Réfléxion sur Internet, les médias, et Yahoo à l’âge de pierre

septembre 26, 2007 · Filed Under Réflexions · 1 Comment 

L’actualité en ce moment sur le front d’Internet, c’est l’insolente succes story de Google.
En France Google représente 85,8 % des requêtes (contre 65 % au niveau mondial) Yahoo plafonnant à 3,8% (contre 5,3% en janvier) [1].
Google encore qui est sur les rangs pour le rachat de la plate-forme publicitaire historique en Europe DoubleClick et pour celui du très en vogue site pour jeunes FaceBook (rachat qui oppose Google et Microsoft)/.
Yahoo ancien roi de l’Internet se retrouve donc dans une situation délicate et se doit de multiplier les annonces.
Hier j’étais à une conférence de presse de Yahoo France qui devait annoncer quelques choses sur le plan publicitaire ainsi qu’une nouvelle politique en matière de vidéo.
Je suis en ce moment entrain de rédiger la partie image du guide multimédia de fin d’année de l’hebdo Le Point et j’avais avec moi une petite camera Panasonic.
Yahoo avait mis les petits plats dans les grands. La conférence de presse avait lieu au Mini Palais une zone du Grand Palais, elle commence par une déclaration filmée du patron de Yahoo, puis le dirigeant de Yahoo France monte à la tribune pour annoncer la nouvelle stratégie de l’entreprise.
Pensant que la contre attaque de Yahoo est peut-être un truc important, je commence à filmer .. et subitement une jeune femme scandalisée me tombe dessus m’expliquant qu’elle est de Yahoo France et qu’il est interdit de faire de la vidéo pendant les conférences de presse ou le patron de Yahoo France parle de vidéo.

Ces gens là ont manifestement tout compris des médias, de l’internet des rigolades afférentes.
Avec une culture de ce genre, m’est avis que Google a encore quelques belles années devant lui.
Pour le reste, le ridicule m’amuse lorsqu’il est drôle, là ce n’était même pas le cas, j’ai quitté la salle sans écouter la suite.

[1] Sources :

 

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Reflexions sur le bidonnage

juillet 25, 2007 · Filed Under Réflexions · Comment 

Une réflexion inspirée par une discussion avec des collègues sur la notion de bidonnage.

À « l’époque du papier » le fait de bidonner (qui effectivement n’est pas neuf) demandait un acte délibéré (je bidonne et je sais que je le fais). Nous sommes passés de ce bidonnage actif à un bidonnage passif.

Aujourd’hui, le bidonnage a pris des formes différentes du bon vieux bidonnage cynique à l’ancienne.

Internet vit à plein l’effet « vu à la Télé » qui fait partie de la panoplie des publicitaires.
À partir du moment ou une info a été reprise un certain nombre de fois, elle devient « probablement vraie » et de « probablement vraie » à publiée sur un média classique il n’y a qu’un tout petit pas. Plus exactement, le fait qu’elle soit vraie ou pas devient anecdotique, « l’info » se déplace du contenu de la publication initiale au fait que cette publication se multiplie.

Il me semble qu’à l’origine, un des objectifs était de publier ce qui ne l’avait pas été ailleurs, ou à minima d’être le premier à le faire (toute la mythologie du scoop repose là-dessus). Aujourd’hui ce qui est important c’est de bien couvrir ce que le voisin couvre, ce phénomène est largement utilisé par les promoteurs de tout poil (voire ma note récente sur l’omniprésence d’Harry Potter dans les JT, personne ne soutiendra qu’il s’agit d’une info fondamentale, voire d’une info tout court, mais puisque le concurrent le publie ou va le faire, je le publie aussi).

C’est d’autant plus marquant qu’amplifié par la perméabilité croissante des médias classiques vis-à-vis de tout ce qui fleure de près ou de loin l’internet.

C’est également amplifié par un phénomène dont j’ignore s’il est récent : l’étanchéité entre deux infos publiées sur le même média.
Cette étanchéité associée au fait qu’on ne revient jamais sur une info publiée donne parfois des résultats étonnants. Par exemple on peut dans le même temps vanter les mérites des biocarburants, puis dans la rubrique suivante expliquer qu’ils sont en passe de constituer une catastrophe environnementale et sociale, ou encore comme ça a été le cas hier, questionner l’éventuel financement de la libération des otages de Kadhafi par la France ou l’Europe puis dans la rubrique suivante expliquer que le Qatar a servi de banquier.

 

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Réflexions.. sur le bien fondé des vacances

juillet 23, 2007 · Filed Under Réflexions · 1 Comment 

Je rentre de 15 jours dans les Landes, à la lisère du pays Basque, sans télé, sans Internet et avec à peine de téléphone (surprise, on y survit très bien et on vit plutôt mieux).
Je rentre donc et je découvre d’un seul coup l’actu du moment, et vraiment ça fait réfléchir.
Il y a une question que notre microcosme ne se pose sans doute pas (parce que pour se la poser il faut en sortir de ce microcosme, ne serait-ce qu’un moment) : qu’est ce que le gazier moyen à a f… de ce qu’on lui raconte.

