Pixel et pain de son

octobre 24, 2003 · Filed Under Réflexions · Comment 

La scène se produit il y a quelques années sur la place du marché une petite ville du midi ou j’étais en vacances. Une vieille dame s’arrête devant l’étal d’un marchand de pain artisanal et tandis qu’il me tend le mien lui lance :
“Bonjour monsieur , je voudrais du pain de son s’il vous plaît “.
Le type me fait un petit signe de la main, se tourne lentement vers la vieille dame et lui répond avec un grand sourire :
“Madame, le pain de son ça n’existe pas!”
“Mais si ça existe” s’indigne la cliente, “la preuve, j’en ai acheté avant hier j’en ai encore un bout à la maison”
Imperturbable, le vendeur lui assène :
“Madame, ce n’est pas parce que vous en avez acheté que ça existe”
J’ai continué mon chemin, laissant la vieille dame, la bouche bloquée grand ouverte par la stupeur et une insondable perplexité dans le regard.
Il y a des moments dans la vie ou les certitudes basculent.
Cette réflexion me vient en assistant, par newsgroup interposé, au lynchage d’un confrère journaliste qui, dans un papier grand public à essayé de simplifier la définition du pixel pour tenter d’en donner une représentation compréhensible.

Le problème avec le pixel, c’est que le pixel, ça n’existe pas plus que le pain de son, et ça, lorsqu’on est journaliste, et donc censé expliquer les choses de façon compréhensible, c’est un peu problématique.
La définition du pixel qui me vient à l’esprit c’est quelque chose du genre :

“le pixel est un concept purement théorique, c’est une valeur numérique issue du calcul visant à recréer une couleur à partir d’un nombre variable de photosites. En conséquence lorsqu’il s’agit de photo numérique le pixel varie en fonction de la technologie utilisée pour contourner la monochromie des capteurs et des algorithmes de traitement utilisés pour l’interpolation. A appareil égal ces algorithmes peuvent varier en fonction de l’utilisation de l’électronique embarquée ou de l’usage d’un logiciel externe.”.

L’envie de collectionner les définitions du pixel me titille, si vous en avez une encore plus alambiquée (mais tout aussi exacte) n’hésitez pas à me l’envoyer par mail.

 

A lire également

Est-il possible de tester objectivement un appareil ?

octobre 10, 2003 · Filed Under Réflexions · Comment 

Tout à l’heure, à la gare, je parcourais la presse photo en attendant un train. Deux tendances s’en dégagent : “je suis le premier à l’avoir annoncé” et “le nouvel x est mieux que le Y”….
Ces deux tendances sont à la fois normales (le lecteur veut du scoop) et pas hyper originales, on les trouve dans tous les magazines “machines” qu’ils parlent de voitures, de planche à voile .. ou donc d’appareils photo.
C’est d’autant moins nouveau et original que cela s’est toujours fait.

Sauf que la question se pose : est-ce que ces principes sont vraiment adaptés au numérique ??

Prenons le premier : le scoop
Avec un appareil argentique, il n’y a que très peu de risques de voir des différences entre un appareil de présérie débusqué je ne sais ou et celui que vous pouviez acheter en magasin. Donc le scoop a du sens.
Avec un appareil numérique, la qualité de l’image (voir plus bas à ce sujet) tient énormément au traitement électronique du signal, et celui -ci peut varier beaucoup entre la présérie et le modèle final.
La même remarque s’applique aux fonctions qui désormais sont confiées à l’électronique et donc susceptibles d’être rectifiées en cours de route. L’Olympus E1 est un bon exemple de cette situation inédite. Cela va faire plusieurs mois que les sites US publient des essais puis des mises à jour de l’essai puis des mises à jour de la mise à jour.. qui fluctuent en fonction des versions des appareils en cours de développement que leur prête Olympus .

C’est un point que la presse ne me semble pas avoir encore complètement assimilé (à sa décharge, la prise en compte nécessitera une révision complète de l’approche des matériels nouveaux). La photo numérique a depuis pas mal de temps emprunté les mêmes chemins que ceux bien connus dans le logiciel, avec des versions bêtas qui précèdent la version finale..laquelle version finale n’a de final que le nom puisque des mises à jour du logiciel embarqué sont possibles après coup. Résultat, pour avoir du sens, les tests devront avoir des mises à jour eux aussi.

Deuxième point: x est meilleur que Y
Là ça devient encore plus sioux. Qu’est ce qu’on mesure ? la qualité du capteur ? Celle de l’objectif ? Celle du traitement du fichier ??
La qualité du capteur risque fort de ne pas être ultra discriminante, le Pentax *ist et le Nikon D100 ont le même, les Canon 10D et 300 D ont le même etc…..
Celle de l’objectif l’est, mais alors on ne compare plus des choses comparables
Quant à la qualité du traitement, plus l’appareil est haut de gamme moins elle constitue un critère décisif (notamment avec la démocratisation d’outils comme CaptureOne dont il existe désormais une version même pour le 300D) qui permettent d’organiser un workflow de traitement rapide et relativement automatisé.

Bref il y a encore du chemin à faire…..
La première chose serait de regarder du côté des magazines automobile qui analysent les véhicules en prenant leur client potentiel en ligne de compte. Si on compare une Twingo à une Ferrarri Modena il n’y a sans doute pas beaucoup de points sur lesquels la petite Renault va faire bonne figure.. sauf que même si toutes deux sont des voitures, elles ne s’adressent pas du tout à la même clientèle, ou à minima à la même utilisation.

Aujourd’hui il en va exactement de même d’un reflex numérique, surtout avec la possibilité d’enregistrer les fichier en RAW (sortie directe de capteur). Dire que tel reflex est meilleur que tel autre revient à juger les capacités respectives de leur électronique embarquée…laquelle n’est pratiquement pas utilisée si on traite soi-même les fichiers RAW.

 

A lire également