Naufrage

Depuis quelques jours, je me dis qu’il serait bien de m’inscrire dans un club de vélo histoire d’apprendre à rouler et m’entraîner correctement. Problème, le club de La Celle Saint-Cloud, ne fait que du VTT. Sur le site de la Fédération Française de Cyclotourisme, je tombe sur les coordonnées du Vélo Club de Bailly Noisy qui est à quelques kilomètres de la maison (je passe devant tous les matins).
Petit mail au président qui me répond « nous organisons dimanche notre Rallye (départ de 7 à 9 Heures de Noisy) route et VTT. ce serait une bonne occasion pour discuter… et s’inscrire.
À bientôt j’espère.
»

Je me présente donc ce matin 7h30 avec mon petit vélo, accueil ultra-chaleureux et convivial et c’est parti pour la boucle de 110 Km.
En pratique la manifestion qui s’appelle Les Hauts de Gally, décrit une longue forme oblongue de 110 Km sur laquelle sont définis quatre parcours, 40, 60, 80 et donc 110 Km vallonnés dans le Val de Gally, le Mantois et l’Eure. Le circuit est extrêmement bien fléché.
J’opte pour le plus long, pour voir. Mon record est de 66 Km, 110 ça fait un peu moins du double, ça doit être jouable.

Première moitié (aller) tout se passe bien, à l’exception d’une anecdote idiote qui m’a fait faire du rab de kilomètre.
J’arrive à Marcq en Bareuil, devant une fourche, il y a des gens sur la branche gauche de chaque côté. Je me dis que ce sont les villageois étonnés de voir passer autant de cyclistes.

Je prends donc à gauche. Petit à petit je me fais doubler par des motards de la gendarmerie nationale qui roulent à des vitesses indécentes.
Quelques centaines de mètres plus loin, je me fais doubler par des voitures de caravane de course cycliste et là je me dis que j’ai vraiment sous-estimé la puissance d’organisation du petit club de Bailly Noisy, jusqu’à ce qu’un nouveau motard de la gendarmerie ne me double en me faisant au passage un signe non équivoque du bras : il faut que je me range sur le côté.
Furieux je lui crie un « je ne peux pas aller plus vite !!! » rageur.
Quelques dizaines de mètres de plus et au bord de la route un passant me crie « rangez-vous il y a 130 coureurs qui vous arrivent dessus ». Je ralentis, pose le pied à terre et j’ai à peine le temps de rapprocher le vélo de l’accotement qu’un groupe de voiture passe à fond la caisse, suivi d’un groupe de fous furieux en vélo qui avalent la petite route où je me trouve à une allure supersonique.
C’était en fait une course Paris-Mantes qui croisait le parcours de la randonnée à laquelle je participe.
Demi tour, revenu à Marcq en Bareuil, plus personne au carrefour et du coup le fléchage redevient visible, j’aurais dû prendre à droite.

Pour le reste, la progression se passe bien, mais je roule à 23 Km/h de moyenne alors que tout le monde roule à 30. Chaque fois que j’essaie d’accrocher un groupe, je me fais larguer dans la première montée. Je me fais rattraper puis doubler plusieurs fois par un tandem roulant à une vitesse surprenante. J’ai essayé plusieurs fois, je ne suis pas arrivé à les suivre. Mais bon, je progresse, tout ne va pas si mal. J’arrive tant bien que mal jusqu’au troisième ravitaillement. Le troisième ravitaillement est à 88 Km environ. Je m’arrête bois, mange un peu (je me suis bourré les poches de barres vitaminées).

Je repars et là.. c’est le drame. Explosion. Je me liquéfie, impossible d’avancer.
Je me traîne à des allures plus proches de celles d’un piéton que de celles d’un cycliste, je marche dans les cotes (et il y en a des côtes) bref, je vole littéralement en éclats.
À l’arrivée, en discutant avec un gars du club, j’apprends que « c’est normal au début ».
85-90 Km c’est le moment ou le corps a bouffé tout le carburant qu’il avait embarqué et s’il ne s’est pas habitué à force d’entraînement à le reconstituer rapidement, c’est l’explosion.
J’explose.


Côte de Maule, 96 km..montée à pied.

Je progresse l’oeil rivé sur mon petit compteur kilométrique, 89, 90, 91.. le problème c’est que l’arithmétique travaille contre moi. 110-90 ça fait 30, il me reste 30 bornes à faire et peut être plus, parce que j’ignore la distance supplémentaire que mon petit numéro digne de Mister Bean m’a fait faire à Marcq en Bareuil .
30 Km ça n’est pas rien, c’est même beaucoup dans l’état dans lequel je me trouve.
En même temps ça n’est pas énorme, c’est peu ou prou la distance que je parcours chaque matin pour mon aller-retour à Feucherolles sur la D307.
Donc je serre les dents et je triche.
J’essaie de me convaincre que je ne suis pas dans la dernière partie de cette boucle de 110 bornes, mais que je suis dans une de mes sorties matinales.
Au fur et à mesure que les kilomètres défilent sur mon petit compteur, j’essaie de visualiser ou j’en suis de ma sortie quotidienne.

Coup de bol, alors que je suis en perdition vers les 100 Km, je tombe sur des anges gardiens (si si ça existe).
Un couple adorable du 93 qui m’a littéralement remorqué jusqu’à l’arrivée.Un couple étonnant, assez beau, presque jumeaux (mêmes vélos Bianchi gris, même tenue très graphique noir et blanche). Sans eux, il est probable, certain même, que je n’aurais jamais fini. Merci !!

Au final, j’aurais parcouru 118 Km. Un expérience très (mais alors très très) enrichissante qui m’a fait toucher du doigt, le chemin qui me reste à parcourir. 5 heures et demie d’effort au total, c’est vraiment particulier, je suis loin d’être près à des efforts si longs.
Dans le même temps, je sais maintenant où est ma limite, à quel moment mon corps jette l’éponge. Le seul problème c’est qu’elle est pas loin cette limite.

Côté cœur, tout va bien. 127 de moyenne, et un maxi très raisonnable. Cela veut dire que mon palpitant a parfaitement géré l’effort (les cuisses en revanche …)

4 réponses sur “Naufrage”

  1. Luc a dit : “le problème c’est que l’arithmétique travaille contre moi. 110-90 ça fait 30″.
    L’arithmétique est tout de même plus clémente que ça, en fait il ne te restait que 20 malheureux km

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