Cuisine interne : la petite histoire du Blu-Ray

Depuis déjà pas mal de temps, les ténors de l’électronique grand public se crêpent le chignon pour savoir quel va être le format de stockage sur disque de demain et surtout le successeur du DVD.

Les CES se suivent et ne se ressemblent pas. L’édition 2008 semble annoncer l’enterrement du format HD-DVD, alors que l’édition 2006 laissait entrevoir sa victoire.
Paramount Pictures, Universal Studios, HBO Video, New Line Entertainment et Warner Home Video associés à Toshiba (Toshiba est le père du HD-DVD) avaient annoncé que leurs fonds de films seraient dispo en HD-DVD. Ces 5 studios représentaient la moitié des films jamais produits. En Europe, le Studio Canal rejoingnait le groupe HD-DVD.

Le vent à tourné et l’industrie a presque tranché : le vainqueur sera le Blu-Ray.
C’est l’occasion de jeter un oeil en arrière….si vous avez aimé Dallas, vous allez adorer l’histoire du DVD haute définition. En voici une histoire condensée (il y aurait de quoi écrire un livre).

Le CD est un truc pas tout jeune, Philips l’a lancé en 79 en partenariat avec Sony (les premiers « laser discs » datent de 69..). Par la suite les projets de successeur du CD se sont multipliés (MultiMedia Compact Disc, Super Density Disc.. sans compter les variantes dédiées comme le CD Photo de Kodak), toutes ont fait un flop.

Mais de ce flop il est resté deux camps, avec d’un côté Philips et Sony et de l’autre Hitachi, Panasonic, Mitsubishi, Pioneer, Thomson.

Sous la houlette du boss d’IBM qui trouvait que ça commençait à bien faire, tous ces gentlemen se sont mis d’accord quelques années plus tard sur un nouveau format de disque de plus grande capacité, le DVD.

Mais si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes en fait Sony et Philips se sont plus ou moins sentis grugés par cet accord (une sombre histoire de royalties) et se sont mis à bosser sur le successeur du DVD basé sur un système de lecture optique que Sony avait développé dans son coin et qui a commencé sous le nom de Professional Disc for DATA (acronyme ProDATA), pour devenir le Blu Ray.
Toshiba de son côté s’est mis à plancher sur son système propre qui a vu le jour tout d’abord sous le nom de Advanced Optical Disc, pour finir par s’appeler HD DVD. Nec est venu rejoindre Toshiba par la suite

Si les deux systèmes reposent sur des principes identiques, ils sont incompatibles et surtout ils sont l’objet d’une lutte sans merci à l’intérieur du DVD Forum où un groupe de travail très opposé au projet Blu Ray de Sony/Philips s’est mis à bosser sur un nouveau format HD-DVD. Problème, au duo de départ Sony/Philips, le Blu Ray s’est rapidement vu ajouter un groupe de supporters de taille : Hitachi, Panasonic, Sharp et Samsung. Bref du client sérieux et ça s’est mis à fritter sévère.

Un des arguments du camp HD-DVD est que la différence entre le Blu Ray et le HD-DVD touche à la compatibilité des systèmes. Le format HD-DVD est compatible avec le DVD (un lecteur HD-DVD pourra lire un DVD) alors que le Blu Ray fait table rase du passé, sa technologie est différente de celle des DVD.

Cet argument ne se vérifie pas en pratique car s’il est exact en ce qui concerne la technologie Blu-Ray, il est tout à fait possible de concevoir un lecteur Blu-Ray multiformat ((C’est également le cas avec les lecteurs DVD. Le DVD et le CD utilisent la même technologie sur un plan théorique mais deux mises en œuvre différentes, les lecteurs DVD ont donc deux têtes)), le Panasonic DMP-BD30 par exemple lit tous les disques, Blu-Ray, DVD (de toutes obédiences) CD, et même les cartes mémoire SD.

Si les spécifications techniques et surtout les guerres commerciales et d’influence vous intéressent vous trouverez le détail des différences dans un texte de 2003 de CDRInfo, et lorsque vous aurez fini, un article monumental de CDRFreek, redétaille les specs et les différences.

Sur le plan des capacités, les deux formats utilisent des galettes de 12 cm de diamètre en simple ou double couche :
Blu Ray (capacité maximale théorique 200 Go) : Rom Simple couche: 25Go, Rom double couche: 50Go, RW simple couche : 25 Go, RW double couche : 50 Go.
HD-DVD (capacité maximale théorique 60 Go) : Simple couche : 15 Go, Double couche : 30 Go.

Sur 25 Go on fait tenir 13 heures de vidéo standard et 2 heures de Haute Définition non compressée.

