Reflexions sur le bidonnage

Une réflexion inspirée par une discussion avec des collègues sur la notion de bidonnage.

À « l’époque du papier » le fait de bidonner (qui effectivement n’est pas neuf) demandait un acte délibéré (je bidonne et je sais que je le fais). Nous sommes passés de ce bidonnage actif à un bidonnage passif.

Aujourd’hui, le bidonnage a pris des formes différentes du bon vieux bidonnage cynique à l’ancienne.

Internet vit à plein l’effet « vu à la Télé » qui fait partie de la panoplie des publicitaires.
À partir du moment ou une info a été reprise un certain nombre de fois, elle devient « probablement vraie » et de « probablement vraie » à publiée sur un média classique il n’y a qu’un tout petit pas. Plus exactement, le fait qu’elle soit vraie ou pas devient anecdotique, « l’info » se déplace du contenu de la publication initiale au fait que cette publication se multiplie.

Il me semble qu’à l’origine, un des objectifs était de publier ce qui ne l’avait pas été ailleurs, ou à minima d’être le premier à le faire (toute la mythologie du scoop repose là-dessus). Aujourd’hui ce qui est important c’est de bien couvrir ce que le voisin couvre, ce phénomène est largement utilisé par les promoteurs de tout poil (voire ma note récente sur l’omniprésence d’Harry Potter dans les JT, personne ne soutiendra qu’il s’agit d’une info fondamentale, voire d’une info tout court, mais puisque le concurrent le publie ou va le faire, je le publie aussi).

C’est d’autant plus marquant qu’amplifié par la perméabilité croissante des médias classiques vis-à-vis de tout ce qui fleure de près ou de loin l’internet.

C’est également amplifié par un phénomène dont j’ignore s’il est récent : l’étanchéité entre deux infos publiées sur le même média.
Cette étanchéité associée au fait qu’on ne revient jamais sur une info publiée donne parfois des résultats étonnants. Par exemple on peut dans le même temps vanter les mérites des biocarburants, puis dans la rubrique suivante expliquer qu’ils sont en passe de constituer une catastrophe environnementale et sociale, ou encore comme ça a été le cas hier, questionner l’éventuel financement de la libération des otages de Kadhafi par la France ou l’Europe puis dans la rubrique suivante expliquer que le Qatar a servi de banquier.

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