Le Niglo, un médiator étrange mais bien (mais étrange)

Parfois il est bon d’oeuvrer pour la justice, je suis contre la violence mais pour la justice et c’est dans ce contexte difficile que, ami lecteur,  je suggère que l’on pende Daniel Patin (avec un E aigu en .9 ça coupe mieux)

Ok tu sais pas qui c’est et t’as pas l’habitude de pendre des inconnus, mais on va y venir patience.
Avant de fignoler mon réquisitoire, faut quand même un zeste de contexte.
Le médiator pour un guitariste c’est un truc compliqué, anti-naturel au possible pour lequel il existe plein d’écoles différentes sur la façon de le bien tenir, sachant qu’en général, celle qu’on adopte, est rarement la bonne. En théorie c’est le poignet qui doit bouger pas le bout des doigts.

Du coup y a deux familles de médiators, les classiques, triangulaires, en plastique ou dans des matériaux plus riches, et d’épaisseur variable, et les « ergonomiques » qui essaient de travailler un peu la zone de tenue.

Le Niglo fait partie de la seconde catégorie. il est né en pied de nez à ce coquin de mauvais sort. Son créateur (le susnommé Daniel Patin) a eu un jour, un problème qui lui a invalidé l’index droit. Problème Daniel Patin est guitariste, ingénieux et entêté. Renoncer à son instrument au simple fait qu’il avait désormais du mal à tenir un médiator classique.. non. Du coup après avoir tout essayé, il a décidé de se fabriquer lui-même un médiator ergonomique qui limiterait les acrobaties du doigt et lui permettrait de reprendre son instrument.

Comme le résultat était pas mal, il a crée une word compagnie de nature a rétablir la balance commerciale de l’hexagone et le Niglo était né.
Pour les détails de la genèse du truc, La chaîne Guitare a une interview pas mal de l’intéressé.

Mais bon revenons-en au (for)fait.

Comme je l’ai écrit dans unen note précédente, je me suis remis à  la guitare après des années (ok des décennies) de vacances, et c’est reparti et cette fois avec le sérieux d’un vieux type qui veut rattraper le temps perdu (genre deux trois heures le soir etc..)

Tout ça fait travailler beaucoup la main gauche et je commence à avoir des bouts de doigts de karateka, ce qui est bon signe (me dis-je).
Côté main droite en revanche c’est un peu la fête du slip, je ne m’en suis jamais vraiment occupé.

Je suis (du verbe suivre) le prévenu Patin depuis des lustres et je m’étais dit qu’un jour il faudrait que j’essaie une de ses créations, ce qui est désormais chose faite avec un N°1.

La particularité du Niglo est d’être en métal (en bronze ou en argent, bronze donc pour le mien).
L’objet est magnifique. Fabriqué artisanalement par un bijoutier/fondeur ami du créateur c’est vraiment un joli petit objet. Il est accompagné d’une petite cordelette pour l’utiliser comme pendentif, le trip pendentif ne m’excite pas plus que ça, mais je comprends qu’on puisse l’utiliser comme tel.
C’est cher (un peu plus d’un billet de 10), mais pas tant que ça comparativement à un médiator industriel en plastique.

L’ergonomie est parfaite (c’est en ça que l’accusé est vicieux mesdames et messieurs) tenir un Niglo c’est un peu comme lire « je tiens bien mon médiator de façon académique pour les nuls ».

Fini le trip « à la bonne franquette », terminé le « je tiens mon médiator comme un stylo » etc etc… le Niglo c’est un peu comme une vieille prof de solfège (ma mère était pianiste) qui vous file un coup de règle sur les doigts à la première fausse note.
En résumé la main est fixe c’est le poignet qui travaille (alors que naturellement j’ai le poignet fixe et je manipule le bidule du bout des doigts).

Il existe plusieurs versions et plusieurs matériaux en fonction du son recherché. Pour ma part j’aurais aimé que le médiator dépasse un petit peu plus, le N°1 place la main un peu près des cordes à mon goût (mais bon, je suis assez loin d’être un spécialiste et c’est probablement ma position qui est mauvaise).

Le son est bien en électrique sous les réserves suscitées : la tenue doit être rigoureusement académiquement parfaite, il y a très peu de latitude angulaire pour l’attaque des cordes, d’autant qu’on ne peut pas ajuster l’angle d’attaque puisque les doigts sont fixes, encastrés dans le médiator. Si c’est bien le cas,  contrairement à ce que je craignais, y a pas d’effet « métallique », ça sonne fort, mais bien, plutôt agréable, presque un chouilla gras, bref bien.

En acoustique en revanche (j’ai une grosse archtop très utilisable pour faire le soir quelques gammes sans la brancher avec un son pas ridicule du tout) là ça se gâte un peu. Le son est mêlé à un petit chuintement un rien étrange et pas très acoustique (le frottement du bronze du médiator sur les cordes). Mais rien de grave.

Ce qui est grave en revanche (nous en venons à la proposition de pendaison) c’est qu’il me paraît désormais clair qu’il va falloir que je travaille AUSSI ma main droite, que sans doute le Niglo est le bon outil pour ça et donc, que la somme de boulot que je voyais se dessiner vient de doubler.

Pour ces raisons, je suggère mesdames et messieurs les jurés que l’on pende Daniel Patin (avec un E aigu en .9 ça coupe mieux)

Plus tard : l’affaire prend de l’ampleur..

8 réflexions au sujet de « Le Niglo, un médiator étrange mais bien (mais étrange) »

  1. Excellent je retrouve la verve caractéristique de tes billets (ancien de la liste Mac et Guitare). J’ai un Nigloo argent depuis presque un an et c’est dur de s’en passé et c’est là que la cordelette a toute son utilité, ficelé dans la malette avec les cables

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  2. p… je me régale à chaque fois !!!

    bon, bé c’est pas pour moi ce truc… vu ma tenue d’un médiator en plastique, autant filer l’objet à la Vénus de Milo pour un riff endiablé…
    Je vais gardé mes doigts plutôt…

    Vivement un autre billet !!!

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