Petite perle matinale

Il y a parfois des petites choses qui donnent le sourire le matin, la chronique de Philippe Meyer, aujourd’hui sur France Culture en fait partie. Elles sont souvent intéressantes, les chroniques de Meyer, mais celle de ce matin est une véritable perle, au-delà même de la boutade, qui donne à réfléchir sur ce qu’est devenu le fait de communiquer (et l’environnement afférent).

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10 pensées sur “Petite perle matinale”

  1. Et bien je ne suis pas entièrement d’accord ! Si le talent de Meyer reste totalement indiscutable, son développement sur cette affiche jaune ne me convainc pas : j’ai trouvé pour ma part que c’était astucieux, que la campagne s’adressait à différentes cibles qui ne réagiraient pas de la même manière : j’ai parlé de cette campagne à mes étudiants (dont 2 Bretons ;-), c’est bien l’affiche Kill Bees qui les avait marqués et ils avaient bien compris le message derrière me graphisme.

  2. @Fabienne
    Je ne crois pas que nous soyons en désaccord, paradoxalement.
    Tu résume bien le point d’abstraction où nous en sommes parvenus et c’est pour ça que je trouve tant le discours sous-jacent, que l’exemple de Meyer très pertinents.

    Ce dont on parle, ce dont on a parlé (il y a un débat juridique ) et ce qui restera de cette campagne c’est l’affiche. Pas les abeilles, pas les pesticides, l’affiche.

    Pire encore, si on raconte « les pesticides tuent les abeilles » ça emmerde tout le monde, pour que ce tout le monde écoute il faut lui montrer une jolie affiche qui constitue le sujet en elle-même, les abeilles n’étant qu’un prétexte tout à fait adjacent.

    Nous sommes désormais non plus spectateurs mais acteurs de la fameuse société du spectacle, on est dans l’émotion permanente (la politique ne fonctionne plus que comme ça) plus du tout dans la réflexion ou l’action. De la même façon que les passants vont sourire devant la référence de l’affiche, l’intérêt pour les abeilles se limitant à un « oui oui j’ai bien compris qu’il s’agissait d’abeilles, je ne suis pas idiot » tes étudiants vont pousser des cris d’effroi devant les paquets de clope tout en continuant de fumer parce que le lien entre discours, compréhension du propos et prise de décision s’est totalement délité, remplacé par l’émotion (positive ou négative) suscitée par la « communication ».

    L’engouement pour les révolutions arabes relève exactement de ce système.
    En utilisant internet (très répandu et pas du tout branchouille dans les pays pauvres où c’est souvent un des rares moyens de communication abordable pour les longues distances, tu as par exemple des cyber cafés perdus dans le Chiapas) les arabes (au sens générique) ont joué les Jourdain de la communication.
    Il est vrai que pour une fois on pouvait jouer au guérillero sans quitter son bureau et en 140 signes, c’est quand même ultra hype.

    Il est symptomatique, que sur les réseaux sociaux, journaux, sites etc.. le niveau d’importance attaché au massacre libyen n’est pas particulièrement plus élevé que l’émotion qu’avait causé la coupure de l’internet égyptien.. Cette coupure d’internet relevait d’un vrai phénomène de « communication » et à ce titre est devenu un truc « vachement crucial »
    Une fois l’effet de mode passé on s’en désintéressera pour se passionner pour un autre phénomène émouvant et bien communiqué

  3. Oui oui, sur ce point Luc je suis d’accord. L’intransivité d’ailleurs n’est pas le fait des communicants only ! Je ne parle pas pour communiquer mais juste pour parler, c’est un travers hélas fort répandu.
    Intellectuellement, son analyse sur cette intransivité est intéressante; je pense juste qu’il n’a pas choisi le bon exemple. Comme me disait un étudiant en voyant les photos gore sur les paquets de cigarette, « si t’as déjà acheté le paquet, tu vas pas le jeter en poussant des cris d’horreur »… Belle intransivité là aussi, d’une campagne qui plait aux médecins et aux non-fumeurs !

  4. @Philippe : je n’en ai jamais acheté (sourire). Mais au vu des réactions de cette classe d’âge, je crois que la campagne est trop… je ne sais quoi pour être entendue par le public visé. ON est dans un réflexe de protection de soi « c’est trop horrible, je ne veux pas y croire, donc je n’y croirais pas ». Surtout quand on a 20 ans et qu’on se croit immortel de toutes manières…

  5. @Luc: Entièrement d’accord avec toi Luc. Pour capter les lecteurs, les auditeurs et les spectateurs, l’information véhiculée par les médias devient spectacle. C’est à celui qui fera le plus de buzz. Le débat de fond devient alors superficiel.

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