Chopé au hasard de ma séance de rattrapage de ce qui s’est passé pendant que je bronzais :

- Fusillade dans une gendarmerie, avec interview TV du chef, lequel explique que « oui il y avait un problème entre les deux protagonistes, mais le problème a été réglé ». J’ai vu cette interview un nombre incalculable de fois, a aucun moment un journaliste n’a eu l’outrecuidance (la lucidité ?) de demander à l’intéressé comment ça déroulait dans la gendarmerie lorsque les conflits n’avaient pas été réglés (tir de mortier dans les couloirs ? discussion à l’arme lourde à la cafet’ ?)

- Péripéties à la succession d’Airbus/EADS. Au chapitre des trucs qui m’indiffèrent (et je suppute qu’une part non négligeable de la frange non-journaliste de mes concitoyens doit être dans le même cas) la gueguerre d’influenco-succession à la tête d’EADS/ Airbus figure en bonne place. Il faudra un jour que les médias fascinés par la grande industrie, se souviennent que celle-ci ne crée pas grand chose, licencie beaucoup, alors que notre pays est parsemé de PME qui elles font bosser du monde, ne font pas toujours des choses inintéressantes et dont on ne parle jamais.
Ce dernier point explique partiellement le mystère qui veut que si l’Euro fort est une calamité chez nous, il n’empêche pas nos voisins Allemands d’être champions du monde de l’exportation.
Question subsidiaire : Airbus c’est pas cette boite dont tous les médias nous ont expliqué il y a quelques mois qu’elle était au bord du gouffre au point qu’elle « devait » (c’est le terme quasi officiel sur les TV) licencier 10 000 personnes et qui, par magie s’est retrouvée à vendre subitement 700 zincs lors du dernier Bourget ?
Ces ventes n’étaient bien entendu pas du tout prévisibles à l’époque (trois mois à la louche) où la susnommée boite expliquait qu’elle était dans une telle panade que ces licenciements était nécessaires (il est vrai que les avions ça s’achète comme les chaussettes par trois, sur un coup de tête, au dernier moment).
Ah..on me glisse dans l’oreillette qu’Arnaud Lagardère est dans le coup..mazette.. . bon, merci de ne pas tenir compte du paragraphe ci-dessus, la guerre d’influence à la tête d’EADS est un sujet qui passionne, qui enflamme, qui enthousiasme forcément les médias, donc les français, et même les autres.

- Le PS (ce qu’il en reste) se réuni pour faire son autocritique de la campagne, alors là c’est le pompon. Sur France Info, le sujet est : « rien n’a filtré, personne n’a rien dit, on ne sait rien » . Normalement (enfin dans la vraie vie non-journalistique) lorsqu’on sait qu’on ne sait rien on le dit, et on passe à autre chose. Là pas du tout, on a eu droit à une rubrique de la spécialiste de la politique qui a expliqué qu’on ne savait rien, pour illustrer le lancement qui expliquait qu’on ne savait rien.

Et ce sont juste quelques exemples, la liste est longue.

Je vous recommande mes biens chers frères mes bien chères sœurs, quelques jours loin de Paris, loin de la télé, loin d’Internet, c’est salutaire et le retour est désopilant.

 

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Reflexions sur la déontologie « low cost »

février 18, 2007 · Filed Under Réflexions · Comment 

Après Béatrice Schönberg et Marie Druker écartées de leurs JT respectifs pour cause de relation amoureuse avec un politique (la première écartée de force, la seconde s’étant écartée toute seule pour éviter que la question ne se pose) c’est au tour d’Alain Duhamel ( qui collabore à France 2, Libération et RTL) de se voir remiser au placard par France 2 et s’est du coup retiré temporairement de sa fonction d’éditorialiste sur RTL pendant la période électorale, pour avoir déclaré qu’il voterait Bayrou [1].

J’avais déjà trouvé que les mises à l’écart de mesdames Schönberg et Druker constituaient un spectacle désolant et que l’espèce d’obsession de la sphère journalistique à se donner une image en creux assez pitoyable.

Le message me semble être qu’il est tout à fait acceptable pour un journaliste politique bossant pour un média à forte exposition de ne pas très bien faire son boulot dans la mesure ou il/elle ne couche pas, ce qui est vraiment d’un niveau cour de lycée.

Cette obsession normativo-morale a des contours étonnants. On peut par exemple dans le même temps défendre que deux personnes qui couchent ensemble sont forcément sur la même ligne de pensée et d’intérêt et défendre avec la même vigueur que le couple Royal/Hollande discorde a qui mieux mieux sans que jamais l’incohérence de ces deux postulats ne saute à l’esprit.

Ces différents avatars mi- people, mi-médiatiques ont été abondamment couverts.

Il me semble manquer un élément important dans cette affligeante saga qui part des mésaventures de mesdames Schönberg et Druker pour trouver un épilogue temporaire dans la pantalonnade Duhamel, cet élément important est l’absence totale de contrôle de ce qui est publié, dit, montré dans la presse.

