Sueur

BRM600 de Longjumeau

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Dernier chapître de la série, 600km, 36 heures, grosse secousse physique… je complèterai plus tard, faut que j’émerge

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Voilà c’est fait, je viens de boucler 600 bornes d’une traite, ce n’était pas simple, ça s’est même très mal passé sur la fin, mais je suis arrivé dans les temps (mais avec 10 heures de retard sur mon plan de route).
Un doigt de contexte : Le cyclisme sur longue distance consiste en gros à réaliser des trajets longs dans un temps donné avec des contrôles intermédiaires qui empêchent de tricher (même si la tricherie n’est pas trop dans l’ambiance du truc, l’objectif étant une victoire sur soi bien plus que sur les autres).
Tout le monde part à une heure donnée, dispose de X heures pour effectuer X kilomètres et doit passer donc par des contrôles (en gros un tous les 100km à peu près), chaque contrôle ayant une heure d’ouverture et une heure de fermeture. Le retard à un contrôle est éliminatoire.

L’épreuve phare de cette discipline masochiste est Paris-Brest-Paris (1200kms), mais il y en a d’autres comme Londres-Edimbourg-Londres (1400 kms prochaine épreuve 2017), la Ronde Alienor d’Aquitaine (RAA 1200 kms ) dont la première édition va avoir lieu en juillet prochain, ou la TriRhena (1000 km « seulement » mais avec un dénivelé de dingue).

L’engagement à P-B-P fonctionne avec un système de brevets qualificatifs sur 200, 300, 400 et 600 kms a réaliser l’année précédente pour une préinscription et à refaire l’année de l’épreuve pour valider l’inscription.
Le prochain PBP est en 2015 il s’agit donc d’une série de brevets pour la préinscription, ceux qui souhaitent s’aligner au départ de PBP 2015 devront refaire en 2015 les brevets 200, 300, 400 et 600.

Si on s’intéresse à la longue distance en vélo (c’est mon cas) ces brevets sont intéressants a faire parce que super pédagogiques, on y apprend plein de trucs, dans la joie parfois, dans la douleur aussi parfois.
Les gens qui font des marathons à répétitions, des triathlons LD, des longs trails, des 100 bornes en courant etc.. doivent connaitre les mêmes choses.

Sur le 200 j’ai appris à ne pas avoir peur des distances. Lorsque j’ai commencé, 100km était pour moi déjà un truc énorme, donc 200. En fait 200 km ça se fait , comme le disent en termes techniques nos amis anglo-saxons (sont-ils vraiment nos amis ..) « Fingers in the nose ».
Le 300 implique d’apprendre à gérer son alimentation. Sur des efforts aussi longs il est fondamental de recharger les réservoirs au fur et à mesure qu’on les vide sous peine de voir débouler une hypoglycémie de compèt, ce qui dans le jargon cycliste s’appelle une « fringale » et qui est un truc tout à fait spectaculaire : d’un seul coup le corps s’arrête, comme une bagnole réservoir vide.
Le 400 apprend à gérer la nuit, et surtout le sommeil au petit matin, plus diverses bricoles liées à la température (même s’il fait beau, au moment où le jour se lève vers 5/6h du matin, il se met d’un seul coup à faire un froid glacial)
Arriver au 600 implique d’avoir une machine réglée aux petits oignons et si ce n’est pas le cas, et bien ça fait très mal. C’est ce qu’il m’est arrivé.
Le plan de route que j’avais soigneusement élaboré impliquait de partir vite, de tenir le plus longtemps possible à une cadence rapide de façon à sortir de la nuit avec seulement 100/150 km a faire, ce qui me garantissait une fin relax.
La première partie du plan s’est déroulée sans encombre et j’ai avalé des 300 premiers kilomètres d’une traite à bonne allure, tout allait bien. J’étais seul, les autres membres de la joyeuse équipe du Sporting Club Bellevillois dont je suis membre ne pouvaient pas être là mais je les ai eu au téléphone plusieurs fois sur cette première partie, bref tout allait bien.. Seul pas complètement d’ailleurs, j’ai fait cette première partie en compagnie d’un jeune garçon charmant avec des très grosses couilles (c’est pas super élégant mais je ne vois pas d’autre terme) qui a fait ce 600 sur un pignon fixe et franchement, ce qu’il a fait est très costaud et hyper courageux.
Donc tout allait bien jusque-là, mais le soir arrivant j’ai commencé à avoir un problème de pied. Techniquement le sang tourne dans notre corps et le pied joue un rôle dans cette circulation en assurant un retour veineux grâce à la marche. Il y a quelque chose de mal positionné dans mes manivelles, mes pédales ou mes cales, toujours est-il que lorsque ce retour veineux n’est plus assuré le pied réagit en chauffant. C’est ce qui s’est passé, et au fil des kilomètres la douleur devient atroce. J’ai traversé la nuit en m’arrêtant tous les quarts d’heure pour marcher pieds nus sur le goudron froid, une horreur. J’aurais sans doute dû m’arrêter totalement, dormir un peu, laisser reposer le tout et repartir au petit matin, mais j’ai continué de peur de rater mes contrôles et j’ai fini les dents serrées avec 10heures de retard sur mon plan de marche (mais dans les temps au final). Je suis d’ailleurs arrivé jusqu’au bout grâce à un type en vélo couché qui, surpris de me voir marcher à côté de son mon vélo dans les derniers kilomètres, m’a littéralement accompagné jusqu’au bout. C’est un des côtés ultra sympa de ces épreuves de dingues, il n’y a pas de rivalité, tout le monde en bave et l’ambiance/entraide est formidable.
Si je suis arrivé physiquement en miettes, le bon côté c’est que sur un plan cardiaque tout ronronne à merveille, d’ailleurs mon cœur qui est censé être mon point faible est d’assez loin celui qui s’accommode le mieux de ce type d’effort.

