Les modes manuels servent-ils à quelque chose sur les compacts ?

Un petit point sur la question des modes manuels sur les compacts classiques. C’est une question qu’on me pose assez souvent, notamment au sujet des TZ .

LX3
L’accès aux réglages manuels se justifie sur le LX3 dont l’objectif ouvre à f:2.0

La version courte est que ces modes manuels ne servent à rien (faute de réglage possible) voire dans la majorité des cas relèvent d’une pure astuce marketing.
Les TZ mettent l’accent sur les fonctions utiles (leur zoom par exemple qui leur confère une polyvalence idéale) et leur système de gestion automatique des réglages qui, comme on va le voir suffit amplement (et surtout fonctionne particulièrement bien).

Je sais, l’affirmation selon laquelle les réglages manuels ne servent à rien sur un compact classique (j’excepte les compacts haut de gamme à grande ouverture comme le LX3) vous a mis d’humeur belliqueuse … ok, rangez les couteaux, respirez amplement, je m’explique….

La diffraction nous pourri les photos

Le premier concept à avoir en tête c’est celui de la diffraction. Vous avez un jardin ? Vos parents en ont un ?  si c’est le cas et que vous vous êtes trouvé volontaire d’office pour l’arrosage alors vous avez déjà expérimenté la diffraction.
Lorsqu’on fait passer un flux par un trou de taille correcte, ce flux n’est pas (trop) affecté, puis lorsque qu’on diminue la taille du trou le flux se disperse.
Les tuyaux d’arrosage ont à leur extrémité un pommeau d’arrosage que l’on peut ouvrir plus ou moins. Lorsqu’il est ouvert, le jet est consistant et plus ou moins dans la continuité du tuyau. Si on le ferme un peu, la puissance du jet va augmenter, jusqu’au moment ou, si on le ferme encore, le jet se disperse dans tous les sens (en fait pas dans tous les sens, le jet forme une sorte de cône qui s’élargit vers l’extérieur).
Pour l’arrosage des cyclamens c’est super, pour faire une bonne photo c’est catastrophique.

Le flux de lumière qui traverse l’objectif subit à peu près le même phénomène.
La lumière passe par un trou de taille réglable (le diaphragme) que l’on peut ouvrir ou fermer (c’est l’objet des réglages manuels).
On peut le fermer jusqu’à un certain point au-delà duquel le même phénomène que celui du jet d’eau se produit avec la lumière, avec comme conséquence une détérioration de la qualité de l’image.
L’effet de la diffraction est lié au diamètre du trou de passage, lequel est lié pour des raisons mécanique à la taille du capteur. Un compact qui a un petit capteur à un objectif de plus petite taille et un diaphragme de plus petite taille.

Ok c’est bien gentil tout ça mais en pratique ?

Hé bien en pratique, la conséquence c’est qu’avec un compact on ne peut pas aller au-delà de f :8 sans risquer de bousiller l’image à cause de la diffraction.

Le diagramme c’est quoi au juste ?

Comment ça avec un compact on ne peut pas aller au-delà de f :8 sans risquer de bousiller l’image à cause de la diffraction ??
Qu’est ce que le diaphragme à à voir avec un tuyau d’arrosage ???

C’est tout simple : Le diaphragme est un trou de taille réglable.

Vous remplacez l’eau par le flux de lumière et le pommeau d’arrosage par un objectif et vous vous retrouvez exactement dans la même situation.

Fait à toute vitesse sur un coin de table, un diaphragme dans la vraie vie ça ressemble à ça :

Pleine ouverture f :2

f:2
50mm f:2 à pleine ouverture

Ouverture moyenne : f :5,6

f:5,6
50mm f:2 ouvert à f:5,6

Fermé au maximum : f :16

f:16
50mm f:2 ouvert à F:16

Pour être honnête, c’est une version idéale de ce à quoi ressemble un diaphragme.
Il s’agit d’un vieil objectif haut de gamme, poli à la peau de vierge, avec un ensemble de très nombreuses lamelles qui forment, quel que soit le diamètre, un cercle quasi parfait etc…
Dans un compact il s’agit souvent d’un système plus frustre, mais le principe reste le même : le diaphragme c’est un trou de diamètre réglable.

Comme un diaphragme c’est un trou de forme ronde (dans l’idéal) les valeurs de diaphragme fonctionnent par racine de 2 (foncez à la cave chercher vos bouquins de géométrie).

Les valeurs standard sont 1 1,4 2 2,8 4 5,6 8 11 16 22

C’est à cause de racine de deux (ça y est vous avez retrouvé les manuels ?), pour doubler la surface d’un cercle on multiplie par racine de 2.

