Je n’aime pas tellement le terme de « terroriste »

jesuisparisLe terme de terroriste me met mal à l’aise. Terroriste c’est un terme éminemment ambigu.

Pendant la seconde guerre mondiale, vus du point de vue allemand, les résistants étaient des terroristes. Plus récemment, les irlandais de l’IRA (les plus mauvais terroristes de l’histoire, ils étaient infoutus de foutre le feu à une poubelle sans faire deux ou trois morts par accident) étaient, vus du point de vue anglais, des terroristes (anglais qui se sont comportés pourtant comme des porcs avec les irlandais, et encore, dire ça, c’est désobligeant pour les porcs. Pour ceux qui ont des carences en histoire récente, la filmographie de Ken Loach par exemple, est assez pédagogique). Plus récemment, les palestiniens relèvent de la même classification.

Bref un terroriste, c’est quelqu’un qui compense son manque de moyens tactiques par une stratégie reprenant les principes de base de la pub, pour donner a ses actions un retentissement sans aucune commune mesure avec leur importance réelle.

Ce concept de démultiplication par le spectacle a été parfaitement intégré par les exactions récentes des crevards barbus, le décompte de la semaine dernière est un peu inférieur à 200 morts, en juillet 2015 360 personnes ont été tuées sur les routes de vacances en France, dans l’indifférence générale.

Le terroriste, c’est surtout quelqu’un qui utilise des moyens tout à fait contestables au service d’une cause qui ne l’est pas toujours, le tout dans un contexte ou les victimes ont bien souvent engendré leurs propres bourreaux.

C’est là que c’est ambigu, c’est pour ça qu’appliquer le terme de terroristes aux crevures qui monopolisent les écrans de télé depuis le début de l’année me gène beaucoup.

Un terroriste au sens classique n’a pas pour objectif de rayer de la carte tout ce qui n’est pas lui, il veut promouvoir, défendre, venger sa cause, même si, encore une fois, les moyens qu’il utilise sont souvent extrêmement condamnables.

Cette distinction entre cause et moyen accentue encore l’ambiguïté. Pour une partie de la génération d’ex-vieux gauchistes repentis auquel j’appartiens, si les moyens sont à rejeter sans réserve, la cause ne l’est pas toujours.. bref c’est un cercle vicieux (très vicieux) compliqué.

Ce à quoi nous avons à faire ce ne sont pas des terroristes, ce sont des fascistes, le terrorisme est juste un outil, pas une fin en soi. Le Larousse défini le fasciste par « Qui impose une autorité arbitraire, dictatoriale et violente à son entourage. (Abréviation populaire : facho.) ». D’ordinaire le fasciste est bien coiffé et porte une cravate sur sa chemise brune, là ils sont hirsutes et sans cravate (quoique) mais ça ne change rien au fond.

Je ne vois pas bien la différence entre Daesh aujourd’hui et les nazis d’hier, les nazis voulaient tuer les juifs et au-delà asservir tout ce qui n’était pas aryen au nom de Mein Kampf, Daesh veut tuer tout le monde (ils tuent surtout des arabes soit dit en passant) et asservir les autres au nom du Coran, si le décor change, le principe n’est pas si radicalement différent.

Daesh avait intelligemment (ou par accident) joué avec cette ambiguïté lors de l’attaque contre Charlie Hebdo. Je ne suis pas à titre personnel un grand fan de Charlie Hebdo qui m’a rarement fait rire, et dont je trouve l’humour pipi caca assez vulgaire. De là glisser vers « oui mais ils exagéraient » n’était pas dur, beaucoup l’ont fait, puis passer à « ils l’ont bien cherché » l’est encore moins (d’où les problèmes qu’on eu pas mal de profs lors de la minute de silence à l’époque) .

Avec la triste soirée du 13 le doute est levé.

La différence avec un terroriste est de taille, le terroriste s’analyse, se circonscrit puis éventuellement une fois la situation vaguement apaisée, s’invite à s’asseoir à une table (comme Blair l’a très intelligemment fait).
Le fasciste s’écrase comme un cloporte (pardon aux cloportes), et ce même si nous avons (nous = nos sociétés->nos dirigeants->nos politiciens->nos bulletins de vote) à minima pour partie, engendré le sus-nommé cloporte.

À la bonne vôtre..

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2 réponses sur “Je n’aime pas tellement le terme de « terroriste »”

  1. pour ma part, tout individu qui tue une autre personne au nom des idées est un criminel de guerre, qu’il soit corse, islamiste ou irlandais, basque, allemand, texan, mari jaloux…(ne rayez pas les mentions inutiles, il n’y en a pas). le fait même de semer la terreur est un acte criminel. il n’y a rien de politique ou religieux, donner la mort est un acte lâche, il montre la faiblesse des assassins. et qu’on ne parle pas d’enbrigadement, de lavage de cerveaux, les assassins n’en ont pas. « la violence n’est que le répit temporaire d’un déclin permanent »

  2. Cher Luc,
    Comme souvent je partage votre point de vue avec cette mise à distance par rapport à l’émotion qui nous étreint tous.
    Oui le mot terroriste est ambiguë, il est et a été utilisé à toutes les époques pour des causes très discutables, Nazis, Poutine, Bachar El Assad….
    Les guerres asymétriques, amènent nécessairement à ce type d’actions et ce depuis très longtemps. Mais quel terme faut-il utiliser ?
    Soldats serais leur faire trop d’honneur, tirer sur des jeunes sans armes dans un lieu de fête et les rendre responsables des actions de leurs gouvernants, c’est un acte criminel, pas un acte de guerre. Il n’est donc pas facile de les nommer autrement que terroristes.
    Mais il convient de bien faire attention à ce terme.
    Je recommande à tous, sur ce sujet, ce brillant épisode de « Répliques » sur France culture avec Regis Debray.
    http://www.franceculture.fr/emission-repliques-l-adieu-a-l-histoire-2015-11-21.

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