Match poids lourds : Dan Brown vs Stephen King

Je me suis mis en tête de lire les deux gros pavés de l’été 22/11/63 de Stephen King et Inferno de Dan Brown. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être est-ce à force de voir des affiches dans le métro.. sais pas.. quoiqu’il en soit, voici le résultats de ces deux poids lourds (au sens littéral, 22/11/63 fait 930 pages et Inferno 565 pages).

22/11/63 de Stephen King
22_11_63
Il y a plusieurs façons d’aborder ce livre.
Si on est jeune, si l’Amérique c’est le pays de Bush, de Coca Cola et la malbouffe, des rappeurs en anorak se dandinant de façon simiesque autour de pin up en slip, alors 22/11/63 s’avérera profondément ennuyeux.
Si on est moins jeune, que 22/11/63 ça évoque surtout 6 ans avant Woodstock, qu’on a été fasciné par cette Amérique brutale, violente pleine de promesses et qui s’esquissait comme un incroyable espace de liberté, si on a eu envie de caresser les ailerons sans fin des Chrysler, si on a dévoré gamin John Fante, Chester Himes, Sam Sheppard et autres, alors 22/11/63 est gentiment jouissif.

Le pitch officiel, une histoire de voyage dans le temps pour empêcher Lee Harvey Oswald de tuer Kennedy n’a aucune importance, aucun intérêt et à vrai dire sert juste de fil rouge à ce road book (comme on dit un road movie) qui est principalement une balade dans l’Amérique de la fin des années 50. Une balade ultra documentée, pleine d’images, de souvenirs, de remarques bien vues etc
L’idée de génie de King est d’avoir fait faire cette balade à un type de 2011 et donc porter un regard d’aujourd’hui sur cette Amérique fantasmatique. C’est très réussi, le bouquin est énorme mais je l’ai dévoré. Le seul point facultatif est le dernier chapitre ou King s’est brutalement souvenu qu’au départ il avait vendu une histoire autour de Lee Harvey Oswald et donc s’est senti obligé d’en coller une tartine.

J’ai tout trouvé bien dans ce bouquin, jusqu’au rythme de la balade qui n’est ni trop lente (on s’ennuierait) ni trop rapide (ça donnerait envie de sauter des pages tellement il y en a)

2013-03-19 22.37.3422/11/63 n’est pas un grand livre (c’est en revanche un gros livre), Stephen King n’est pas un grand auteur, c’est juste un truc bien, bien écrit, bien raconté qui fait naitre des cascades d’images et passer un super bon moment.

22/11/63 c’est comme un excellent plat traditionnel dans un bon petit restau de route de campagne, c’est pas de la grande cuisine, le décor frise le ridicule, la toile cirée qui sert de nappe en a vu d’autres etc.. mais p..n c’est super bon.

Inferno de Dan Brown
inferno
Dan Brown est une machine américaine a générer du cash, un sorte de sous-Chrichton qui comme le sus-cité écrit des bouquins prémâchés pour être adaptés au cinoche. Il a vendu des palettes de Da Vinci Code (un pas mauvais bouquin de plage) qu’il a décliné a merci (Anges et Démons..), et pour cet été il a décidé de pousser le bouchon un cran plus loin avec Inferno.

Inferno est un objet (plus qu’un livre) tout à fait unique, étonnant, surprenant, quelque chose d’unique, de jamais vu, jamais lu et qui devrait logiquement faire un tabac (vu la machine marketing mise en place l’inverse serait étonnant)
Ceci étant, résumer Inferno à une opération marketing, serait injuste. C’est à ma (modeste) connaissance la première fois qu’un auteur, fut-il américain tente de mélanger des extraits soporiphiques du Guide du Routard avec une aventure digne d’un bouquin de  la Bibliothèque Rose (une sorte de mauvais épisode un peu gnangnan du club des Cinq ).

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, l’éditeur de Dan Brown a eu recourt à une traduction dont la qualité, la finesse (que dis-je la subtilité) laisse sans voix (si ce n’est la petite voix intérieure qui répète en boucle « t’es sur de vouloir terminer cette bouse ? Vraiment ? t’as rien de mieux à lire ? ». Je ne sais pas si le traducteur a lu le livre (la question reste posée) ou s’il a perdu un pari, mais des kilomètres de description de ville à l’imparfait ça je n’avais jamais lu.

Bref Inferno est extrêmement original, il s’adresse prioritairement à ceux qui envisageaient de partir en vacances à Venise ou à Istambul, sont très intéressés par les monuments historiques, en emportant dans leur valise un Guide du Routard et un Barbara Cartland.
Comme pour tout objet « tout en un », on y perd un peu, forcément. Inferno contient moins d’info que son modèle (le Guide du Routard) sans compter qu’il est beaucoup plus lourd (dans cette catégorie de poids y a bien les Lonely Planet mais là côté infos c’est autre chose) et un chouilla moins de suspense que dans un Barbara Cartland.

Mais bon, si on est pas trop exigeant (voire ultra laxiste) sur la qualité, les deux en un seul bouquin, ça peut se jouer.

Alors elle pleura.
Pour sa vie qui lui échappait.
Pour son mentor qui était mort sous ses yeux.
Pour cette solitude qui hantait son cœur.
Mais surtout, elle pleura pour son avenir, qui soudain lui paraissait si noir.

Je ne sais pas pourquoi Dan Brown n’a pas publié chez Harlequin au fond…

Il n’y a au fond qu’une seule chose à déplorer avec Inferno, c’est qu’on ait flingué des arbres pour « ça ». Faut quand même pas déconner, si vous devez l’acheter..z’êtes sur ? enfin c’est vous qui voyez hein..achetez-le en version électronique, ne serait-ce que par pudeur.

Une pensée sur “Match poids lourds : Dan Brown vs Stephen King”

  1. J’suis pas d’accord avec la sortie sur King, c’est justement un grand auteur parce qu’il ne cherche juste qu’a raconter des bonnes histoires bien écrites et pas chiantes … 😉 A lire à ce sujet le TRES intéressant « Ecriture » sur ça façon de voir le job, si tu n’as pas déjà fait.

    Concernant « 22/11/63 » je suis on ne peut plus d’accord avec toi, la balade est belle, et King décrit l’Amérique des bleds et des petites villes de province comme personne, même si une trame fantastique sert de fil conducteur ce n’est souvent pas le principal attrait. Je te conseille « Dome », « Sac d’Os » ou encore « RoadMaster » dans le genre (Dome est particulièrement réussi mais c’est THE pavé).

    « 22/11/63 » est pour moi avec « Sac D’os » un de ses meilleurs livres.

    Stef

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