Pignon fixe: The camembert fights back

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Un zeste de contexte : urban rebelzzzz

Si vous avez plus de 30 ans, n’avez pas de grosses lunettes mode, pas de barbe de 3 jours, ne travaillez pas dans une agence de pub ou à minima dans une agence Web, ne vivez pas dans le centre de Paris, êtes nul à Call of Duty et ne connaissez rien aux mangas.. alors ce qui suit va vous sembler bizarre.
Pas de panique nous allons commencer par un petit cours de rattrapage (merci qui ?).

La mode actuelle pour les catégories sus-décrites, consiste à s’acheter pour généralement fort cher un vélo à pignon fixe.
Si vous ignorez ce que c’est, j’avais fait un bref résumé il y a quelques temps ici, et un site d’ordinaire consacré à la politique, vient de dresser un tableau (caricatural, ok, mais pas faux) des propriétaires de ces machines ici.
Pour faire court, le pignon fixe c’est aussi cool (yo!) que le Surf, il y a autant de dress code, mais en plus il n’y a pas besoin d’aller à Lacanau, Bastoche->Répu (remplaçable par: l’appart des parents->la fac/l’agence) font parfaitement l’affaire.
Petite note à l’attention des linguistes, comme il se doit, cette tendance à son sabir propre. On ne freine pas avec son vélo pendant une séance d’arsouille entre potes, on fait des skids avec son spad, lors d’un alley cat (non sans avoir précédement savament calculé les skid patches de son fixie).

Une lichette de technique : la transmission du vélo

Vous ne voyez toujours pas de quoi on parle ?
C’est pourtant simple : un vélo à la base c’est : un cadre, deux roues, une fourche, un guidon, une selle, un pédalier et un système de transmission qui transmet le mouvement que les jambes impriment au pédalier vers la roue arrière.
Des systèmes de transmission il y en a plein, à commencer par les systèmes mono vitesse (c’est le cas de pas mal de vélos anciens basiques, comme de beaucoup de vélos hollandais simples),

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Plus sophistiqués il y a les systèmes de transmission multi-vitesses, qui permettent de grimper mieux les côtes. Dans ce dernier cas, il y à deux écoles, le dérailleur (le plus répandu), qui permet de changer le pignon arrière en roulant….

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… ou la boite de vitesse (la boite est intégrée dans le moyeu arrière, c’est ce qu’on trouve par exemple sur les vélos en libre service). Ce système moins sportif présente l’avantage de nécessiter moins d’entretien, et de permettre de changer de vitesse à l’arrêt (avec un dérailleur la chaîne ne change de pignon arrière que lorsque l’ensemble roule). En outre, avec une boite de vitesse, la chaîne qui ne se déplace pas latéralement, ne risque pas de sauter.
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Tous ces dispositifs utilisent un système dit à roue libre. Lorsqu’on pédale, le système entraine la roue arrière (c’est normal remarquez, c’est fait pour) , si on arrète de pédaler, la roue arrière continue sur son élan, même chose si on pédale en marche arrière.
Notons que  pour compliquer la chose il existe des systèmes de freins dits à rétropédalage qui s’actionnent lorsqu’on pédale en marche arrière, mais bon oublions le rétropédalage un instant….
La conséquence de tout cela est que quel que soit le mode de transmission, on est pas obligé de pédaler. Dans une descente par exemple, on peut arréter de pédaler. Le vélo roule (si votre vélo ne roule pas en descente, arrêtez de serrer les freins comme ça m’enfin !!)  alors que les pédales ne tournent pas forcément (ça c’est grâce à la roue libre qui ne relie pédalier et roue arrière que dans un sens).

Il existe une variante plus simple de la transmission mono-vitesse qui utilise un pignon fixe , qui donc n’a pas de roue libre.
Le lien entre roue arrière et pédalier est permanent. Si on pédale en marche avant le vélo avance, si on pédale en marche arrière il recule, si on bloque les pédales on freine. Dans ce cas on doit pédaler tout le temps (les pédales tournent tout le temps) même en descente.
Ce dispositif n’est utilisé que dans un seul cas : pour les courses sur pistes dans des vélodromes (certains cyclistes sportifs l’utilisent également comme mode d’entraînement parce que l’obligation de pédaler tout le temps permet de travailler la fréquence et le pédalage rond académique)
C’est ça un vélo à pignon fixe.

Tu seras livreur mon fils

Le concept de coursier à vélo est extrêmement ancien, ce doit sans doute être un des plus anciens systèmes de livraison tout court (cheval mis à part oeuf course).

© Messengers.org

Cette photo représente un coursier à vélo de New York en 1898, travaillant pour Western Union Telegraph Co.