Donc un diaphragme ouvert à f:1,4 laisse passer deux fois moins de lumière qu’un diaphragme ou vert à f :1, et deux fois plus qu’un diaphragme ouvert à f :2 quatre fois plus qu’un diaphragme ouvert à f :2,8 etc etc…

Les ouvertures réellement disponibles (ou nous cache tout on nous dit rien)

L’objectif que j’ai photographié ouvre à f :2 au maximum, ce qui est une relativement grande ouverture. Sont donc disponibles avec cet objectif 7 valeurs différentes : 2 2,8 4 5,6 8 et 11 (plus bien sur les positions intermédiaires, car le réglage est continu)

Avec un compact classique les choses sont TRÈS différentes.

A cause de la diffraction dont j’ai parlé au début, on ne peut pas dépasser f :8. Avec un trou plus petit la lumière fait comme l’eau du jet pour arroser les cyclamens de tante Odile, et c’est la catastrophe.

Donc on reprend notre échelle de départ corrigée :

1 1,4 2 2,8 4 5,6 8 11 16 22

A l’autre bout, l’ouverture maximale que propose un compact de type familial, surtout s’il dispose d’un zoom de grande amplitude, est de l’ordre de f :4

On recorrige notre échelle :

1 1,4 2 2,8 4 5,6 8 11 16 22

En pratique donc notre compact familial propose f :4 (pleine ouverture) f :5,6 et f :8 (diaphragme fermé au maximum).. deux valeurs… et f:8 est une valeur à risque (à cause de cette diffraction).

Pour enfoncer le clou on pourrait ajouter qu’en outre sur un capteur de compact entre 5,6 et 8 la différence de profondeur de champ est… comment dire… assez peu discriminante.

Je vous l’avais bien dit…

CQFD : proposer un fonctionnement manuel a du sens avec un objectif d’ouverture confortable, ce que l’on trouve sur les compacts haut de gamme destinés aux utilisateurs avancés. C’est le cas du LX3 par exemple qui ouvre à f :2 en grand angle, mais relève d’une vaste rigolade sur un compact classique.

Dans ce dernier cas, les options disponibles sont très faibles et leur impact sur l’image  pour le moins… léger. Dans ces conditions il ne s’agit plus de se décider pour telle ou telle option de réglages en fonction de l’image que l’on veut obtenir (ce qui est la raison d’être des réglages manuels) mais de caler ces réglages pour assurer une exposition correcte, et ça, un automatisme bien pensé le fait mieux et plus vite que le client type d’un compact.

12 réponses sur “Les modes manuels servent-ils à quelque chose sur les compacts ?”

  1. Pour une fois, je vais être en désaccord (partiel) avec vous, Luc.
    Il y a maintenant quelques années, j’étais bien content de trouver, sur mon cher Canon A70, un mode manuel (ou plutôt semi-manuel).
    S’il est vrai que le réglage de l’ouverture sur un compact c’est un peu du flan, il n’en est pas de même pour le réglage du temps de pause.
    Par exemple, pour immortaliser un feu d’artifice estival, sans mode priorité vitesse, point de salut.
    Donc, vive le mode Tv sur un compact ! Malheureusement, même chez Pana, ce mode priorité tend à disparaitre…. mais commence à revenir chez Canon (le nouveau SX200IS,…). Vive la saine emulation de la concurence !

  2. Je trouve très juste cette analyse de Luc, mais j’y mettrais deux bémols :
    1) sur les compacts à « grand » capteur (env. 1/1.7″), l’intervalle d’ouvertures exploitables est plus importante et présente alors plus d’intérêt, surtout en macro
    2) pour les rares personnes qui, comme moi, s’amusent à faire de la photo panoramique avec leur compact, avoir la possibilité de figer l’exposition pour plusieurs photos d’affilée est quasi indispensable. Et là, un mode manuel prend toute sa valeur ; ou alors imaginer un système de blocage d’exposition sur une série de photo

  3. Oui, je me posais la même question.
    Diriez-vous, Luc, que les modes manuels des Powershot sont inutiles ? J’ai eu le A520, le A540 et le A720IS et j’étais attiré par le TZ7 mais l’arrivée du SX200IS risque de me garder chez Canon.