On peut dire absolument n’importe quoi dans un média et très rares sont les retours en arrière, les rectifications, les mea culpa. Le dernier qui me vient à l’esprit est le courageux et pédagogique exercice de France 3, qui, s’étant laissé conter fleurette par les sirènes du journalisme citoyen avait diffusé dans son 19/20 une vidéo de chasseurs américains du Wyoming s’ébattant gaiement dans la nature en révolvérisant à qui mieux mieux des lapins, en la présentant comme des images des images tournées par les soldats américains lors de combats contre les talibans en Afghanistan. La séquence était censée avoir été réalisée par un tireur d’élite américain filmant ses cibles avant de les abattre…
Non seulement la chaîne a rectifié mais en démontant ce qui s’était passé, chapeau.
Chapeau d’autant plus que c’est rarissime.
Il n’y a pas non plus de travail journalistique revenant sur ce qui a été dit écrit publié, tout d’abord parce que probablement le flux est tel que ce serait mission impossible et également parce que donnant dans un travers très hexagonal, les quelques émissions qui s‘y attachent, donnent dans l’anecdote, la pirouette parisianiste et autres amuse gueule.

Ces gamineries marketing qui veulent que désormais un journaliste ne doit pas avoir de vie sexuelle, et s’abstenir de toute opinion personnelle, me semblent relever d’un rattrapage « low cost » de cette carence de contrôle : on peut dire n’importe quoi dans un média, vérifions au moins que cela ne soit pas dit par n’importe qui.

Après tout pourquoi pas, en tous cas cet exercice de déontologie a bas coût me semble cohérent avec l’état de la presse d’information chez nous.

Si nous avions une presse d’informations rigoureuse et humble, alors cette chasse aux sorcières nouvelle vague pourrait passer pour un simple excès de zèle bien pardonnable, le problème c’est que dans l’état, elle sert de substitut à la rigueur, ce qui forcément, est moins bien.

[1] Le même Alain Duhamel qui s’était attiré les foudres de France 2 en 2002 pour avoir publié un livre d’entretiens avec Lionel Jospin : « Le temps de répondre ».

 

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Réflexions sur la presse et le Web 2.0

novembre 24, 2006 · Filed Under Réflexions · Comment 

Ces réflexions sont tirées d’une discussion par mail avec des confrères sur la mode du Web 2.0 dans les stratégies de presse, et dans ce contexte, je fustigeais la mode de la « ouaibedeuzeroïsation » tous azimuts, nouveau Graal des groupes en mal d’idées.

Lorsque je parle sur un ton ironique de « ouaibedeuzeroïsation » je ne veux pas pour autant dire que tout est à jeter. Par exemple, les techniques récentes en matière d’interactivité ou d’interface plus dynamique que le néandertalien HTML de base, offrent manifestement des opportunités très intéressantes aux sites marchands et/ou de services, lesquels peuvent sans doute constituer des produits dérivés intéressants pour les journaux (ce qui, par ailleurs est à démontrer), mais dans ce dernier cas on sort de fait tant du contexte du journal que de celui du journalisme.
Les deux points me semblent totalement distincts. Nous avons d’un côté une plate-forme technologique qui se prête bien à la mise en place de systèmes de services, lesquels peuvent tirer profit de l’image engendrée par un média, de l’autre une industrie qui a des problèmes qui lui sont propres et dont je doute fort qu’ils soient solubles dans la technologie.

De la même façon l’appétence manifeste de certaines strates de la population pour les échanges directs n’est pas contestable et là encore peut être mise à profit pour servir de cadre au développement de plates-formes de commerce ou de services, mais cela n’a de mon point de vue, pas grand chose à voir avec un média.
Sur ce dernier point il est symptomatique que dans le monde « brick and mortar » comme on disait à l’époque de la bulle, aucun commerçant ne s’est appuyé sur un média et lorsque l’adjonction d’un support péri-journalistique a été jugée intéressante pour le développement de la prestation commerciale, ils se sont tournés vers une option tout à fait spécifique, les « consumer magazines » dont certains sont très bien faits, et que bien souvent ils ont in fine abandonné petit à petit (confer l’intéressante saga d’Epok).

Je ne crois pas (doux euphémisme) en revanche qu’il soit judicieux de voir dans les évolutions des technologies web une porte de sortie de la soi-disant « crise de la presse ». [1]

L’emphase sur ces technologies internet est juste la marque de la méconnaissance de la part des responsables de journaux de l’environnement technologique dans lequel ils évoluent, méconnaissance qui leur fait voir comme des choses extraordinaires, ce qui est juste une mise à jour tout à fait anecdotique des diverses opérations qui accompagnent un journal papier.

