un message de mon Amie Annie Viglielmo, qui revenait des universités d’été de l’UMP oui elle a fait partie de la liste des « blogueurs invités ».
Inviter des « blogueurs » à des « universités » politiques, pourquoi pas. Je n’ai pas vraiment d’idée là-dessus, je n’arrive pas à savoir si c’est une bonne ou une mauvaise chose. De toute façon pour les communicants politiques ce sera forcément positif, j’imagine assez mal un de ces « invités » sans habitude de la chose réagir de façon virulente par rapport à son « hôte » plus puissant, plus malin et plus séducteur.
Point de vue que confirme d’ailleurs la lecture/écoute rapide de ce qui a été produit sur ces « universités » y compris chez Annie d’ailleurs. Et de l’autre côté pour les invités c’est un moyen de prendre quelques jours de vacances aux frais de la république. Bref du Win-Win comme on dit chez Georges.
Ce qui est intéressant en fait ce n’est pas de savoir s’il est bien ou pas pour un « blogueur » d’accepter de se faire chouchouter pendant deux jours par un parti politique, mais plutôt le processus qui amène les partis politiques à mettre en place ce type d’opération promotionnelle.
Le postulat de base superficiel est (me semble-t-il) que le « blogueur » est quelqu’un d’influent voire un relais d’opinion solide.
Le problème est que toute observation un tant soit peu sérieuse invalide totalement ce postulat.
La réalité des choses me semble être que les weblogs ne représentent rien, si ce n’est une caste, auto proclamée « blogosphère » qui se renvoie continuellement la même balle et qui, à force de se la renvoyer fini par générer un bruit tel, que vue de l’extérieur elle prend une dimension très supérieure.
Rapportée par Pointblog une ’étude récente de Médiamétrie [3] confirme ce qui paraissait évident, le « phénomène » weblog relève d’un processus purement marketing dont la représentativité est proche du néant (ceci n’est pas une conclusion de Médiamétrie, mais une remarque personnelle, mais dont la dangerosité potentielle, au travers des facilités qu’elle offre à toutes les opérations d’intox ou de manipulation, n’est peut être pas négligeable, voir plus haut à ce sujet).
On pourra toujours contester tant les chiffres que la méthode utilisée par Médiamétrie pour ce qui est de la mesure des sites, il n’empêche, il y a des données qui ne trompent pas : « … selon Médiamétrie, 3 197 000 internautes français avaient un blog au premier trimestre 2006 soit 900 000 de plus qu’au troisième trimestre 2005. Et enfin, 15,4 % des Internautes français auraient posté au moins un commentaire sur un blog soit 4 074 000 internautes.»
Avec 4 millions de blogs en circulation (et même si une bonne part est vide) les blogs mêmes les gros ne peuvent pas avoir de l’audience, c’est arithmétiquement impossible.
Quelques exemples simples, celui de Loic Lemeur considéré comme le « pape » de la chose et en tout cas un de ceux qui s’agitent le plus pour la promotion de son blog (ce qui est parfaitement légitime puisque vendre des blogs est son métier) n’a que 8000 visiteurs jours, alors que le Kernel Panic de mon ami Florian Innocente, qui s’adresse à un lectorat assez confidentiel, ne bénéfice ni d’une promo effrenée ni d’une couverture médiatique disproportionnée, est au alentours de 1500.
Pour avoir une idée de ce que représentent ces chiffres au regard de la fréquentation du plus minable de site web de journaux, vous pouvez vous référer au site de l’OJD . L’OJD est un organisme fiable. Tout le monde ment à l’OJD, mais de façon encadrée, ce qui fait que peu ou prou tout le monde ment de la même façon et donc que les résultats sont globalement comparables.
Le site du magazine Médias vient de publier sous le titre éloquent Ras-le-bol de la Netpolitique un texte intéressant sur le thème de l’absence d’influence des weblogs.
——–
[1] Lire à ce sujet : Réflexions sur la presse et le web 2.0
[2] J’utilise personnellement Google Vidéo pour stocker gratuitement les vidéos de mes plateaux télés que je mets en ligne sur ce site.
