Micro plaidoyer pour une indignation durable

Ce qui caractérise la publication sur les réseaux sociaux (et les médias électroniques, y compris issus de médias papier qui les singent), c’est une invitation perpétuelle à une indignation instantanée (on va dire « instant indignation » , on parle de web et donc l’anglais est plus swagg).
Cette réflexion m’est inspirée par un échange sur un réseau social justement (Facebook en l’espèce) au sujet de l’affaire dite « du bijoutier niçois » affaire à propos de laquelle il est de bon ton de s’indigner (indignation pour ou indignation contre ).

Cette invitation perpétuelle à l’indignation me fatigue. Aujourd’hui tout le monde est scandalisé (ou réjoui) par le sort de ce bijoutier, demain les mêmes seront scandalisés (ou réjouis) à propos de la petite phrase du dernier politicien en vogue et après demain tout ce petit monde s’ébaudira (ou se scandalisera) devant le dernier « fail » de Microsoft et ainsi de suite… l’indignation est devenue un sport à la mode.

Durant cet échange sur Facebook, je me suis vu reprocher (à juste titre) de ne pas prendre parti.
Le postulat de départ m’a été énoncé comme suit (et il semble que cette énonciation est juste) : « un commerçant à été menacé d’une arme, frappé, volé, il a poursuivi ses agresseurs et à tiré dans le tas, tuant l’un des deux braqueurs. Soutien ou pas (certains auraient même souhaité qu’on le félicite), telle est la question. ».

Personnellement je ne peux, pas, je ne veux pas me « prononcer » sur ce genre de situation, je me refuse avec la dernière énergie à « prendre un parti théorique » (théorique parce que mes déclarations ne m’engageraient à rien, si j’étais juge ou juré il en serait bien évidement tout autrement) sur ce genre de situation, qui pour moi relève de l’éternel débat sur la peine de mort.

Je suis contre la peine de mort, pour des raisons simples : la peine de mort consiste à penser qu’il existe des situations ou tuer l’autre est acceptable.. ce qui est exactement le raisonnement que s’est tenu l’assassin. La peine de mort est donc à froid, quelque chose de parfaitement idiot.Je suis contre la peine de mort.
En revanche touche à un cheveu de mes proches et je te tuerai sans me poser de question.

Je trouve totalement disproportionné de tuer quelqu’un au simple titre qu’il s’est barré avec un bien, aucun bien ne vaut une vie humaine.
En revanche, menace moi avec une arme, frappe moi, vole moi, si j’ai la possibilité de te tuer il n’est pas du tout exclu que je le fasse.

C’est ça pour moi cette « instant indignation » qui me gonfle tant. Zéro réflexion, zéro recul, juste une réaction pavlovienne à un stimuli (et ce des deux côtés, tant de celui de ceux qui sont pour que de celui de ceux qui sont contre)

Je pense que nous gagnerions (moi inclus) à nous indigner moins mais mieux, de façon plus durable, avec plus d’engagement et de cesser de sur-réagir de façon épidermique et nivellante au déversement secondien (quel est l’équivalent à la seconde de « quotidien  » ?) d’informations sur lesquelles on nous propose d’avoir un avis avant même d’avoir eu le temps de réfléchir, en lieu et place même de ce temps de la réflexion.
Par dessus tout nous gagnerions à (ré)apprendre à dire « je ne sais pas, il faut que je réfléchisse » même si cela heurte, bouscule un peu le temps des réseaux sociaux qui n’est pas celui de l’humain qui pense mais celui de l’humain qui consomme. L’achat d’impulsion pourquoi pas, l’indignation d’impulsion en revanche…

A lire également sur ce thème Le voleur et le bijoutier, fable d’une République qui perd pied

6 réflexions au sujet de « Micro plaidoyer pour une indignation durable »

  1. mais il n’y a pas à avoir indignation, contestation, reflexion, prise de position. il y a simplement la démocratie: vous allez voter pour des députés qui vont voter des lois que l’appareil judiciaire et policier est chargé d’appliquer et de faire respecter. en allant voter, vous acceptez de plein fait votre député, les lois qu’il a voté et l’application qui en découle. donc toute contestation facebookienne ou autre est anti-démocratique par essence même. nous n’avons pas à prendre position, à excuser, à condamner. c’est le rôle de la justice. votre seul droit, c’est de fermer sa gueule, en attendant d’autres élections ou vous irez manifester votre mécontentement…ou votre satisfaction. (ce commentaire ne s’adresse pas à toi, Luc, bien sur). sinon, il faut accepter que Facebook fait force de loi, que l’opinion publique est la seule détentrice de la justice, et qu’il faut pardonner à la carotte qui a tué le lapin qui a tué le chasseur.

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  2. Il faut parler d’instadignation. Ça fait de la page vue, c’est pour ça que ça existe. Et ça donne aussi une occasion une donneur de leçon d’exister.
    Signé : Un donneur de leçons aux donneurs de leçons.

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  3. hello,
    justement, j’ai lu hier soir une petite nouvelle de K. Dick, « Là où il y a de l’hygiène », et ça m’a bien fait marrer. Le thème est le droit à la neutralité, entre deux partis « politiques » sur un thème léger (l’hygiène, le droit d’avoir des odeurs corporelles). Et le jusqu’au boutisme associé… Le personnage central est un gars qui ne se reconnait, ni dans l’un, ni dans l’autre des deux partis. Il doit consulter un psy (d’état) qui le considère comme anormal.
    Il y a une scène sympa au début, où on lui brandit une pétition sous le nez, et qui me fait penser à cette histoire de facebook…

    et si vous alliez consulter ?

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