Specialized se prend un pavé dans les dents sur fond de sauce taiwanaise pour une sombre histoire de chti

Soyons clairs, ce qui suit n’intéressera que ceux qui s’intéressent au monde du vélo…
Vous êtes prévenu(e)
C’est sur ?
Ok on y va…
Il y a trois géants de la fabrication de vélos, tous trois taiwanais, Giant, Merida et Ideal Corp (classés par ordre d’importance). Si la provenance de votre vélo vous intéresse vous pouvez lire ça
.
Specialized est une marque de vélo d’origine américaine fondée en Californie en 1974 par Mike Sinyard et aujourd’hui propriété du second de la liste, l’industriel taiwanais Merida.
Dans la légende des courses sur route, les pavés du nord tiennent une place qui confine au culte. Paris Roubaix est un véritable mythe surtout pour les fabricants, parce que dans cette course surnommée l’enfer du Nord ou les pavés s’échinent à détruire cadres, roues et pneus, le gagnant en tire un prestige incontestable.
spe_roubaix1
Specialized possède à son catalogue une gamme complète de modèles baptisés Roubaix en référence à cette course dont plusieurs vainqueurs ont déjà franchi la ligne d’arrivée chevauchant un Specialized.
Jusque là rien que de très banal voire même mieux, il est quasi émouvant de voir un constructeur américano-taïwanais baptiser un de ses vélos en référence à la petite ville du Nord.
Comme on est un peu paranoïaque chez Specialized, la firme a enregistré le nom de Roubaix auprès du Canadian Intellectual Property Office, en 2007
Tout allait bien sur le meilleur des pavés jusqu’à ce que Specialized s’aperçoive qu’un artisan canadien (il est d’Alberta), fabriquant de roues de compétition avait eu l’outrecuidance de baptiser son échoppe « Café Roubaix ».

cafe_roubais
L’affaire fut promptement menée, séance tenante Specialized détache un bataillon d’avocats californiens pour pourfendre l’impudent canadien et lui interdire par tous les recours légaux l’utilisation du nom de la petite ville du Nord.

A ce niveau l’histoire est déjà ridicule, mais il y a mieux encore.

Specialized appartient donc au deuxième (en taille) constructeur mondial. Il se trouve que la marque Fuji (il n’y a pas que des appareils photo a porter ce nom il y a aussi des vélos) qui appartient au troisième constructeur mondial tout aussi taïwanais (Ideal Corp) et est distribuée par ASI (Advanced Sports International) possède dans sa gamme un modèle baptisé Roubaix, pour lequel ASI possède de fait les droits au Canada puisqu’il y utilise le nom de Roubaix depuis plus de 10 ans (1992) soit depuis plus longtemps que le dépôt de Specialized.
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Flairant le bon coup, ASI s’est empressé de faire savoir qu’en tant que possesseur de la marque Roubaix il ne voyait aucun inconvénient à ce que la petite boutique canadienne utilise le nom de la ville française et de s’étonner de l’attitude belliqueuse de Specialized a propos d’une marque sur laquelle elle n’a pas les droits.

Nous avons là tous les ingrédients d’une bonne bataille juridique interminable sur fond d’enjeu commercial dont les américains raffolent (remember battling Apple vs Ragging Microsoft ou plus récemement Apple vs Samsung) sauf que nous sommes en 2014, les réseaux sociaux tout ça…

Sentant arriver une de ces vagues de « bad buzz » du genre de celle dont on ressort bien abimé (pensez donc un artisan canadien agressé par un mastodonte américano-asiatique ça commençait a bruisser velu dans les réseaux de fanas de la pédale), Specialized vient de faire machine arrière dépêchant son boss (Mike Sinyard himself il est à gauche sur la photo) se faire filmer dans la boutique Café Roubaix à côté du tenancier un peu géné.
Mike_Sinyard

Ce que l’histoire ne dit pas , c’est si pour se venger Specialized ne va pas faire un procès à la ville de Roubaix qui a l’indécence de porter le nom d’une de ses gammes de vélos, comme le propose un article satirique d’un site en ligne de Portland

Aller plus loin

Bike Radar
Road.cc
Bicycle Retailer
La page FaceBook de la boutique Café Roubaix
VeloNews (article très complet)

Une réflexion au sujet de « Specialized se prend un pavé dans les dents sur fond de sauce taiwanaise pour une sombre histoire de chti »

  1. Salut Luc
    j’aimerais en savoir un peu plus sur cette histoire qui n’a absolument pas été ébruitée en france…

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