[3] Les chiffres Médiamétrie
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Réflexions sur la façon de nommer les politiques
Les relations entre presse et patronymes des politiques ne sont pas nouvelles, mais l’irruption de femmes à un haut niveau de la politique européenne leur donne une résonance telle que j’aimerais bien au fond avoir le point de vue d’un psychanalyste (ou d’un sociologue) sur la question.
Cet aspect me semble caricatural dans la campagne qui se profile (version officielle), qui fait rage (version réaliste).
J’ignore si c’est le fruit du hasard ou de l’inconscient médiatique/collectif, mais les patronymes utilisés pour désigner les candidats collent assez à l’image qu’ils véhiculent, à tel point qu’on peut se demander si consciemment ou inconsciemment les politiques ne fournissent pas aux médias l’ébauche d’une image qui est ensuite maturée par ces médias pour être diffusée dans le public. Une fois diffusée, cette image relèverait alors de l’inconscient collectif et est reprise dans le langage courant jusqu’à devenir une des clés de lecture des actes et parole de ces politiques.
“Sarkozy” est un mot qui claque, ça ferait joli nom de policier de série qui colle bien à l’image de « super flic » que cultive le Ministre de l’Intérieur, (alors que son patronyme complet “Sarközy de Nagy-Bocsa” a un côté éminemment notable).
De son côté, “Ségolène” colle bien avec une image “maternelle/rassurante/ mais ferme” (”Royal” serait tout à fait détonnant dans ce contexte, et son véritable prénom, “Marie-Ségolène” sonne un peu trop “jeune femme de bonne famille”).
De la même façon “Sego” n’a de sens que par rapport à “Sarko”, consonnance qui colle bien avec l’image bicéphale diffusée par les médias pour la campagne qui se profile, alors qu’il serait euphémique de dire que la liste des candidats est naturellement bien plus longue (liste que l’on peine à trouver sur les sites des différents médias).
Je ne pense pas que “Ségolène” soit uniquement lié à une question de chromosomes, parce qu’on ne parle pas de “Marine” mais de “Marine Le Pen”. Marine est un prénom assez doux, Le Pen a une consonance assez dure et une connotation qui l’est encore plus. En utilisant systématiquement son patronyme complet, les médias la renvoient systématiquement à l’image du FN et suggèrent une certaine distance qui les dédouane de toute accusation de complaisance.
On ne parle pas de “Hulot” mais de “Nicolas Hulot” qui entre en résonance avec le prénom de “Sarko” qui lutte contre “Ségo”.
De son côté, François Bayrou qui n’a pas vraiment d’image si ce n’est une image en creux a toujours été appelé “François Bayrou” un peu comme si l’absence de pseudonyme marquait la différence ressentie avec les “vraies ” vedettes de la politique.
Ce petit jeu sur les patronymes serait simplement curieux s’il ne risquait pas d’installer les politiques dans une sphère de représentation tout à fait similaire à celle des gens du show biz, ce qui ne participe sans doute pas vraiment à la valorisation de la chose politique.
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Réflexions à propos des déclarations de Georges Frêche
Discussion ce matin avec des confrères autour de la dernière saillie de Georges Frêche, membre du Parti socialiste, ancien député de l’Hérault et ancien maire de Montpellier (1977-2004), président du conseil régional de Languedoc-Roussillon et président de la communauté d’agglomération de Montpellier depuis mars 2004.
Hier, lors du Conseil d’agglomération de Montpellier il aurait déclaré à propos de l’équipe de France de foot : «Dans cette équipe, il y a neuf blacks sur onze. La normalité serait qu’il y en ait trois ou quatre. Ce serait le reflet de la société. Mais, là, s’il y en a autant, c’est parce que les blancs sont nuls. J’ai honte pour ce pays. Bientôt, il y aura onze blacks.»
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Réflexions à propos des médias et de la “diversité”
Le terme de « diversité « est extrêmement tendance en ce moment, tout particulièrement dans les médias (que ce soit pour se féliciter de s’y être adonné ou au contraire regretter que cela ne soit pas le cas). Au premier abord, on pourrait à bon compte sourire devant ce qui fleure bon l’hypocrisie.
Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce point de vue, il ne s’agit pas d’hypocrisie, mais de précision syntaxique.
Si l’on considère que dans le sabir médiatico-politique, en ce moment “diversité” ne concerne ni les paysans du Luberon, ni les pécheurs bretons, ni les profs corses, ni les Américains qui pullulent dans les rues adjacentes des Champs Élysée ou les Japonais qui font de même autour d’Opéra, pas plus ma femme qui est allemande, ou encore les campeurs qui parsèment la nuit les rues de Paris.
Diversité est le nouveau terme pour dire “noir et/ou arabe a qui il faut urgemment confier un boulot faute de quoi il va encore et encore foutre le feu à ma bagnole”.
Le “divers” est le tirailleur sénégalais des temps modernes. Tout le monde trouverait parfaitement ridicule de confier le traitement des conférences de presse de Madame Merkel uniquement à un allemand ou qu’un canard embauche un neveu de l’Oncle Sam parce qu’on parle de cet hilarant George dans les colonnes internationales, en revanche, pour parler des banlieues , il est quand même plus socialement correct par les temps qui courent que le teneur de micro frisotte.
Dans ce contexte, “divers-cités” me paraît un terme extrêmement pertinent.
Ceci étant, en arrière-plan il y a une réalité qui n’est guère contestable, ce qui l’est plus c’est cette manie de renommer ce qu’on a du mal à regarder en face.
Rappelons que le noir est un type hirsute, supposément odorant et qui de toute façon n’est ici que pour nous piquer notre sécu, tandis que le corps d’ébène du black illumine nos soirées tendance et s’il n’y avait l’attraction qu’il exerce sur nos femmes, ce serait presque un type fréquentable. L’arabe à des dents jaunes, des vêtements ridicules et un mode de vie qui fait lever les yeux au ciel (lorsqu’il ne pique pas des autoradios) tandis que la gironde beurette agrémente plaisamment les rues commerçantes de nos centres-villes. Le pédé est un type répugnant, contrairement au gay qui a un goût aussi exquis que son pouvoir d’achat est intéressant, tout comme le vieux pénible (avec un vieux dans l’entourage, finies les vacances peinardes) qui n’a guère d’intérêt qu’une fois recyclé en senior, etc etc etc… l’énumération serait longue
La vie vue au travers du langage moderne (véhiculé pour bonne part par les médias, mais pas seulement, les politiques y participent également) ressemble un peu aux Sims, ou disons à une variante des Sims, dans un cas on parle de réalité virtuelle, dans l’autre de virtualité réelle.
Dans ce cadre, somme toute, la “divers-cités” n’est que l’antépénultième rejeton de cette habitude bien ancrée et qui reconnaissons-le a déjà moult fois prouvé son efficacité. Si au lieu de parler de quelque chose qui pose problème ou qui dérange, on disserte sur son avatar médiatique, les choses sont nettement plus simples et moins engageantes.
Cette nouvelle obsession de la « divers cités » à des conséquences assez surprenantes, que je trouverais même franchement drôles si je n’étais pas indirectement concerné (mon père était martiniquais) comme l’amusante (ou ridicule, au choix) « affaire Harry Roselmack » à l’occasion du transfert d’Harry Roselmack chez TF1. « Mon Dieu » ce sont esclaffés tous les médias, « un noir au 20 heures ! ».. oubliant au passage qu’Harry bosse depuis des lustres dans des radios ou des télés et surtout qu’il est martiniquais.
Petit rappel historique, les martiniquais sont français depuis…. 1635 (oui oui…) soit par exemple, depuis plus longtemps… au pif.. que les Savoyards. Pour ceux qui sont fâchés avec les chiffres, ça remonte donc à Louis XIV. Il est étonnant qu’aujourd’hui, soit presque 400 ans plus tard, on découvre subitement qu’au royaume de France il y a aussi des noirs et qu’un français puisse être basané.
La remarque ci-dessus m’a valu un petit coup de fil de Catherine Nivez d’Europe 1