Deux exemples, pour être concret :

- Qu’un site de journal permette à des lecteurs de réagir à un papier est quelque chose qui dans certains cas peut présenter de l’intérêt (rarement), mais qui dans aucun cas ne fera vendre un exemplaire de plus. Dans certains cas ça pourrait peut-être augmenter la fréquentation du site (j’aimerais qu’on ne réponde avec des chiffres) mais je doute que ce soit dans des proportions suffisamment significatives pour que cela apporte un surcroît publicitaire (j’aimerais qu’on me réponde avec des chiffres)

- La politique du « contenu » qui vise à acheter à vil prix auprès de grossistes (la rubrique « multimédia » de l’édition abonnés du Monde en ligne est caricaturale sur ce plan), a comme résultat soit des choses strictement sans intérêt (comme ce « reportage » sur l’élection au PS [2]), soit la reprise de ce qui a déjà été multidiffusé sur les télés.

Dans ces deux cas, ce qui est une erreur grossière (liée à la méconnaissance que je fustigeais plus haut) et funeste (parce qu’elle ne fera que plonger les canards qui s’y adonnent dans un marasme plus profond, les ressources gaspillées de cette façon n’étant pas affectées à des endroits ou elles auraient eu du sens) pourrait être quelque chose de très intéressant.

Imaginons par exemple un site de journal, dans lequel des journalistes seraient affectées à piloter l’échange avec les lecteurs, a répondre, à modérer les messages sans intérêts, à relancer les débats, etc.. je n’ai pas d’idée ferme, et encore moins de chiffres, mais à défaut d’être une garantie de développement commercial du titre, au moins, tant sur un plan journalistique que sur celui de la crédibilité, cela aurait du sens.

Sauf que ce type de mise en place demanderait des sous, beaucoup de sous, et les journaux ne les ont pas (ou disons ne sont peut-être pas prêts à les mettre). Conséquence, on abouti à des sites « ouaibedeuzero » avec un article en ligne, suivi d’un listing de commentaires qui le démontent en pointant ses « erreurs », et aucune réaction de la rédaction. La somme du tout est une gigantesque démonstration de la putative incompétence du type qui a écrit le papier et accessoirement, de dynamitage de la crédibilité du titre .

Si l’utilisation de la possibilité donnée au lecteur de répondre était mise en œuvre intelligemment et avec les moyens que cela suppose il y aurait deux cas de figure :
- Le journaliste s’est trompé, et le papier en ligne est corrigé (avec sous une forme ou une autre, le crédit rendu au lecteur qui a soulevé l’erreur)
- Le journaliste à raison, et en débattant avec les lecteurs il a éclairci les points qui n’étaient pas assez développés, et naturellement le texte est retouché pour pointer vers ces précisions.

Tout ceci demande des ressources qu’aucun journal n’a encore affecté à ce type d’opération (si tant est qu’ils en aient les moyens).

Même chose pour la vidéo. Un site issu d’un journal qui se donnerait les moyens de former les journalistes que ça intéresse à la vidéo (tout comme la PQR a formé ses troupes au Canon G5 il y a quelques années) et qui publierait non pas le sujet de Reuters que tout le monde, depuis les chaînes hertziennes jusqu’à la télé locale de Saint-Gigougnou-en-Vigneret-le-Bas, a déjà diffusé en boucle 300 fois, pourrait alors proposer un autre mode de traitement de l’info, complémentaire du papier (voire indépendant de ce dernier) et dans tous les cas, intéressant.

Là non plus, je n’ai pas d’idée ferme, et encore moins de chiffres, mais à défaut d’être une garantie de développement commercial du titre au moins, tant sur un plan journalistique que sur celui de la crédibilité, cela aurait du sens.

Aucun journal n’a ni les moyens ni la volonté de faire ça.

En revanche, à se tartiner le visage de sous-ersatz en rabâchant des mantras (« ho oui mes frères le ouaibedeuzéro va nous sauver ça c’est bien sur oh oui oh Seigneur, il va nous sauver ! ») on ne fait que précipiter les choses.

Lorsqu’on fonce dans un mur, repeindre le mur ne protège pas le cartilage du nez.

J’ai parlé (dans ma note de bas de page) de « une escroquerie intellectuelle comme rarement sans doute la presse en a connu dans son histoire » parce que non seulement ce mantra sert de (mauvais) cache misère pour masquer le manque criant de capacité à se remettre en cause [3], mais il y a pire : le web 2.0 a des vertus anesthésiantes.

Les mêmes journaux qui ont des exigences extrêmes en matière de formation pour leurs journalistes papiers [4] font la danse du ventre en entendant la musique des marketeurs qui leur chantent que dès qu’on lui accole l’épithète web 2.0 le journalisme ne devient plus un métier, que tout le monde sait tout faire spontanément, qu’il n’y a plus d’écriture spécifique (alors que l’histoire du multimédia montre que beaucoup ont échoué à créer une écriture multimédia justement). Par ailleurs, je peux témoigner, pour l’apprendre au prix d’un travail assez considérable (tant en heures passées qu’en énergie) et pour un résultat parfois assez pitoyable, que l’écriture vidéo est quelque chose qui n’est pas forcément simple (dit en d’autres termes « est un vrai métier »).etc..