5 réponses sur “Cuisine interne : la petite histoire du Blu-Ray”

  1. Merci pour ce petit récap fort utile. Maintenant, comment vois-tu les intermédiaires qui vont combattre farouchement les supports optiques : rien qu’Aujourd’hui Apple qui annonce sa location de film et plus localement Free qui annonce son « bouquet » VOD avec déjà des contenus HD. Est-ce que la supériorité du stockage l’emportera sur les bas prix de la location ?

    30 euros ça fait cher pour un film… à coté une platine HD même à 600 euros ça parait dérisoire!

  2. @Frédéric,

    Moi je m’incline (sincèrement) devant vos photos.. fait qu’on fasse gaffe,on va finir par se donner un coup de boule à s’incliner comme ça l’un en face de l’autre.. 🙂

  3. @Antoine,

    À vrai dire, je ne sais pas.

    J’ai tendance à ne pas croire à la VOD..mais j’ai aussi surtout tendance à me tromper sur les grandes tendances (il n’y a pas si longtemps je pensais que le baladeur ne marcherait pas, qu’il finirait par se faire bouffer par les téléphones..).

    Les supports se remplacent parce que le numérique est une fuite en avant perpétuelle avec des données destinées à migrer en permanence (le bit c’est un peu le juif errant des temps modernes), en revanche les médias ne se remplacent pas.
    La télé n’a pas tué le cinéma, la radio n’a tué personne, la photo n’a pas tué la peinture, internet n’a pas tué le livre, etc etc etc

    Le problème avec la VOD c’est que ce n’est ni un support ni un média (au sens actuel du terme), donc je n’en sais vraiment rien.

    Je crois qu’il y a deux aspects, techniques et sociologiques.

    Techniques :
    En tout cas, cela fonctionnera le jour ou ce sera 100% simple, 100% transparent, un peu comme une chaîne de télé payante. Le jour en somme ou il sera pour Madame Michu, aussi simple de lancer une session de VOD, que de regarder un film sur Canal.

    Je crois qu’il y a encore un petit bout de chemin, mais on n’en est pas très loin.

    Sociologiques :
    En outre, je ne crois pas trop à la VOD sur ordinateur (et peut être qu’Apple me fera mentir).

    Cette vision relève pour moi du vieux fantasme du PC centralisateur du multimédia familial auquel même Microsoft ne semble plus croire.

    C’est un fantasme parce qu’il s’appuie sur une vision technologique des choses, alors qu’en la matière, ce qui est important c’est la perception sociologique.

    L’ordinateur est un truc personnel, la télé un truc familial, multi-utilisateur, et c’est dans le second cadre qu’on regarde un film.

    Mais ça aussi ça peut changer, cela dit aujourd’hui et sans doute pour pas mal de temps la vidéo c’est différent de la musique. La musique c’est mono utilisateur, ça a du sens dans un contexte informatique pur, par le cinéma qui est pour l’instant sociologiquement consommé dans un contexte multi-utilisateur.

    Tant que la VOD sentira l’informatique, je la vois mal se faire une place au-delà des jeunes urbains branchés techno addicts etc….

    Mais bon, comme je le disais sur ce genre de mouvement de fond, je me trompe souvent….

    À tout ça s’ajoute que pour l’instant le concept de VOD est trop flou.
    Soit c’est pour diffuser du film alors ça n’a pas d’intérêt tant que le téléspectateur moyen ne sera pas rompu à cette idée, la télé marche bien, les vidéo clubs marchent très bien, etc…

    Je pense en revanche que la VOD a peut-être un avenir à moyen, voire à long terme, pour de l’archive. En ce sens, des gens comme l’INA peuvent jouer un rôle. Le projet Vodeo de La Banque Audiovisuelle va dans ce sens.

    Enfin bref, c’est très compliqué parce qu’une solution technologique n’a d’intérêt que si elle est intégrée dans les pratiques, la sociologique l’emporte de très loin sur la technologie. Techniquement la VOD, ça marche, sociologiquement c’est une autre affaire et je crois que ce n’est pas pour tout de suite….

    Mais bon, commeje le disais en commençant, je me suis souvent trompé dans mes prévisions par le passé , donc si ça se trouve la VOD va exploser …

  4. Merci pour les commentaires 🙂

    Je te rejoins concernant la VOD sur ordinateur sauf pour les formats courts, les sites de vidéos vont s’encrer sur la durée et servir de tremplin (à mon avis).

    Apple se positionne. Sony aussi avec son cheval de troie PlayStation (3 et portable)… une belle porte de sortie si le BlueRay ne sortait pas vainqueur, un joli complément pour rendre le blue-ray source de données pour des formats plus portable.

    Après, les DRM et les trucs compliqués, c’est effectivement mort de chez mort. Après, le goût de la collection des passionnés de cinéma fait de plus en plus place à la consommation one-shot et au forfait…

    Bref, les prochaines années risquent d’être tout aussi passionnantes 🙂

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