Premier contact avec un vélo hollandais

Depuis l’année dernière mon bureau a déménagé de Saint-Denis à Gennevilliers et j’ai déménagé de La Celle Saint Cloud aux hauts de Belleville dans le 20ème parisien.
Résultats des courses, alors que précédemment j’avais 2x20km de trajet majoritairement sur route ou en ligne droite (quais de la Seine ou Bois de Boulogne par exemple) avec relativement peu de ville, désormais tout le trajet est urbain.

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Du coup j’ai remisé mon fidèle Cyfac, un vélo de route formidable made in France (vi vi Arnaud M.) peu adapté à un usage stricto sensu urbain pour le remplacer par une monture plus adaptée. Comme j’ai déjà roulé sur un vélo pliant (un petit Dahon très chouette), sur un vélo hybride (un mix de vtt pour la position et le guidon plat et de vélo de route pour les pneu étroits) histoire de changer j’ai opté pour un gigantesque vélo batave hyper calme. Il s’agit d’un Gazelle Davos acquis a vil prix, pas tout jeune mais en état nickel.

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Passer d’un vélo de route à un vélo hollandais est une expérience étonnante.
La première surprise vient de la tenue de route.
Le Cyfac est un rail en ligne droite, capable de réagir  au moindre mouvement du corps.
Le Gazelle a un empattement plus court (je n’ai pas mesuré c’est juste une impression peut-être due à la différence de hauteur), un centre de gravité plus haut (il est beaucoup plus grand et se conduit assis le dos droit) et la tenue de cap est franchement plus louvoyante. Il va bien, très bien, mais rien à voir avec un vélo de route.
Vient ensuite le comportement dynamique qui est dans le cas du Gazelle, une conséquence directe du poids. l’engin pèse le poids d’un porte avions russe (j’exagère un peu) et les démarrages sont du genre.. automobile.
Rien à voir avec le Cyfac qui jailli au premier coup de jarret et n’a comme limite en matière d’accélération que les cuisses du gars qui est dessus. Le Gazelle démarre comme il roule, à un train de sénateur. Au début ça demande un peu d’habitude. L’aspect pneumatique ne vient pas arranger le tableau. Sur le Cyfac j’utilise des Michelin Krylion Carbon en 23 mm qui ont le double avantage d’être relativement rapides et surtout quasi increvables et franchement inusables. Le Gazelle est équipé d’énormes Schwalbe Marathon, indestructibles (ce sont les pneus utilisés sur les vélos en libre service) et qui pèsent chacun un âne mort (un gros âne mort) a tel point qu’on pourrait les croire soudés au bitume. Coté inertie c’est un poème au démarrage.
Pour couronner le tout la position assise dos droit donne à l’ensemble cycliste-vélo un aérodynamisme approchant celui d’une armoire normande.
Cet aspect un rien pachydermique est compensé par la position et le grand guidon qui font du Gazelle un vélo très maniable en ville, et surtout par l’excellente boite de vitesses Nexus 7 dont il est équipé. Avantage cohérent avec sa vocation d’utilitaire urbain, il est totalement insensible à la charge. Le porte-bagage est d’une résistance étonnante et le fait de le charger comme une mule ne change pas grand chose à ses performances (démarrage mis à part).
Contrairement aux dérailleurs, les boites de vitesses permettent un changement à l’arrêt, grâce à quoi les démarrages, en côte surtout, ne sont pas trop périlleux. Le Nexus est très loin d’avoir la précision et la rapidité de l’Ultégra qui équipe le Cyfac (un Ultégra bien réglé se manipule du bout des doigts avec un changement de rapport quasi instantané) mais il permet au Gazelle de se tirer très honnêtement de la grande majorité des situations, voire de grimper des cotes assez ambitieuses en dépit d’un engin avec lequel la danseuse est à peu près proscrite. Pour les parisiens, il n’est pas envisageable (disons que je n’y suis pas arrivé) de grimper la totalité de la rue de Menilmontant, mais la plus longue et donc un peu moins pentue montée rue Secretan/Simon Bolivar/ des Pyrénnées se grimpe sans trop de difficulté sur le premier rapport (les deux options aboutissent au même endroit, tout en haut de Belleville).
Le freinage du Gazelle est confié à deux freins à tambours, cohérents avec les performances de l’engin … en clair dès qu’on va un peu vite il n’est pas forcément bête d’anticiper un brin, en revanche la qualité du freinage est assez linéaire qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, ce qui est assez rassurant.

Autre truc auquel je m’accoutume lentement : la gestion des pédales. Jusque là j’ai toujours roulé avec des pédales automatiques, SPD tout d’abord puis Look Keo.
Avec des pédales automatiques, la chaussure est solidaire de la pédale (on libère le pied d’une petite rotation). Le gros avantage c’est qu’il n’y a aucun risque de dérapage et surtout qu’à l’arrêt pour positionner bien la pédale.. il suffit de mettre le pied en position (en clair on lève le pied, la pédale suit).
Le Gazelle a des pédales classiques, cohérentes avec sa destination urbaine et, l’habitude viendra peut être, mais je me suis déjà fait surprendre au feu rouge à galérer pour placer à toute vitesse la pédale en position d’appui. J’ai failli dans ma quête d’exotisme batave opter pour un modèle avec freins à rétropédalage, je pense que j’ai eu une salvatrice inspiration en me contentant d’un modèle normal

Si sur le plan de l’efficacité il n’y a pas vraiment photo, en terme d’agrément pour un trajet urbain, le Gazelle est plutôt bien. Traverser la ville assis, le dos droit dans une position très relax est particulièrement plaisant.
Comparé à un vélo de route, la sensation est totalement inverse. Le Cyfac (comme tout bon vélo de route) est une extension des jambes et des bras, ces engins se pilotent et demandent une attention soutenue avec en contrepartie des performances étonnantes (même sans EPO). Ca freine fort, ça accélère vite et ça change de cap instantanément.
On s’assied sur le Gazelle qui vous conduit peinard a travers la ville, demande un peu d’anticipation au freinage, un peu  d’optimisme ou de décontraction à la relance, mais en revanche est extrêmement maniable.