Mais les sirènes du marketing chantent que c’est magique, alors….
Magique.. (et vu du côté du décideur, magique s’orthographie « peu coûteux »)

Dans ce contexte, un confrère me communique le lien suivant [5] en me disant « vous verrez qu’il pose de bonnes questions sur le respect du lecteur et donne même quelques pistes sur ce que peut être une des nouvelles missions des medias: dénicher les pépites parmi les lecteurs ».

Il y a des pépites côté lecteur, oui sur, c’est nouveau ça ??
J’ai lu ce texte, il ne fait que dire ce que tout le monde sait déjà et s’il n’y avait l’ajout du « contexte web » qui fait très chic, il aurait pu être écrit il y a 20 ans !

On y lit par exemple :

Le forum mais aussi les blogs, les chats et les pages perso occupent donc un rôle traditionnellement dévolu aux médias. Ils fonctionnent comme un retour d’opinions ou un retour d’expériences. Deux qualités essentielles constituent leur valeur ajoutée par rapport aux médias : la spontanéité et le désintéressement.

Avant « les blogs, les chats et les pages perso » il y avait les BBS, avant il y avait le Minitel (que ceux qui pensent que l’interactivité est née l’année dernière lors de la dernière version d’un soft de blog jettent un œil ici :
http://www.troude.com/Pinky/Index.html-ssi
Ça date de 1986 … 20 ans !!!!!

Avant l’électron, il devait y avoir les cafés etc….

Ce que démontre cet article (par ailleurs intéressant) c’est que les journaux ne se sont jamais intéressés aux cercles de discussion et d’échange qui ont de tous temps existé et qui relient parfois leurs lecteurs. C’est pas faux et ça renforce le fait que si les journaux arrêtaient de publier des opinions de journalistes à l’attention d’autres journalistes (ok, j’exagère..) tout le monde serait bien plus satisfait, le lecteur en premier lieu.

Ceci étant cette remarque s’inscrit dans le débat actuel qui agite et va agiter la campagne présidentielle. De la même façon que les candidats s’opposent sur la position à tenir avec d’un côté la posture classique du politique placé en périphérie qui observe et décide et de l’autre le politique placé au centre qui consulte et fait la synthèse.
Si le constat de l’appétence que je signalais plus haut, pour la discussion facilitée, voire stimulée par la facilité qu’offre la technologie est incontestable, on peut se demander si elle a à voir avec ce que l’on attend d’un journal.
Que les débats, parfois très riches, qui se tiennent dans des cercles divers puissent constituer une source intéressante pour les journaux, est un fait incontestable. Un fait qui, en soi, est par ailleurs un constat, certes très « mode » et dans le même temps une lapalissade, car dans la réalité les journalistes utilisent déjà abondamment internet, y compris pour y chercher les « témoins » dont les journaux sont très friands.
Qu’il y ait des gens intéressants et compétents, ayant des choses intéressantes et compétentes à dire dans la « société civile » (en clair en dehors des cercles journalistiques) n’est pas moins une lapalissade.
La question est, me semble-t-il, celle de la position du journaliste.
La fascination pour les nouvelles technologies du web conduit à promouvoir l’idée qu’en gros la masse des intervenants pourrait à bon compte se substituer au journaliste.
Je crois pour ma part que le rôle du journaliste consiste à rapporter pas forcément à être partie prenante.
En conclusion, le fait que se tiennent dans des cénacles électroniques, des discussions intéressantes, n’est pas quelque chose qui remet en cause le rôle de la presse et en aucun cas ce rôle ne consiste à servir de caisse de résonance à ces cénacles. Son rôle en revanche consiste, lorsque qu’il émerge de ces cénacles des idées ou des personnages qui présentent un intérêt qui dépasse largement le cadre restreint du cénacle, de les intégrer dans le flot des informations publiées.

Que par ailleurs , des idées intéressantes soient véhiculées en dehors du champ de la presse, n’a rien de contrariant et au fond, c’est plutôt une chose saine.

Sur ce point également, le constat que le journaux ne font pas si bien que ça leur boulot (constat qui n’est pas complètement faux), ne me semble pas conduire de façon évidente à la suite de la proposition « donc remplaçons les par les cercles de discussion et d’échange ».

Cette dernière posture qui fait le lit de ceux qui ont tout intérêt à remplacer la presse aussi imparfaite soit-elle (et elle l’est, il n’y a aucun doute là-dessus) par une forme de publication plus malléable, peut conduire à des excès dangereux. On a pu le voir récemment , de façon certes anecdotique, parce que le mouvement balbutie, avec l’instrumentalisation des « blogueurs » dans la première phase de la campagne des présidentielles. « Blogueurs » dont certains après avoir servi de faire valoir à quelques candidats avec une couverture médiatique totalement disproportionnée (la remise filmée et diffusée sur un weblog d’un iPod a N . Sarkozy a été couverte jusque dans le New York Times) ont fini par se révéler être des conseillers des-dits candidats….