Certains coursiers en vélo aux US ont adopté le système du pignon fixe, qui est simplissime et donc statistiquement plus fiable que les autres (puisqu’il n’y a que très peu de pièces). Il a un défaut..pour freiner il faut bloquer les pédales, mais les villes américaines sont majoritairement constituées de grandes avenues droites et larges (souvent défoncées cela dit) et donc ça va.

Pour une raison assez mystérieuse, ces coursiers américains sont devenus les modèles pour la génération qui a remplacé le skate par  le pignon fixe. Mystérieuse, si ça se trouve pas tant que ça d’ailleurs, parce que si on excepte le côté américain, des gens qui bossent en vélo, et depuis longtemps, il y en a en bàs de chez vous : le facteur par exemple (sauf qu’il faut bien reconnaître que la casquette fatiguée et l’uniforme mal taillé, côté fashion, même avec beaucoup d’imagination, c’est assez moyen).

Un chouilla de pseudo-sociologie

Sociologiquement, ce phénomène qui veut que la génération fixie ait promu le livreur en vélo au rang de mythe urbain, en soi est un truc vraiment intéressant.
À ma connaissance, c’est la première fois que quelque chose de ce genre se profile avec autant d’ampleur et de sophistication (on semble être très au-delà d’un simple sursaut vintage). Les « tendance-renifleurs » de tous poil devraient observer ça de près.
Il est d’ordinaire convenu que la génération Y se tamponne des vieux schémas, hors précisément le livreur en vélo n’est pas exactement (euphémisme) une chose tout à fait nouvelle.
Les livreurs de Pizza Hut (qui pourtant en matière de urban race se défendent pas mal) n’ont jamais été des modèles pour les gosses en scooter, pas plus que ceux de La Poste ou de DHL pour les tenants de la Jacky Touch..
Si l’on excepte le domaine du vestimentaire (qui fonctionne par cycles récursifs) je ne crois pas qu’il y ait d’autres exemples d’exhumation de vieux schémas, portés aux nues avec dévotion, puis adaptés pour en faire des modèles disruptifs (cela dit, je peux me tromper).
Lorsque la génération précédente déterrait de vieux schémas c’était pour les mettre en pièces et utiliser les lambeaux restant à contre-sens (exemple culte, le chapeau melon d’Orange Mécanique)

Pour pondérer, il faut reconnaître que l’on assiste en ce moment à un véritable (et aussi salutaire que méritoire) retour des entreprises de courses à vélo, ce qui est une très bonne chose. Donc en un sens, les coursiers à vélo c’est certes ancien, mais c’est aussi nouvellement nouveau.
La même remarque s’applique au vélo-polo né à Dublin en 1891 (la première démonstration de polo-vélo en France s’est déroulé au Moulin Rouge le 27 mai 1898) qu’on ne peut guère qualifier de truc hyper récent. Le club parisien ESGL (Entente Sportive Gervaisienne et Lilasienne) a une section vélo-polo depuis 1984. Pourtant, sous le nouveau vocable de bike polo, le vélo polo est devenu un des axes de regroupement de cette mouvance fixie.

Signe des temps, pour la génération sida, le terme de porn (anglicisation de notre bon vieux pornographie) se conjugue comme suit : yo ce fixie c’est du pur bike porn!

Lorsqu’on parle “fixie” (c’est le terme branché) on parle généralement de marques étrangères .. ou de vieux vélos réhabilités à la mode pignon fixe, le tout enrobé d’un jargon Coca-Cola enabled. Il n’y a pas vraiment d’étalon qualitatif dans le “fixie” ou le pire (un bon exemple ici ) cotoie le meilleur.
Bref tout ceci est un truc fourbi par des sous-marins de l’anti France (rangez les couteaux, c’est de l’humour) et du coup on ne parle pas souvent, des labels hexagonaux.
Justice devait être faite, justice sera faite, justice est faite !

C’est là que le camembert fights back (un peu)

Si j’en crois BikeRumors, la prestigieuse marque nivernaise Look s’apprèterait à refaire un peu de promo sur son dernier cadre de piste d’entrée de gamme (j’imagine que les marketeurs de la marque se disent qu’il s’accomoderait assez bien de ce revival tendance et qu’il doit y avoir moyen d’en vendre au-delà des vélos clubs).
Je profite donc de l’occasion pour faire le point sur les offres des marques hexagonales (j’ai bien dit marques, parce qu’en matière de vélo, il y a la marque.. et le fabricant.. et ça c’est une toute autre histoire). Je n’ai pas listé (et c’est une honte, je sais) les artisans (il y en a pas mal en France). Par exemple, si vous aimez la belle ouvrage (et venez de toucher un 13ème mois..), vous pouvez consulter (entre autres) la maison Cyfac qui peut vous faire un truc top. Je dis ça parce que je roule sur un Cyfac et que j’en suis amoureux, mais il existe plein de petits constructeurs bien.