J’ignore en revanche (la suite le dira) quel est l’impact de ce mode d’utilisation beaucoup plus relax et distancié sur la sécurité. Je n’ai eu aucun problème sérieux (en fait un seul avec un scooter déboulant dans une piste cycable..) après plusieurs milliers de kilomètres de velotaf avec le Cyfac, y compris sur la neige ou la glace. Le pilotage de ce type de vélo implique de rester concentré et donc même si on est jamais à l’abri d’une mauvaise surprise, les risques sont paradoxalement assez faibles. Je crains que le grand hollandais et sa conduite pépère ne m’expose plus à une faute inattention. Croisons les doigts

 

5 réponses sur “Premier contact avec un vélo hollandais”

  1. Intéressant. C’est plus un changement de philosophie que de vélo finalement….
    Tu n’avais pas un autre vélo allemand, (?) intermédiaire entre ta formule 1 et ton tank hollandais ?

    Le compromis n’est pas simple à trouver entre confort, rendement, protection…

    1. Clairement oui
      Le vélo de route c’est ludique même si tu n’es pas un vrai sportif (mon cas). Je m’amusais à grater les bus entre deux feux rouges sur les quais de Seine comme un gamin ou à m’arsouiller avec les autres vélotaffeurs en grimpant le boulevard Henri Sellier à Suresnes. Le vélo de ville batave c’est l’extrême inverse, clairement la perf c’est pas fait pour et d’ailleurs avec cette position c’est vraiment pas rigolo d’essayer d’aller vite. En revanche on se propulse peinard dans un confort assez royal. Les côtes qui peuvent être très fun (masochistement fun certes) avec un vélo de route, sont assez fastidieuses avec un hollandais.

      J’ai effectivement un vélo hybride germain qui est actuellement dans ma cave, c’est un style de vélo qui est pas mal pour prendre ses marques, mais une fois qu’on commence à être à l’aise, pour avoir un truc rapide le vélo de route c’est franchement autre chose.

      Ma hiérarchie perso ce serait le vélo de route pour le fun et se pêter les cuisses le week end, le vélo de ville (et en ce sens le Hollandais est plutôt bien) pour la circulation tranquille, et pour les usages combinés un pliant c’est pas mal. J’ai refilé mon petit Dahon, mais si j’en retrouve un (ou mieux, un Brompton a bas prix) je repiquerais au truc, c’st cool a avoir.

      La protection c’est une autre affaire que je sens compliquée. Avec le Cyfac j’allais bosser en cuissard et maillot de vélo, je me changeais en arrivant au boulot, donc au fond qu’il pleuve ce n’était pas grave, j’arrivais mouillé et comme je me changeais.. bof. Là avec le Gazelle je circule en habits de ville, c’est pratique, sauf que lorsque la saison des pluie va revenir, ça va sans doute être plus compliqué.

      Le truc que je ne connais pas c’est le VTT j’en ai jamais fait…

  2. la protection c’est effectivement assez personnel…
    pour moi s’il pleut ou si c’est détrempé, je prends la moto. Sinon j’ai un petit garde boue.
    Après il y a la question de la transpiration, de la possibilité de se changer / doucher.
    je ne fais qu’un petit trajet, donc toujours en habit de ville, juste pour tourner les jambes à l’aller ; parfois un peu plus vite au retour 😉
    je pense que je vais changer mon vieux vtt recyclé en vélotat, par un route btwin avec des pneus pas trop fins et des garde boue (merci à décath d’avoir laissé des oeillet devant et derrière sur les nouveaux triban 😉

  3. Hello,

    Le rétropédalage, une fois bien pris en main, ou plutôt en pied, est un bonheur incomparable tant par la qualité du freinage et son silence que par la fluidité du geste et la liberté de mouvement laissée aux bras et aux mains (accessoirement en cas d’urgence on tient mieux son guidon lorsque l’on freine avec les jambes). Essaye à l’occasion, je ne serais pas surpris que tu y prennes goût.

    Mon Batavus pèse 20kg mais je l’aime beaucoup!

  4. Très bon choix à mon avis, même dans une ville avec des côtes (raisonnables), gravir les côtes lentement et debout face au vent est une habitude batave 🙂

    Un autre avantage que je n’ai pas lu et que je liste sur mon blog http://meinamsterdam.nl/plein-de-velos-hollandais est le carter qui enferme la chaine. Avec ça, pas besoin de pince à vélo ou de pédaler en cuissard. La chaine et les bas de pantalons sont protégés.

    Cinq ans que j’ai adopté un hollandais http://drooderfiets.tumblr.com/ et cinq ans que je le recommande…

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