Dans le cadre de cette discussion j’ai eu un échange avec Emmanuel Parody qui publie l’intéressant Ecosphère :

[…] Ceci étant dit je minimise comme toi l’influence des “gadgets techno” mais je pense que tu te trompes en sous estimant l’importance du “contenu utilisateur”. En fait une grosse partie du malentendu vient du fait qu’on aborde systématiquement la question sous l’angle de l’information (l’actualité) comme si le témoignage fugace ou l’opinion allait remplacer le travail du journaliste. Pour moi l’apport du lecteur ne se fera pas sur les news, les magazines l’ont compris, ce sera plus long pour les quotidiens car il vivent avec cette vision déformée d’un lecteur “acheteur d’informations”.

C’est exactement mon point de vue et c’est pour ça que je pense que l’emphase sur le web de la part des journaux est catastrophique.

Si on part du postulat d’un journal avec une direction ouverte, et prête à consacrer des moyens corrects à une diversification intelligente, alors sans conteste, le web doit être le moyen de développer des produits dérivés intéressants, mais comme je l’ai écrit je doute fort que cela ne fasse vendre un exemplaire papier de plus. Et sur ce dernier point il y a , me semble-t-il dans les « projets de relance » que j’ai pu lire ici et là une confusion totale. Les journaux ont un problème de circulation et de distribution et leurs responsables cherchent une solution dans des options qui au mieux proposeront à terme des produits dérivés sans autre lien que la marque, avec le journal papier.
Le problème de fond des journaux est une question de modèle économique qui vacille. Le web même s’il marche du feu de Zeus ne changera rien au fait que les gens ont de plus en plus de mal à se faire à l’idée qu’un journal d’info est quelque chose qui se paie. On peut de moins en moins leur donner tort parce que l’écart entre l’info gratuite et l’info payante est rien moins que flagrant en terme de qualité.

En France on paie cher des journaux de qualité moyenne qu’il faut galérer pour aller chercher dans un circuit de distribution inadapté.

Les gens ne paient que pour ce dont ils ont le sentiment d’avoir besoin ou envie (c’est le cas des canards éco, des hebdos et des magazines « loisirs » non technoïdes du type des féminins par exemple, ou encore des magazines people qui eux, ont un problème de pub).
La seule solution viable à court terme me semble pour les canards d’info de recréer ce besoin et ça ne peut dans un premier temps passer que par une remise en cause totale de la qualité de leur prestation.

Qu’à terme le lecteur ne sera pas qu’un acheteur d’information est intelligente et novatrice (bon courage pour la faire entendre en réunion produit) mais dans tous les cas en termes de revenus, cela ne sera jouable que dans très longtemps.
Pour faire tant un magazine qu’un quotidien qui se tienne il faut du monde, beaucoup de monde et il ne me semble pas qu’à court terme un revenu publicitaire web puisse nourrir ce monde là, or ce dont on besoin les journaux en ce moment se résume à un truc simple : des sous, c’est pour ça que je parle du web comme un produit dérivé distinct des problèmes actuels de modèle économique de la presse.

Pour prendre un exemple d’actualité, chez Libé, si on affecte les 200 personnes qui vont rester, au budget/revenus du web.. il y a intérêt à ce qu’elles aient un appétit d’oiseau….

Vu l’état tant financier que culturel des journaux, non seulement les stratégies web telles qu’elles sont appliquées dans la plupart des cas ne servent pas forcément à grand chose, mais elles peuvent même, s’avérer contre-productives (voir plus haut l’exemple de l’ajout des commentaires chez Libé).

Même chose pour le « user generated content » qui utilisé de façon frustre, part du principe que tout le monde a des choses intelligentes à dire, ce que mon expérience de ces 10 dernières années invalide totalement.

Qu’en revanche on utilise des moyens informatiques pour fédérer les quelques personnes gravitant autour d’un canard et ayant des choses intelligentes à dire, ce serait bien, ça se fait déjà depuis longtemps dans la « vraie vie » avec les clubs et autres associations de lecteurs putatifs triés sur le volet, hélas, sans que cela soit généralement réinjecté dans le contenu du canard. Faire ça de façon systématisée et sur des systèmes informatiques, demande des gens et des moyens, et donc une volonté claire (et informée) et les journaux en sont très loin.

Que le contenu utilisateur ait de l’intérêt n’est pas douteux, il suffit de voir ce qu’en font les entreprises qui évoluent en dehors de la presse. Quelqu’un qui veut aller au cinéma, dispose chez Allociné (que je trouve très bien fait et ce, depuis le début) des infos techniques d’Allociné (salles horaires, etc..) de façon distincte des critiques presse et de façon distincte également, le point de vue des spectateurs. Le tout forme un ensemble indiscutablement plus intéressant que n’aurait pu l’être le simple avis d’un rédacteur d’Allociné. Si un spectateur envoie une annerie, elle sera présentée de façon tellement distincte que ça n’impactera pas le reste (d’autant que mon petit doigt me susurre que dans ce cas l’avis serait « modéré »).