Brevet Cyclomontagnard des Vosges


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6 thoughts on “BRM600 de Longjumeau

    • Une énorme à l’arrivée (la bière après c’est top) plus un petit blanc qui traînait dans le frigo en arrivant à la maison :)

  1. Hum, 600 d’une traite… Chapeau !!!
    Que ça t’ai un peu secoué n’est pas étonnant, d’autant que ton 400 est récent, non ?
    Bonne récup.
    Emmanuel

  2. Ivan says:

    Épaté ! (faut dire qu’avec mes 35 min de vélo par jour ne dépassant pas 10 bornes de mon parcours maisonboulot…). Je te suis depuis un petit moment déjà (datant de ton ancien blog) et tu racontes toujours ça avec une humanité qui force le respect et une chaleur communicative. Merci.

  3. julius says:

    Ancien cycliste qui a arrêté suite à un infarctus je lis ton blog avec plaisir (aussi bien l’aspect vélo que photo). Depuis que je suis sous traitement classique (paraît-il) pour ceux qui ont eu ce problème je ne peux plus faire de vélo ni non plus de course à pied (plus aucun souffle). Je pense que le problème est dû aux béta-bloquants.
    La question que je me pose aussi : est-il normal de refiler des médicaments contre le cholestérol à un type qui n’a jamais eu de problème de cholestérol !
    Existe-t-il des cardiologues intelligents qui considère le patient et non uniquement la pathologie ?

  4. Bonjour,
    J’ai une valve artificielle, je ne sais pas si c’est dans la même catégorie qu’un infarctus parce que en fait mon problème est mécanique (une pièce a lâché et on me l’a changée pour le reste mon cœur fonctionne normalement).
    En gros mon expérience personnelle c’est qu’on peut faire des choses, en dépit des recommandations de prudence, sous réserve de les faire progressivement et de s’y préparer.

    A titre personnel, je ne fréquente plus les cardiologues classiques qui ont des cabinets déprimants ou ne croise que des malades et qui me considéraient comme un malade ce que je ne supporte pas.

    Ma vie à changé lorsque je suis tombé sur l’institut Cœur Effort Santé (http://www.ices75.fr/ il existe peut-être des équivalents en province) qui en gros est un groupement de cardiologues du sport qui font les révisions des sportifs. Du coup le gars en face te parle comme à un type normal et pas comme à un malade et ça , ça change tout.
    Je devrais y aller tous les ans, j’y vais tous les deux ans à peu près (ce qui est mal) et c’est le cardiologue de l’ICES qui me fait les certifs médicaux pour les licences sportives.

    Mon expérience personnelle (et qui peut-être ne vaut que pour moi) c’est que même rafistolé et pas jeune (j’ai 54 ans) un cœur peut parfaitement soutenir des efforts conséquents. En temps normal (pas tout le temps) ma journée type c’est 10km de footing aux Buttes Chaumont (à côté de chez moi, ça grimpe beaucoup) a un rythme tranquille puis 11 km à vélo pour aller bosser, parfois un poil de gym a midi et re 12 km à vélo pour rentrer plus mes sorties dominicales avec mon club. Pour l’instant j’ai parfois des problèmes cuisses, mais jamais de cœur.

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