LOOK ALP 464

De toute la petite série présentée, l’ALP464 est le seul vrai vélo de piste à pignon fixe. Présenté l’année dernière lors du salon Eurobike, Il s’agit d’un modèle destiné à la compétition sur piste. Le cadre est en alu, la fourche en carbone. Il est dérivé du modèle haut de gamme 496 de la marque qui lui est une machine de course totalement en carbone. Le cadre seul devrait valoir dans les 800 euros.

Gitane City Link

Le City Link possède un cadre en aluminium (de chez EXS qui appartient au même groupe) et est équipé d’un moyeu arrière mixte, réversible. En gros il y a un pignon de chaque coté de la roue. Un côté est à pignon fixe et l’autre avec une roue libre (on appelle ça un moyeu « flip flap »). Il suffit d’enlever la roue arrière et de la remonter dans l’autre sens pour passer d’une pur vélo à pignon fixe à un vélo monovitesse avec roue libre. Il existe en trois tailles ( 52, 55 et 58) et pèse 9,7 kg.

Le City Link est beaucoup plus joli en vrai qu’en photo, la finition est excellente, jusqu’à la selle, une San Marco Rolls (la selle est généralement un accessoire négligé pour faire baisser le prix), c’est vraiment un très chouette vélo qui marie bien classicisme et modernité. Il vous soulagera de  699 €

Go Sport Chock

Ce vélo Chok est un peu un mystère. Je l’ai croisé dans le magasin Go Sport de Bordeaux, mais il ne figure nulle part dans le site du distributeur. Le site du constructeur Chok n’en fait pas mention
Il s’agit peut être d’une opération spéciale limitée. Bref pas d’info sur ce qui ressemble à un montage assez bas de gamme, hormis son prix, 359 euros.
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Decathlon Vitamin Limited
Le Vitamin Limited est un peu in OVNI dans cette courte liste. OVNI tout d’abord par son tarif (79 euros….) et tout autant par son concept. Décathlon qui fait des vélos à large public et à une gamme déjà très étendue, n’entendait pas s’inscrire dans la mouvance fixie (même si l’équipe est jeune, et compte quelques adeptes du pignon fixe).
Le rôle du Vitamin Limited est de proposer un vélo ultra simple qui revient à l’essentiel. Il ne s’agit pas forcément d’un coup ponctuel, selon la réaction du public il n’est pas exclu qu’il s’inscrive dans une petite gamme, urbaine basique, mais il ne s’agit pas d’un test du public du fixie, beaucoup trop restreint pour le positionnement de l’enseigne.
Cela dit, on ne peut pas s’empécher de voir ce Vitamin Limited comme un moyen de tester sans grand risque financier ce que peut donner l’idée d’un mono vitesse urbain pour quelqu’un qui a des envies de pignons fixe sans trop se rendre compte de ce que cela peut donner dans sa pratique personnelle, en commençant par vérifier si une machine à une seule vitesse est jouable pour ses trajets.

Decathlon Vitamin Limited

Decathlon Vitamin Limited

Qu’est ce tu fais quand t’as trop mal aux cuisses pour faire un ride ?

Et puis comme il n’y a pas que le vélo dans la vie, la camembert connexion possède également un très beau magazine dédié, Fixé, conçu sur le modèle de ses grands frères anglosaxons.

Très beau, ça n’est pas de l’ironie, Fixé, magazine de la fixed gear culture (c’est la baseline) est vraiment un chouette magazine chic, les photos sont souvent superbes. Par ailleurs je ne suis pas mal placé pour apprécier le côté courageux et le boulot que représentent le lancement d’un magazine papier par les temps qui courent. Même avec beaucoup d’imagination et pas mal d’amnésie, il est compliqué d’y voir quoi que ce soit de punk (le qualificatif est du magazine Les Inrocks qui ce jour là a du avoir justement un léger trou de mémoire), Johnny Rottenparce que qu’avec la Fixed Gear Culture ultra-consumériste, on est un peu loin du No Future cher à John Joseph Lydon, que les baby boomers (les père des fixed gear riders) ont mieux connu sous le pseudonyme de Johnny Rotten. Au-delà du magazine, il existe pléthore de magasins (dont vous trouverez la liste, justement sur le site de Fixé) et encore plus de sites/blogs/forums et autres, autour de cette mouvance.

4 réponses sur “Pignon fixe: The camembert fights back”

  1. J’aime bien le vélo comme sport. Principalement parce que ça se pratique assis. Et puis aussi, parce que lorsque je donne un petit coup de pédale, ça avance tout seule, donc, un p’tit de temps en temps, et ça l’fait. Alors là, si il faut pédaler tout le temps…. pfffffffffffffffff……….. ça doit demander des efforts ce truc !

    1. Bravo, je n’avais pas trouvé ce vélo sur le site de go-sport
      Il y a une foule de sites anglosaxons consacrés au pignon fixe, mais le but de la manoeuvre était de résumer les aspects français 🙂

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