Un journal est incapable d’avoir cette approche froide et détachée.

Du point de vue « vision » comme disent les anglo-saxons, la presse papier c’est de la sidérurgie lourde, et les impératifs de cette industrie là impliquent de régler des problèmes à très court terme.

———–

[1] Là c’est pour faire gentil, la version sincère est : je pense que laisser penser au journalistes qu’ils sauvront leur job avec ça et aux lecteurs qu’ils auront de meilleurs journaux grâce à ça est une escroquerie intellectuelle comme rarement sans doute la presse en a connu dans son histoire.

[2] Titre : Dernier débat au PS avant l’investiture
http://abonnes.lemonde.fr/web/video/0,47-0,54-833291,0.html

[3] Je pense que les écoles de journalisme pourront dans quelques années lorsque cela ne relèvera plus de l’actu chaude, utiliser le « plan » d’Edwy Pleynel comme outil de travail sur le thème « comment parler d’un journal sans le remettre en cause, sans évoquer les évolutions du contexte dans lequel il évolue ni même évoquer ses lecteurs ? »

[4] la « jeunecadrisation » du métier est sur ce point assez parlante, il y aura bientôt plus d’écoles de journalistes que de médias ou caser les élèves

[5] http://testconso.typepad.com/marketingmedia/2006/11/lopinion_maltra.html

 

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Réflexions sur la “crise de la presse”

novembre 8, 2006 · Filed Under Réflexions · 1 Comment 

Au cours d’une discussion dans une liste de discussion regroupant des journalistes, alors que nous débattions sur la « crise de la presse » (sous-entendu « de la presse écrite »), j’ai reçu la remarque suivante :

Ce qui se dit, c’est que la pub est de plus en plus difficile à attirer sur le papier, et que bon nombre d’annonceurs privilégient Internet.

C’est très juste et ça touche tout le monde.

Ceci étant les groupes de presse ou plus exactement leurs départements marketing/Commercial/prospective, etc sont en partie responsables de ce phénomène (j’ai bien dit « en partie »)

À propos d’internet
L’annonceur veut de l’internet en ce moment (le même annonceur qui ne voulait pas entendre parler d’Internet il n’y a pas si longtemps).
Les groupes de presse semblent considérer comme un postulat qui va de soit, le fait que le lecteur veuille lui aussi de l’internet, ce que rien ne démontre, je dirais même plutôt que tout démontre le contraire.

Cela fait très chic dans les groupes de presse de se rêver sur internet, tout particulièrement dans la presse magazine et a fortiori si elle est à centre d’intérêt de type passion.. oubliant au passage que le lecteur de la presse papier est en général pas quelqu’un de tout jeune.
Dans la presse magazine loisir c’en est caricatural, mis à part quelques domaines bien spécifiques comme la musique, la moto (et encore) etc.. le lecteur type est un papy de la Motte Beuvron bien plus souvent qu’un jeune urbain branché ubersexuel (certes plus vendeur à un annonceur).

Raisonner comme s’il y avait UN public unique (et de préférence d’une typologie proche de celle des journalistes) me paraît être une erreur funeste.

Il suffit de voir le succès des gratuits. J’engage les dirigeants de groupe de presse à prendre le métro parisien de temps à autre, ça ne m’arrive pas souvent, mais lorsque c’est le cas à chaque fois c’est le choc. Il est faux de dire que les gens ne lisent pas de journaux ou de magazines, en revanche, trouver un lecteur de journal payant dans une rame de métro est une gageure.

Il est symptomatique (caricatural ?) que Edwy Pleynel puisse débouler à Libé pour faire un discours qui parle d’internet sans le moindre petit début de chiffre, et sans que ça fasse hurler au scandale.

Etc., etc.. je crois qu’on en est au tout début de la relation entre Internet et presse et je ne serais pas outre mesure surpris qu’on finisse par s’apercevoir qu’il n’y a pas de relation entre internet presse.

Il y a deux choses qu’on découvrira forcément un jour et hélas dans la douleur.

- La première est que contrairement à ce que quelques allumés californiens ont pu prêcher au plus fort de la bulle v1.0, sur internet le content est tout sauf king (voir plus bas).

- La seconde est que si internet présente de nombreux avantages (en tant que version moderne de la borne à services qu’était le Minitel il est royal) il détruit énormément de valeur et n’en crée aucune en retour.

C’est ce que les journaux sont en train de vivre, mais c’est également ce que les annonceurs vivront dans quelque temps. Lorsque leurs produits auront été résumés à une ligne dans un comparateur de prix, ils auront peut-être une pensée émue pour le « support quand même diablement plus valorisant » que pouvait constituer un journal.

« Contenu » et journalisme

J’ai écrit plus haut que « content est tout sauf king ».

Le terme « Content is King » a été un des mantras de la rigolote époque de la bulle internet, ce n’est pas un concept récent, Bill Gates (grand journaliste devant l’éternel) en parle dans un texte de 1996 (putain 10 ans !).