    1. Inutiles.. ce serait forcément excessif voire prétentieux de ma part de prétendre ça de façon ausi catégorique. Il doit y avoir des usages assez décalés de l’usage standard (le feu d’artifice que vous avez cité en est un) ou cela peut avoir du sens, mais de façon globale ma démonstration est purement technique : un compact familial classique ne peut offrir le choix qu’entre deux ou trois couples temps de pose / diaphragme, la notion de réglage manuel est une illusion (ce qui est plus juste que mon « ne sert à rien » un brin excessif) parce qu’en outre la profondeur de champ des petits capteurs fait qu’entre 4 et 5,6 la différence n’est que très peu sensible… disons au mieux qu’on a le choix entre ces deux ou trois couples possibles qui globalement vont donner dans la plupart des situations photographiques classiques, des résultats très semblables.

      1. Taille du capteur et profondeur de champs, c’est exact, tout le monde sera d’accord là-dessus. Il ne reste plus que Panasonic se décide à construire un LX4 avec un capteur grand format (réflex) à la sauce DP1, tout en gardant les caractéristiques optiques du LX3. Est ce possible Monsieur Saint Elie ?

        1. euh.. joker….
          Sur un plan technique, les caractéristiques optiques du LX3 ce ,n’est pas possible. Un 24-60 ouvrant à f:2 et couvrant un capteur de 4/3 (chez nous c’est 4/3 le format du dessus) serait beaucoup trop gros

  4. Pour ma part, je suis le premier à considérer comme une foutaise le réglage d’ouverture sur les compacts — cas ultime, un de vos concurrents coréens, qui propose un compact à mode manuel avec… deux ouvertures : environ f/2,8 et f/7 en grand angle, f/5,9 et f/14 en télé. Oui oui, f/14, je vous laisse imaginer le degré de diffraction quand on sait qu’à ce stade elle devient visible sur des reflex…

    En revanche, je considère comme très important, notamment en photo nocturne (mon truc, c’est plus les filés de phares et les reflets sur les fleuves), de pouvoir régler l’exposition manuellement. Bon, pas par l’ISO (là aussi, sur les compacts, on a facilement que 3 valeurs utilisables : 100, 200, 300), mais par le temps de pose, oui. Or, la plupart des automatismes ne dépassent pas 2 secondes et, quand ils le font, ça devient n’importe quoi, la mesure étant trop imprécise. Or, la différence entre 2 secondes et 30 secondes est bien visible.
    Certes, c’est une utilisation un peu marginale qui ne concerne pas la plupart des acheteurs de compacts, pour lesquels un mode auto bien foutu est largement suffisant. Mais je dirais pas que c’est uniquement marketing pour autant.

    1. Bonjour,
      C’est très juste.
      Cela dit la photo de nuit au compact ce n’est pas exactement l’idéal. A 30s de pose le bruit monte beaucoup et de toutes façons comme il faut un pied, autant utiliser un appareil plus souple.. tiens j’en ai un qui me vient à l’esprit.. comment c’est déjà…. ah oui, un G1 🙂
      Mais sur le fond, tu as raison.

  5. Ca me rappelle mon premier compact/premier numérique, au tournant du siècle.
    Habitués de vieux boîtiers argentiques je voulais garder mes petites habitudes et j’avais soigneusement choisi un Coolpix équipé d’un mode M… payé plus cher d’ailleurs dans l’espoir d’avoir le contrôle nécessaire.
    Et j’ai découvert après 10 minutes avec l’appareil que le M était parfaitement inutilisable.
    Z’ont tous les trucs ces vendeurs.

    1. Bonjour Monsieur,
      Votre comparaison du diaphragme photo et du jet d’eau est amusante mais physiquement peu pertinente en raison de la nature de la lumière. La difraction elle-même est un concept ramasse-miette. En revanche, celle provoquée par la traversée d’un diaphragme est fortement dépendante du profil de ce diaphragme. Si les iris étaient remplacés par des barillets de trous fraisés de manière à présenter une arête vive la difraction serait sans doute bien moindre. Non que ce genre d’arête ne difracte pas, bien au contraire mais parce que la quantité de lumière frappant cet endroit serait très inférieure à celle qui se réfléchit sur les parois internes du trou, importantes et mal orientées. Bien sûr, il faudrait changer le mécanisme du diaphragme.
      Cela permettrait aussi d’avoir de plus petites ouvertures.
      L’intérêt des réglages manuels, comme l’a indiqué quelqu’un est aussi de faire des filets : je pourrais vous en montrer fait il y a 3 ou 4 jours avec un TZ20.
      Je voulais déjà vous parler de ça au dernier salon mais vous n’en aviez que pour la 3D.
      Au revoir et merci de m’avoir lu.
      P.S. Si j’ai dit des bêtises, je vous serais obligé de m’en faire part, tout n’est pas possible, je le sais.

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