Pour utiliser une métaphore, les relations entre web et journalisme ressemblent énormément à celles qu’il peut y avoir entre grande distribution alimentaire et épicerie fine, c’est-à-dire aucune.

La grande distribution gère des flux. Ses impératifs sont simples (à énoncer, pas à mettre en place et à maintenir) :
- amener des flux de population importants à se rendre dans ses enseignes, ce qui suppose des emplacements dont la sélection est cruciale et une forte promotion
- Inciter ces flux à acheter le plus possible, ce qui suppose une organisation des rayonnages d’une sophistication inouïe et une gestion des prix extrêmement complexe
- générer chez le client la sensation qu’il a fait une bonne affaire, ce qui implique une relation extrêmement complexe avec la notion de qualité. La qualité pour la grande distribution n’est pas une valeur en soi, mais un moyen de maintenir la confiance et de réduire à son minimum la différence perçue entre les marques qu’elle vend et les marques des boutiques spécialisées haut de gamme (c’est la raison pour laquelle les produits de marque de distributeurs sont parfois d’une qualité et surtout d’un rapport qualité/prix étonnant)

L’épicerie fine elle a pour objet de vendre cher à une clientèle ciblée. Il lui est difficile de générer des flux importants donc elle doit optimiser la sensation de valorisation et de niveau qualitatif pour qu’en gros le « vendre plus cher » compense le « vendre moins »

Les relations entre les deux ?
La grande distribution utilise parfois l’image valorisante de l’épicerie fine. On peut voir des rayons de marques très haut de gamme dans un Carrefour et les grandes surfaces ne sont pas, loin de là les vendeuses des plus mauvais vins.
Mais ce recours à l’épicerie fine fait partie des actions de promotion et de réduction de l’écart ressenti entre la qualité de l’enseigne et celle des marques haut de gamme.

L’épicerie fine recourt parfois à des promos (il faut bien vivre)

Mais les deux ont des existences totalement distinctes et des publics globalement distincts (même si certains Monoprix de par leurs emplacements peuvent avoir des clientèles assez haut de gamme).

Le web et le journalisme c’est pareil. J’entends par « le web » la partie du web qui gagne des sous. Pour lui le « contenu » est un matériau assez générique, du logiciel à télécharger c’est du contenu, des annonces produits c’est du contenu, etc….

Le web qui marche gère des flux importants, doit générer une sensation de service utile, dans ce contexte la qualité des écrits qu’il publie est une valeur très relative (il suffit de voir la liste des 20 plus gros sites hexagonaux pour avoir une idée de ce que je veux dire).

La notion de qualité est donc très différente. Dans le premier cas c’est un outil marketing parmi d’autres et le concept de la « qualité perçue » est largement plus important que celui de la qualité intrinsèque. Dans le second, la qualité du produit est sa seule justification, ce qui implique par exemple des coûts de personnels nettement plus importants (alors que le « contenu » peut s’obtenir à pas cher).

Je n’ai pas toujours pensé ce qui précède, j’ai même longtemps pensé l’inverse, mais aujourd’hui après avoir côtoyé des deux bords j’en suis convaincu.
Qu’internet soit une flèche incontournable dans le carquois d’un journal n’est pas douteux. Que le journalisme ou plus exactement la publication de journaux doivent se réinventer, n’est pas douteux, que l’équation « journalisme=écrire pour du papier » soit complètement caduque n’est pas douteux, mais confondre le web qui gagne des sous avec le journalisme est à mon avis une erreur funeste (en ce sens, le discours d’Edwy Pleynel aux gens de Libé est une aimable plaisanterie).

Ce qui est encore plus funeste est la manip qui consiste à mettre sur le dos d’Internet les problèmes actuels de la presse écrite. C’est une manip pas récente, avant si la presse allait mal c’était « à cause » d’internet, aujourd’hui s’il y a une chance qu’elle aille mieux c’est « en passant par internet » les deux raisonnements me paraissent aussi faux l’un que l’autre.

La presse écrite a des problèmes a régler auxquels internet est dans une large mesure étranger, au mieux un révélateur et en tout cas, pas une solution :

- Un problème de qualité et de concept : « pourquoi irait-on payer ce que l’on peut avoir gratuitement partout ailleurs plus vite et plus simplement ?». Version moins gentille « est-ce que faire de la télé par écrit est vraiment ce qu’on attend d’un bon journal ? » ou encore « est-ce que ça vaut le coup de payer un quotidien pour qu’il me parle de l’actualité politique française “avec AFP” ? »

- Au-delà de ça un problème de modèle économique : à une époque ou « gratuit » est juste un niveau de prix comme un autre (du point de vue du consommateur) et ou un journal est « gratuit », le modèle qui veut que la moitié des recettes viennent des ventes est-il toujours pertinent (c’est une vraie question) et si oui comment justifier ce surcoût vis-à-vis du lecteur ?

Internet n’existerait pas, les utilisateurs du métro parisien, liraient quand même 20 Minutes.
20 Minutes n’existerait pas, rien ne prouve que Libération se porterait infiniment mieux.

 

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